Parution : 19/05/2011
ISBN : 9782360540228 368 pages 24.00 euros |
Dick Annegarn
Paroles
Introduction d’Olivier Bailly
Dick Annegarn est l’auteur de " Bruxelles ", " Mireille ", " Sacré géranium ", " Bébé éléphant ", des comptines qui se finissent mal, chansons fleuves à double fond ou chansons à tiroirs et à clés. Benedictus Albertus Annegarn est un citoyen du monde, dont la vie nomade le voit naître en Hollande avant de passer son adolescence à Bruxelles où il apprend la guitare en autodidacte puis débarquer à Paris en 1972. En 1978, âgé de vingt-six ans, il se lasse du show-business, préférant sa liberté aux compromis d’un milieu dont il se sent étranger. Il tiendra une épicerie sur une péniche, collectera la parole des citoyens, continuera à produire des disques. Cela durera vingt ans, presque. Les plus jeunes redécouvrent ce chanteur à la voix épaisse et au jeu de guitare complexe. Ils s’initient à la prosodie et à la syntaxe de ce "beur hollandais" qui barbarise la langue, lui enlève son corset, la rend aimable et proche de nous, loin de l’académisme froid. Éternel étranger, irrégulier, Dick Annegarn vit dans un village du sud-ouest de la France, quand il n’est pas sur les routes pour rencontrer son public. Il est l’auteur de plus de cent quatre-vingts textes de chansons qui font l’objet de cet ouvrage. Cette somme est complétée par des photographies, un retour sur la carrière du musicien et une analyse thématique des chansons par Olivier Bailly, journaliste indépendant, en collaboration avec l’auteur.
Dick Annegarn aborde la soixantaine en publiant à quelques mois d’intervalle un disque et un livre qui dressent le bilan d’une carrière de quarante ans. Folk Talk, son dernier album, remonte aux sources de son histoire musicale. " Officiellement " Dick Annegarn est auteur-compositeur-interprète, une appellation trop orthodoxe pour cet irrégulier du verbe qui n’écrit pas comme " on doit ". Au grand examen de la chanson française, il est recalé. Il chante comme il écrit, écrit comme il parle. Sa parole est brute. C’est celle qu’on échange dans la rue, au bistrot, partout où l’homme se mélange. Folk signifie peuple, c’est de là qu’il vient.
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Dans le sens du Vian
Parmi les conseils de lectures musicales de Bruno Pfeiffer, pour cette fin d’année 2011, l’accent est mis sur Dick Annegarn et ses paroles : “Les chansons de Dick Annegarn, cela fait trente ans que je les écoute. Bruxelles, Sacré Géranium, Mireille, Bébé Eléphant, colorient mon imaginaire. Singulièrement, les amateurs de chansons francophone placent le Hollandais loin derrière la sainte trinité (Brassens, Brel, Ferré). Dommageable erreur d’appréciation. En effet, avec Paroles (Editions Le Mot et le Reste), 180 exemples plaident pour ranger Messire Benedictus Albertus Annegarn, troubadour folk né en 1952 à La Haye, parmi les créateurs majuscules, au même titre qu’un Félix Leclerc. Ou qu’un Guy Béart. Ecoutez Folk Talk, son dernier CD, sur le label Tôt ou Tard : total canon dans la tradition du genre. Une bio fouillée, ainsi qu’une analyse thématique des chansons, complètent la somme.” Bruno Pfeiffer
ça va jazzer !,
28 décembre 2011
LE BILLET DE TRAIN DE DICK ANNEGARN
A cette époque-là, il avait, hasard extraordinaire, son clone de papier, croqué par Cabu : ce grand Duduche dodelinant, grand et maigre, petites lunettes rondes, jean et baskets, cheveux blonds… Pareil pour Dick Annegarn, grand échalas chantant, un peu paumé dans un monde si différent de lui. Hollandais vivant pour l’heure à Bruxelles, le jeune Annegarn prend le train pour Paris, là où « une nouvelle chanson arrivait : Higelin, Claude Nougaro, Marcel Dadi… » Dick n’envisage rien dans la chanson, ni disques ni carrière : il a juste, grand luxe, une année à perdre. Un de ses amis, ça tombe bien, a un pied-à-terre à Paris : « J’ai passé un week-end qui a duré quelques mois ». Dans la Capitale, l’excellent guitariste qu’il est reprend des standards américains, fait pas mal d’autres découvertes, s’imprègne de jazz. Et se constitue un répertoire français « pour tourner quelques mois en France » puis repartir : « Trenet