Parution : 19/11/2008
ISBN : 978-2-9153-7874-0 350 pages 14,8 x 21 cm 23.00 euros |
Éric Deshayes - Dominique Grimaud
L’Underground musical en France
Livre illustré
Climax de la contestation généralisée, Mai 68 fait vaciller les instances politiques françaises et remet en question l’ordre social hérité du passé. Paradoxalement, la chanson française, la « variété », maintient son écrasante domination médiatique. Cette chape de plomb ne laisse que peu de place au développement d’un rock français qui ne soit pas calqué sur les modèles anglo-saxons. Autant par nécessité que par choix, l’expérimentation musicale en France prend le maquis, entre en résistance. Des groupes s’inspirent du rock psychédélique, de la tradition de la chanson française ou encore du free jazz. Tous affichent des pratiques fortement revendicatives, libertaires, expérimentales. Ils répondent aux doux noms de Red Noise, Barricade, Komintern, Crium Delirium, Maajun, Lard Free, Camizole, Etron Fou Leloublan… Ils ne se résignent pas aux contraintes d’un système capitaliste qui n’aura finalement pas été renversé. Beaucoup refuseront même d’enregistrer des disques pour ne pas se fourvoyer. Leurs musiques sont « bizarres » et déroutantes, pas vraiment « rock », se soustrayant à toutes tentatives d’étiquetage et de mise en boîte. Il ne s’agit surtout pas ici d’en faire le défrichage, tâche assassine, mais d’en révéler toute la fertilité.
Né en 1973, Eric Deshayes découvre à un rythme très soutenu le rock progressif de Canterbury, le free jazz, le krautrock, la scène underground française des années 70. Puis, il développe le site Internet Néosphères, « les sphères de la nouvelle musique » et devient rédacteur régulier pour le fanzine Traverses « les musiques autrement progressives ». Né en 1950, Dominique Grimaud vit dans la banlieue parisienne. Musicien dans les années soixante-dix avec Camizole, dans les années quatre-vingt avec Vidéo-Aventures et aujourdhui en solo. Également chroniqueur musical, il a été dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix collaborateur des revues Notes et Revue & Corrigée. Aujourd’hui, il dirige une collection discographique Les Zut-O-Pistes dédiée à l’édition d’archives musicales. |
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L’underground musical, qui peut bien se cacher derrière cette bannière aux contours flous? Qui donc peut prétendre en être porte-drapeau sur le territoire hexagonal et au-delà? C’est ce que semblent vouloir nous révéler les auteurs de cet ouvrage. Aux États Unis, le terme « underground » fut utilisé pour désigner la résistance française face à l’occupant nazi lors de la Seconde Guerre mondiale (Les Années Actuel, Kervran & Kien, 2010). Au delà des seules questions d’esthétique musicale, les auteurs cherchent ici à appréhender comment certains musiciens de cette période mirent en oeuvre d’autres manières non seulement de jouer mais aussi de produire, diffuser et distribuer une musique « clandestine» pour servir une autre « pop au peuple». Un long chapitre introductif nous présente ainsi le «maquis » duquel émergeront toutes ces mauvaises herbes prenant racine dans le terreau fertile du rock anglo saxon (notamment psychédélique), du free jazz américain et d’une certaine chanson française engagée. Les évolutions technologiques aidant (le home studio), certains musiciens pratiquent l’autoproduction, développent leurs propres réseaux informels pour assurer tant bien que mal leur distribution et leur diffusion, inventant par là l’esprit du do it yourself bien avant la vague punk. Cette globalité d’approche, fruit du travail d’un passionné et d’un artisan de cette entreprise artistique, est ce qui donne au livre tout son intérêt, en plus de faire découvrir ou redécouvrir une pléiade de groupes et musiciens trop peu connus. Car c’est tout de même de musique dont il est question et la majorité des chapitres lui fait la part belle. Les esthétiques, et les groupes/musiciens qui les développent, composent ainsi la trame principale de l’ouvrage au travers de chapitres spécifiques, aux intitulés pittoresques faisant parfois référence aux noms d’albums emblématiques. Ainsi du « free jazz français » ( Jazz Désaxé »: Tusques, Portal, Berrocal…) au punk ( Boîtes à ryth¬mes en dissidence »: Métal Urbain, Johnny be crotte…) en passant par le rock psychédélique ( Psychédélique Camembert »: Gong, Crium Delirium…), les musiques électroniques ( Électronique Guérilla »»: Heldon, Vidéo Aventures) ou une autre chanson ( Chants Sons de Traverses »: Ribeiro, Fontaine, Marcœur..), tout y passe. Mais surtout, plus que de se livrer à un simple exercice de revue discographique, les auteurs s’attachent à nous faire suivre les chemins de traverses que ces musiciens et défricheurs clandestins ont arpentés pour faire exister cette autre musique. Un peu comme dans le précédant ouvrage d’Éric Deshayes (2007), on suit les aventures musicales et discographiques, si la volonté et l’opportunité ont permis d’y aboutir de chaque groupe et les parcours des musiciens charismatiques en ayant fait partie. Au sein et au delà d’une courant musical on peut en pister un certain nombre qui, tels des électrons libres, multiplient les collaborations, toujours en quête de nouveaux horizons. Dans les méandres de ces circuits parallèles, on y côtoie l’histoire des collectifs (Tartempion…), des labels indépendants, Les sillons alternatifs »: Futura, Saravah, BYG, Tago Mago, Metamkine…), des festivals et autres lieux de représentation à la marge (Amougies, Fête de l’Humanité, les MJC…), d’une nouvelle presse, musicale et politique (Actuel, Libération, Rock & Folk, fanzines…) qui se font les chambres de résonance de toute cette effervescence. Romuald EMILE
