Parution : 24/09/2008
ISBN : 978-2-9153-7866-5 80 pages 11 x 17 cm 7.00 euros |
Anne Savelli
Cowboy Junkies
The Trinity Session / ‘til I’m Dead
« le lieu l’objet celui qui (Pierre Sarrazin_: bourgeois parisien, propriétaire au XIIIe siècle dit la plaque) Celui qui offre offre vraiment. Ne toise pas, ne prend pas le pouvoir lorsqu’il parle. Vous êtes dépassé ? Ça ne fait rien. Il répète, donne le nom d’un bassiste, le titre d’un album. S’éloigne, long manteau noir, cartable pour les cours. Reste le sac du disquaire qu’on n’ose pas jeter. Pourtant les clients le savent : ce n’est même pas qu’il froisse, qu’il crisse, le sac de New Rose. Ni kraft ni plastique on ne connaît pas sa matière. Sa texture sonore ? Trois notes en dents de scie, les mêmes, toujours les mêmes, qui vous flinguent un ciné. Et sinon ? Je glisse la cassette dans son papier cadeau, je la range dans ma poche. Du côté flou, gratté, comme photocopié de la photo du groupe je garde en mémoire la couleur, entre papier et cendre, ce beige brun de comptoir qui signe la pochette_ : c’est un début, comme d’avoir déjà entendu la musique. Cadeaux éparpillés sur le matelas par terre, la cassette cherche sa place. » Anne Savelli est née en 1967 à Paris, ville où elle vit et travaille actuellement. Elle est l’auteur de Fenêtres/Open space, paru aux éditions Le mot et le reste en 2007. |
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C’est à un autre voyage qu’invite Cowboy Junkies, The Trinity Session. Pas dans le temps, pas vraiment. L’auteur campe rapidement le décor (fin des années 8o, fin de la fac, bande d’amis, café de la Sorbonne, disquaires, concerts, que faire de sa vie.) mais le roman ne sera pas celui-là, plutôt le récit d’une attente, d’un temps à moitié mort bientôt envahi par un album : The Trinity Session, le classique du renouveau folk (comme on dit, nous, les critiques) publié en 1988 par les Cowboy Junkies. Véhicule d’un périple au ralenti, le disque sera pour la narratrice une obsession salvatrice, une béquille. Dans son petit studio au sixième étage (sans ascenseur), la jeune femme est partagée entre deux vies: l’une glisse au fil des années universitaires; l’autre est plus mystérieuse, figée dans une attente dont on sait peu, marquée par une séparation que l’on devine, rythmée par des lettres et des timbres. Mais, on comprend quels murs la séparent de celui «Celui à qui (j’écris)» par la force d’une plume qui se joue de la ponctuation, bouscule avec des images pour très précisément décrire ce qu’elle ne veut pas toujours nommer («Les femmes en blocs fleuris», fulgurance pour dire les femmes de prisonniers). Le texte est ciselé, découpé, véritablement mis en page, comme un film est mis en scène. Anne Savelli décrit avec une inventivité singulière la découverte de The Trinity Session, la lente addiction à la voix de Margo Timmins, à cette musique tendue et ankylosée («le rock sans bruit»). Véritable historienne impressionniste, elle reconstitue le parcours du groupe, l’enregistrement d’un disque qu’elle veut arpenter et investir comme un territoire quasiment vierge. Il y a là quelques phrases magnifiques sur ce rapport que nous avons tous entretenu avec des chansons dont nous ne comprenions pas ou mal les paroles. Ces histoires que nous nous sommes tous racontées: «Ce qu’il faut c’est que le monde flotte, s’évanouisse et qu’il se distille autrement. Pour réussir le sens est de trop, pas de phrases, pas de phrases, il faut deviner et c’est tout, autre chose que ce qui se dit, ce qui n’a aucune importance, deviner de côté pour que les paroles échappent/un boomerang/ et viennent mieux s’ancrer, résonnent. Tout le disque est un envoûtement, on le sait.» En marge, le récit nous touche particulièrement par la façon dont il rend hommage aux passeurs, à ceux par qui le tourbillon arrive. Car il y a deux figures hors champ dans Cowboy Junkies, The Trinity Session : «Celui à qui (j’écris)» mais aussi «celui qui (offre la cassette)». Ces chansons qui changent la vie sont un cadeau d’anniversaire, venu de quelqu’un qui a, depuis, fait profession de cette curieuse posture: être celui qui offre. Quelqu’un qui a partticipé à la fondation d’ une revue pop moderne où l ‘on partage des chansons et des émotions qui essaimeront leurs histories, accompagneront des bouts de vie. Vincent Théval
Magic,
septembre 2008
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