chante « Madame, vous oubliez votre cheval ! », j’en ai fait « Ah ce qu’on est bien dans ce jardin ! » J’ai réalisé des commandes que je me suis passées à moi-même. La musique du refrain d’ « Ubu » est inspirée de « Valentine » de Maurice Chevalier. » Il chante ici et là et ça se remarque. Maxime Le Forestier a repéré cet olibrius et le présente à Jacques Bedos, directeur artistique chez Polydor. Nous sommes en 1973. Devant Bedos, Dick interprète Bruxelles. Silence, Bedos réfléchit. Et temporise : « On va voir… » « Comment, on va voir ? fait mine de s’insurger Annegarn. J’ai mon billet de train. Il est valable trois jours, il me faut un contrat dans trois jours, le disque dans trois mois et un contrat de trois ans, sinon je rentre à Bruxelles, ça en m’intéresse pas. » Dick bluffe : il n’avait pas de billet de train… Peu ou prou, vous connaissez la suite. Mais sans doute pas vraiment. L’autobiographie de Dick Annegarn est en exergue de son livre « Paroles » : l’intégrale de ses presque deux-cent textes, dilués dans l’ordre alphabétique. La partie « bio » est partagée, en guise d’introduction, sous forme d’interview, avec Olivier Bailly. Et c’est passionnant, vivant, nerveux, trépidant. Il y a quelques mois, Dick Annegarn a sorti un nouvel album, « Folk talk » (toujours chez Tôt ou tard), où il retourne aux origines de son art, ses fondamentaux à lui, reprenant ces fameux standards américains. C’est dire si ce livre fait écho. Un beau livre du reste, au papier soyeux, au format sympa, pavé qui tient bien en mains. Qui donne envie de se replonger dans tout Dick Annegarn, dans ce qui est connu (Ubu, L’institutrice, Bébé éléphant, Mireille, La transformation, Le grand dîner, Albert…) bien sûr, et dans tout le reste, dans son métier de chanteur et ses ruptures, son statut qui, au fil des ans, est devenu sa stature. Dick Annegarn (et Olivier Bailly), « Paroles », 2011, collection Ecrits aux éditions Le Mot et le reste ; le site de Dick Annegarn. Nos Enchanteurs
DES LECTURES MUSICALES POUR L'ETE
Note : 4
Quelques nouveautés bienvenues chez l’excellent éditeur provençal Le Mot et Le Reste. Jérôme Solal consacre un ouvrage concis à Antony Hegarty, chanteur d’Antony & the Johnsons, auteur d’une poignée d’albums envoûtants, sobrement intitulé La Voix d’Antony. Benoît Delaune s’attarde lui, à décrypter l’œuvre du Captain Beefheart and His Magic Band(s), quelques mois après la mort du musicien et peintre, ami de Franck Zappa. Enfin, l’éditeur propose l’intégrale des textes d’un chanteur, l’enthousiasmant Dick Annegarn, agrémentée de quelques très belles photos de cet inlassable baroudeur. Trois beaux ouvrages pour découvrir ou redécouvrir trois artistes inclassables, libres, indispensables... Raymond Sérini
NOUVELLE VAGUE,
20 juillet 2011
Belle idée que ce recueil de « Paroles » de Dick Annegarn, aux Éditions « Le mot et le Reste ». La parole de Dick Annegarn est brute. Souvent, il invente des mots, comme le faisait Rimbaud. Ses néologismes, toujours à propos, font d’ailleurs partie intégrante de son oeuvre. Comme il le dit lui-même, « Je pratique, j’écris le Français parlé ». Né aux Pays-Bas, Dick Annegarn se définit comme un « Nolandais ». Il passe une bonne partie de sa jeunesse en Belgique avant de partir s’installer à Paris. C’est là qu’il rencontre Jacques Bedos, alors Directeur Artistique chez Polydor. Annegarn lui présente ses chansons, Bedos lui dit « On va voir ». Dick lui explique alors qu’il doit repartir pour Bruxelles dans les trois jours, donc, il lui signe un contrat ou non. Un coup de bluff qui lui offrira son premier contrat dans une maison de disques. La suite, on la connaît, ou presque. Les premières pages de cet ouvrage retracent la vie et la carrière de Dick Annegarn. N’allez pas penser qu’il s’agit d’une biographie, pas du tout. Il s’agit plutôt d’un survol du parcours de Dick Annegarn fait par Olivier Bailly, et commenté par le principal intéressé. On y trouve tout de même différentes petites anecdotes assez amusantes, comme celle de la chanson « Il pleut », qui figure sur l’album « Approche-toi » paru en 1998, qui est une chanson écrite en 1973 originellement pour