Volume,
décembre 2010
L’underground musical en France came out a few years ago but this does not mean that the book is now dated and obsolete. On the contrary, this Le mot et le reste publication remains the only work of its kind and it will not be surpassed anytime soon. Eric Deshayes and Dominique Grimaud’s book sheds a rare light on the tangled, and at times fragmentary, stories of the French Underground (the term encompasses the various manifestations of France’s musical counter-culture). Beginning with the heydays of rock’n’show-biz, the authors take us through decades of resistance and creative experimentation. This 300-page book is dense with information but it is a trip worth taking. I doubt a translation of L’underground musical en France will ever be made available so grab a copy of the book if you are fluent in French or possess sufficient reading skills in that language. ———————————————- Artists, bands, labels and collectives featured include: Actuel, Alpes, Âme Son, Art Zoyd, Atem, Barricade, BYG, Camizole, Crium Delirium, DDAA, Disjuncta, Egg, Étron Fou Leloublan, Gong, Heldon, Lard Free, Magma, Métal Urbain, Mozaïk, Potemkine, Catherine Ribeiro, Red Noise, Richard Pinhas, Schizo, Shandar, François Tusques, Urban Sax, Vidéo-Aventures and ZNR (this list is far from exhaustive). Site Machine Music,
novembre 2010
Toute l'histoire de l'underground musical en France
Toute l’histoire (ou presque) de l’underground musical en France racontée par Éric Deshayes (dejà auteur du remarquable Au-delà du rock, la vague planante, électronique et expérimentale allemande des années 70) et l’inénarrable Dominique Grimaud (Camizole, Vidéo-Aventure). C’est ce que propose la maison d’édition (décidément bien inspirée) Le Mot et le Reste. L’ambition est de taille mais l’affaire ayant été confiée à deux experts en la matière, on peut s’attendre à ce que cet ouvrage devienne, à la manière du Krautrock Sampler de Julian Cope dans un autre style, une référence. Alors que les mythiques Catalogue (Jac Berrocal, Jean-François Pauvros et Gilbert Artman) se reforment pour un unique concert dans le cadre du festival Sonic Protest [...], c’est l’occasion rêvée de s’intéresser de près aux délires libertaires, expérimentaux et débridés de Red Noise, Barricade, Komintern, Criul Delirium, Maajun, Lard Free, Camizole ou Etron Fou Leloublan…
Pop news,
18 novembre 2008
Éric deshayes est partie prenante de cette émulation et Dominique Grimaud est un de ses acteurs historiques. Leur ouvrage apporte quelques pierres à un édifice en pleine reconstruction, décortiquant le parcours de collectifs présents à cette période. (...) On sort de l’ouvrage avec l’envie irrésistible d’explorer ce nouveau chapitre d’une histoire secrète du XXè siècle, comme dirait Greil Marcus. Gérôme Guibert
Magic,
février 2009
Toujours avec les éditions marseillaises Le Mot et le Reste, qui sont en train de se construire une solide collection consacrée à la musique, un ouvrage sur la contre-culture. Le sujet a déjà été abordé chez eux par deux fois, récemment avec Révolution musicale (de Guillaume Ruffat pour les quarante ans de mai 68) et un peu avant avec Au-delà du rock (sur le krautrock allemand) d’Eric Deshayes. C’est celui-ci qui co-signe aujourd’hui, avec le musicien Dominique Grimaud, cette somme à l’intitulé explicite qui sort pile-poil au moment où les médias semblent découvrir qu’il se passait, aussi, des choses intéressantes en France après la standardisation de la pop-culture… A l’époque, on explore de nouvelles pistes entre psychédélisme, free-jazz et poésie déviante, on se structure en collectifs pour défendre ses revendications libertaires : c’est ce que montre ce livre de manière transversale, sans tomber dans l’écueil de la chronologie. Philippe Lacroix
Ventilo
La France du dessous
Tandis que le rock calamistré des Chats Sauvages et des Chaussettes Noires dégouline des grandes ondes, un son nouveau monte des souterrains et les transistors en restent muets. Il faut se coller au plancher (quelquefois au plafond) pour entendre Dagon et Jean-Pierre Lentin, Red Noise et Patrick Vian, Lard Free et Gérard Artman. Pour ne rien manquer de la fête, certains auront rejoint la FLIP (Forde de Libération et d’Intervention Pop) après avoir usé leurs clarks sur les chemins d’Amougies, de Bièvres ou d’Aix-en-Provence. Lors de ces rassemblements à la française, les routards chanceux ont vu, entendu, L’Âme Son, Indescriptible Chaos Rampant, Crium Delirium, Triangle. Quelque chose d’autre avait lieu, une musique d’alliage, l’union de la pop et du free, du rock psychédélique et du jazz le plus libertaire. Dans un volume pointilleux, Éric Deshayes et Dominique Grimaud ont enregistré toutes les minutes de l’Underground musical en France depuis les lointaines aventures d’Hector alias Jean-Pierre Kalfon jusqu’à celle du défunt et regretté Pierre Job dit Hector Zazou. Scotchant de bout en bout.
