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À paraître
Nioques # 5
Parution : 24/04/2009
ISBN : 978-2-9153-7882-5
160 pages
14,8 x 21 cm
15.00 euros
Nioques # 5

Au sommaire :
Charles Bernstein
Rémi Marie
Ulf Karl Olov Nilsson
Jean-Marie Gleize
Joël Baqué
Clara Elliott
Sabine Tamisier
Guillaume Fayard
Bernard Noël

Revue bi-annuelle / issn : 1148–4896

EXTRAITS

Charles Bernstein Le renflouement de la poésie devrait restaurer la confiance des lecteurs
traduit de l’américain par Abigail Lang

“Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général, distingués poètes et lecteurs, j’ai le regret d’être dans l’obligation d’inter­rompre ce soir les célébrations pour faire une annonce importante.
Comme vous le savez, la surabondance de poèmes illiquides, insolvables et troubles, est en train d’encrasser les artères littéraires de l’Occident. Ces poèmes criblés de dettes menacent d’infecter d’autres secteurs du domaine littéraire et, à terme, d’abattre notre industrie culturelle.
Les responsables de la culture se sont associés pour annoncer un rachat massif de poésie : les poèmes à fort taux d’endettement ou non garantis, les poèmes dérivés, les poèmes en souffrance et les poèmes subprime seront retirés de la circulation à l’occasion du plus important renflouement de la poésie depuis la période victorienne. Nous estimons que ce plan apporte une réponse globale pour réduire la pression qui pèse sur nos institutions et marchés littéraires.
Ne nous méprenons pas : les fondements de notre poésie sont sains. Ce n’est pas la poésie qui est en cause, mais les poèmes. La crise a été précipitée par l’escalade de la dette poétique, causée par des poèmes qui circulent à perte dans le marché économique en raison de leur difficulté, leur insuffisance ou leur manque de pertinence.”

Charles Bernstein Recantorium (une machine célibataire, d’après Duchamp d’après Kafka)
traduit de l’américain par Abigail Lang

“Moi, Charles, fils de feu Joseph Herman, subséquemment dénommé Herman Joseph, et de Shirley K., subséquemment connue sous le nom de Sherry, de New York, en mon âge de cinquante-huit ans, cité personnellement en jugement et agenouillé devant ce Corps Estimé, très Éminents et très Révérends Lecteurs, Inquisiteurs généraux contre la dépravation hérétique dans toute la République Poétique, ayant sous les yeux les Livres des Poètes Accessibles, que je touche de mes propres mains, je jure que j’ai toujours cru, que je crois à présent et qu’avec votre aide je croirai pour l’avenir tout ce que contiennent, prêchent, enseignent et expriment les Livres des Poètes Accessibles
J’ai eu tort, je demande pardon, je me repens. J’abandonne entièrement la fausse opinion selon laquelle le Mois National de la Poésie n’est pas bon pour la poésie ni pour les poètes. J’abjure, maudis et déteste la susdite erreur et apostasie. Et j’atteste maintenant de mon propre chef et au vu de tous les vertus du Mois National de la Poésie qui en braquant l’attention de la nation sur la poésie aide magistralement à faire vivre le vers au vingt et unième siècle.
J’ai eu tort, je demande pardon et je me repens. J’abandonne entièrement la fausse opinion selon laquelle seule la poésie élitiste et obscure mérite l’éloge. J’abjure, maudis, déteste et renie l’erreur et l’aversion susdites. Et j’atteste maintenant de mon propre chef et au vu de tous que le meilleur moyen pour que le grand public se mette à lire de la poésie est de lui proposer des œuvres globalement attrayantes avec un contenu affectif fort et une ligne ­narrative claire.”

Rémi Marie Je

je marche dans la rue déserte, je me regarde marcher dans la rue déserte, j’écoute le bruit de mes pas dans la rue silencieuse, je boutonne mon col, j’ai froid à l’intérieur, je suis un peu saoul, je suis un peu saoul mais ça n’aide pas, je marche vite pour dissiper l’alcool, je suis les rails du tram, je marche vers westbanhof, je marche vite, je ne sais pas pourquoi je suis parti, je sais pourquoi, je connais le contrat, j’ai fixé la règle, je joue le jeu, je suis parti très vite, je ne m’y attendais pas, je n’ai rien dit, j’ai repris mon pull sur tes épaules, j’ai mis ma veste en cuir, je me suis enroulé dans ton écharpe africaine, je suis sorti, je n’ai pas voulu discuter, je t’ai dit ne complique pas tout, je suis sorti, j’ai demandé mon chemin à stefan, je suis ses indications, je tourne à droite encore à droite, je me guide maintenant aux rails du tram 43, j’arrive à westbanhof, je sais qu’il est trop tôt pour le premier u-banh, je continue tout droit, je marche vers le centre, je descends les rues vers le centre, je croise quelques passants, je regarde le sol, je ne regarde rien, je marche pour m’empêcher de penser, je sens les pensées qui me rattrapent, je sens les pensées en embuscade, je marche plus vite, je marche jusqu’au ring

Ulf Karl Olov Nilsson Six poèmes
traduction U.K.O Nilsson, relecture N.Quintane

je grandis
Au début je grandis très vite, à ma naissance je mesure 51 centimètres, mais très vite je ferai 52, 53, 54, 55 et 56 centimètres. Un an après le jour de ma naissance j’en fais 63, quand j’ai 2 ans j’atteins 79 et quand j’ai 3 ans et 244 jours je dépasse le mètre. Entre 4 et 5 ans je grandis de 7 centimètres et les années suivantes de 6, 6, 5, 4, 6, 5, 3 et 4. À 13 ans je fais 159 centimètres, l’année d’après j’accélère radicalement et j’en fais soudain 167. L’année suivante je grandis plus encore et j’atteins 179. L’année d’après je grandis de 3 centimètres, l’année suivante de 2, et puis encore de 2. Puis je me calme et je ne grandis plus que d’un demi-centimètre. Entre 25 et 35 je demeure, d’après mes mensurations, tout à fait immobile. Entre 35 et 38, très étonnant, je grandis de 8 millimètres en tout. Ma trente-neuvième année je rétrécis de 3 millimètres. À la quaran­tième je rétrécis de 2 millimètres. Les années suivantes je rétrécis de 2, 2, 1 et 1 millimètres respectivement. À 45 ans j’entre dans une nouvelle phase et je rétrécis (probablement la conséquence d’une maladie grave et longue) de 6 millimètres et l’année suivante j’ai encore rétréci et je mesure 183 centimètres sans chaussures. Entre 47 et 55 je commence à grandir à nouveau, en moyenne d’un demi-millimètre par an. À 55 je fais un grand pas vers le ciel et je grandis de 14 centimètres, à ma cinquante-sixième année sur la terre se produit une augmentation presque égale et à 57 ans je mesure 219 centimètres de la tête aux pieds.

Revue de presse
- Consulter Ana Rossi CCP - Cipm, mai 2010
En quoi les neuf poètes de la revue Nioques #5 renvoient-ils aux lieux de l’écriture poétique?
Entre l’écriture comme repentir où le poète fait son mea culpa (p. 9), l’écriture autour du “je” (p. 27), la photo en noir et blanc (p. 73), la voix féminine dans sa difficulté de parler (p. 117), le lieu où le politique de la poésie s’explicite (p. 151), l’écriture se démultiplie et fragmente la parole. Quel dénominateur trouver entre ces stratégies d’écriture, sinon la recherche sur / dans la langue pour débusquer le sens au-delà de toute illusion sur les pouvoirs de cette même langue.
Ana Rossi
CCP - Cipm, mai 2010
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