Françoise Hardy… qui la lui a refusée parce qu’elle était trop difficile à chanter. Il lui proposera quelques années plus tard « Châteaux d’Edgar Allan Poe », « parce qu’il n’y avait que trois notes »... À la lecture de ses « Paroles », on se rend compte que les mots de Dick Annegarn peuvent exister sans ses mélodies. On en oublie les chansons, pour se concentrer sur la poésie des mots. On se plaît à redécouvrir l’artiste ou du moins, on aborde son œuvre différemment. Saluons l’analyse thématique des chansons par Olivier Bailly et les Éditions Le mot et Le Reste pour cet ouvrage particulièrement intéressant. Dick Annegarn est certes auteur, mais il est essentiellement chanteur! Son dernier album, « Folk Talk » est sorti chez Tôt ou Tard le 7 février dernier. Vous pourrez aller l’applaudir à la Fête de l’Humanité à La Courneuve (93) en septembre, à Toulouse (31) le 21 septembre, à Lattes (34) le 29 septembre, à Bruxelles le 1er octobre et à Nantes (44) le 18 octobre. Olivier Martin
Idoles Mag,
Août 2011
BANDE PASSANTE
A l’occasion de la parution de l’ouvrage PAROLES, interview et enregistrement acoustique live de Dick Annegarn sur les ondes de radio France internationale (RFI / émission bande passante). Pour réécouter l’émission : ALAIN PILOT
RFI,
16 juillet 2011
LES MOTS DITS DE L'AMI DICK
*” LES MOTS DITS DE L’AMI DICK ” Le Livre « Paroles » rassemble tous les textes de Dick Annegarn* Bonnes nouvelles de l’éternel exilé gascon, le « Nolandais » qui a laissé à Bruxelles une adolescence et surtout une chanson superbe du même nom. Dick Annegarn, le fou des mots, est de retour, à 59 ans, en disque, sur scène et en librairie. Dick a publié, il y a quelques mois, son premier album en anglais, Folk Talk, qu’il défendra au Théâtre 140 le 1er octobre, quarante ans après y avoir mis les pieds une première fois. Un disque où il reprend les chansons des maîtres du blues et du folk américains. Et voilà maintenant qu’il publie Paroles, qui regroupe tous ses textes, des photos et une notice biographique. Tout cela a comme un goût de bilan : « Paroles, c’est mon idée, nous avoue-t-il. C’est un livre durable, avec une belle typographie. Paroles de Dick, ça fait un peu parole de Dieu, un petit côté biblique et spirituel. C’est la première fois que tous mes textes sont ainsi réunis. Quand je pense que pour la compilation hommage Le grand dîner, l’éditeur des chansons voulait nous faire payer si on reproduisait les paroles dans le livret… Dans les paroles se trouvent la musique et le sens de la musique. Il y a des chansons qui sont des blagues, comme “Ubu”, qui n’était pas faite pour être écrite. Il y en a plus de 180 par ordre alphabétique, sans chronologie particulière. C’est un peu désinvolte, oui. » C’est le plus grand des hasards qui fait que cette somme francophone arrive au même moment que son entrée dans la chanson anglo-saxonne : « Pour moi, c’est un retour aux sources. J’aurais dû commencer ma carrière par Folk Talk. Ce disque honore les grands, c’est honneur aux ancêtres et sur scène, il n’y aura qu’eux. Toute ma vie, j’ai voulu écrire le folk de l’avenir. J’ai toujours essayé d’être folk en écrivant mes chansons en français. Le folk est une formule qui reste. Il y a des bulles dans les mots. Mon envie était de marquer les esprits, même si la volonté de vendre des disques n’est pas drôle. J’ai écrit quelques chansons en anglais, notamment une pour Ray Charles. C’est plus facile pour les diphtongues mais je n’ai pas assez de vocabulaire ni de pratique. » Depuis dix ans, Dick Annegarn organise en Haute-Garonne, où il vit, un Festival du Verbe. Fait Docteur Honoris Causa en 2009 par l’Université de Liège, Dick a été sollicité pour monter en bord de Meuse un Festival international du Verbe, Annegarn a répondu présent. Après plusieurs reports, le festival devait se dérouler en juin dernier, avant d’être définitivement annulé. Dick est loin d’être heureux de la chose, vu qu’il s’y est longtemps investi : « De nombreux invités avaient déjà donné leur accord : Calogero, Axelle Red, Dave, Christophe… Mais l’académisme a eu raison du recteur. Certains, apparemment, ont pris peur de l’aspect