Guy Darol
Muziq,
mars-avril 2009
L'Underground musical en France
Documenté, précis et exhaustif, L’underground musical en France passe en revue tous ceux, musiciens, groupes ou labels, organisateurs de concerts ou de festivals, qui, à partir de 1968, ont essayé, parfois brillamment, parfois en restant aussi inconnus à leur mort qu’à leur naissance, de contourner le mouvement musical général d’un pays – la France – qui aura réussi un sacré tour de force : après avoir été le seul pays occidental dont les media occultent la “British invasion” de 1965–67 (en nous fourguant les “traducteurs yéyés”), ils seront aussi ceux qui, de 1968 à 1973, ignoreront les révolutions rock psychédélique et/ou progressive, folk, jazz et free jazz, en nous tenant coincés sous la chape de notre exception culturelle de chanson française. En 1968, les musiciens français condamnés à l’underground prennent le maquis, leurs refuges sont des festivals (Biot, Aix en Provence, Malataverne, Hérouville…), des labels (Byg), des circuits universitaires de petits concerts dans les cités U, bientôt une presse (les débuts d’ Actuel, Antirouille). Souvent liés aux mouvements communautaires (”Gong3 dans la Drôme), la musique est fédérée, les publics avertis, l’underground français est né, dont les héros s’appelleront Etron Fou Leloublan, Maajun, Art Zoyd, Lard Free, Camizole, Barricade, Jac Berrocal… Un livre destiné à devenir Bible. François Branchon
Sefronia,
23/06/2009
Eric Deshayes et Dominique Grimaud sont les très érudits auteurs d’un ouvrage intitulé L’Underground Musical en France aux éditions Le Mot et Le Reste. Un ouvrage remarquable par la qualité de son propos et la précision des faits qui y sont rapportés, un ouvrage qui œuvre pour ne pas oublier l’importance, la qualité et l’inventivité des différentes scènes qui, ignorées des médias ou volontairement à l’écart de ceux-ci, ont traversé de façon souvent trop anonyme le paysage musical français depuis la fin des années 60, un particularisme qui s’éteint avec la mondialisation de l’industrie musicale à la fin des années 90. Bruno Meillier, Dominique Lentin, Cyrille Verdeaux, Mozaik, Camizolle, Lard Free, Etron Fou, Dupont et ses fantômes, ces noms ne vous évoquent peut-être pas grand chose mais ils constituent, avec bien d’autres, un ensemble d’artistes, de groupes, de collectifs aventureux et imaginatifs dont il faut absolument ne pas perdre la trace. Ce livre y contribue de façons formidable en attendant que quelques rares archives sonores soient retrouvées et mis à disposition avec autant de sérieux. Un ouvrage indispensable pour qui souhaite connaître les tenants et aboutissant de la scène musicale française. Eric Deshayes a publié Au-delà du rock, la vague planante, électronique et expérimentale allemande des années soixante-dix (Editions Le Mot et le Reste). Il est l’oeil et l’oreille du site internet Néosphères. Dominique Grimaud est le fondateur des groupes Camizole et Vidéo-Aventures. Il dirige également Les Zut-O-Pistes, une collection discographique dédiée à l’édition d’archives musicales. Ce sont deux fins connaisseurs des marges. Ils possèdent la lumière franche pour cheminer dans les sous-sols des années 1960–70. Éric Serva
France Musique - Tapage nocturne,
04/12/2008
Le livre est considérable et pour tout dire indispensable tant les traces sont maigres sur cette période de la vie musicale. Fort heureusement, nous pouvons consulter la collection complète d’Actuel, les livraisons du Parapluie et quelques numéros du Tréponème Bleu Pâle, du Citron Hallucinogène et autres fanzines versicolores des temps rebelles et lysergiques. C’est le privilège des conservateurs d’étoupilles. Il ne manque plus (quel beau livre cela ferait !) que L’UNDERGROUND POETIC EN FRANCE, un guide rétrospectif où l’on retrouverait contée l’histoire du Quetton, de Starscrewer, du Manifeste Electrique, des éditions du Soleil Noir, toutes ces pages désintégrées publiées à contre-courant du spectacle intégré. Léon Cobra a saisi l’urgence qui nous dit Il était une fois… la presse underground sur son site en psychérama. En attendant ce qui serait un déluge, prenez cette leçon de mémoire ! http://www.guydarol.fr
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