social, alternatif, militant du festival. Je n’ai jamais parlé d’argent et les artistes ne demandaient rien mais monter une telle manifestation, ça coûte un peu d’argent tout de même. Devant l’incapacité de l’Université d’organiser ce festival, je préfère laisser tomber. En automne, on va monter à Toulouse la Caravane du Verbe. On ira partout où on sera le bienvenu. Raphael et Christophe ont déjà dit oui. Le thème, ce sera Rimbaud cette année. » Les mots, la véritable passion de Dick. Plus que le business de la musique où il se sent de moins en moins chez lui : « En 1972, j’ai avancé à reculons et je continue aujourd’hui à vouloir quitter le métier. Mon problème, c’est moi ! » Si l’ami Annegarn devait abandonner l’industrie du disque au profit du seul verbe, la musique perdrait un grand Monsieur ! THIERRY COLJON
LE SOIR,
13 juillet 2011
DICK ANNEGARN AU MICRO DE FRANCE BLEUE
Dick Annegarn, au micro de France bleue, nous parle de ses chansons, de son livre Paroles, et de sa participations aux Folies littéraires. FRANCE BLEUE - LES FRANCOFOLIES DE LA ROCHELLE,
13 juillet 2011
SI DICK ANNEGARN EST UNE TRUITE, CAPTAIN BEEFHEART S'APPELLE LEIBNIZ
Pour qui s’est laissé envoûter au début des années 1970 par les volutes chantées de Dick Annegarn, rondes de mots habillement assemblés qui refusent le dos rond, l’édition des textes du Hollandais batelant est une bénédiction. La grande affaire est la réunion des écrits d’un homme portant guitare et musette d’authentique voyageur, précédée des lumières d’Olivier Bailly, coruscant éclaireur des œuvres de Robert Giraud (Monsieur Bob, Stock, 2009), lequel appartient à l’occulte confrérie des poètes en actes.L’auteur de Sacré Géranium, Le Grand Dîner, Mireille est en effet doublé (non pas à l’intérieur comme une peau de camouflage) d’un véritable poète, nullement princier, qui le rapproche de ces astres vifs où brillent les noms de François Villon et de Leo Ferré, ces voyous de grand chemin pour qui le verbe est un recours faute d’être un secours. On se doutait en écoutant L’Orage que Dick Annegarn ne promettait pas des lanternes synonymes de vessies, qu’il ne se contenterait pas de nous aider à faire passer le temps au moyen de ritournelles saupoudrées à l’opium du peuple. Il fit cet acte magistral de composer un libelle définitif qui le mettait une fois pour toutes à l’abri des ambitions du bizness. Il refusa qu’on le capture dans les filets de la chanson française (y compris engagée) susceptible d’enrichir les profits des majors du disque. Il devint ce timonier des bords de Marne qui halait les flâneurs du dimanche. Souvent, venant du bois de Vincennes, je me rendais à ce bien curieux rendez-vous où présidait dans sa buvette-péniche le chanteur pétillant converti en vendeur de bulles. Nous conversions de la pluie, du beau temps, en nous laissant bercer par une faible houle. Il n’avait pas pour autant renoncé à faire entendre ses vers nouveaux. Sa discographie en témoigne longue de 18 artefacts jusqu’à Folk Talk (Tôt ou Tard, 2011), recueil de covers signant sa dilection pour les antiennes du blues. Puis vint ce livre dans lequel on pénètre comme dans un mausolée, assuré de respirer l’air du large et de subir, en ces temps de pacotilles, une saine cure de désintoxication. (...) Guy Darol
LE MAGAZINE DES LIVRES,
juillet-août 2011
LE FOLK EN 4 LECONS
On connaissait Dick Annegarn pour ses ritournelles à la poétique simplicité, Bruxelles ou Sacré géranium, qu’il chante de sa belle voix tendre et rocailleuse depuis 37 ans; on le connaissait moins fan de folk. Pourtant, le chanteur hollandais a forgé sa culture musicale dans cette musique populaire qui vit toujours ” dans les gares ou les bus ” d’Amérique. Dans Folk Talk, son vingtième album, Dick reprend les standards les plus célèbres du genre. The House of the Rising Sun ou Love me Tender. C’est donc en expert qu’il nous cause folk, blues, guitares et chansons populaires. Avec la verve qui sied à son caractère : car le bonhomme a la saillie facile et le verbe passionné. - LECON N°1 : LA GUITARE NE FAIT PAS LE ” FOLKEUX ” - LECON N°2 : LE FOLK N’EST PAS UNE MUSIQUE FIGEE - LECON N°3 : L’ORAL PRECEDE L’ECRIT - LECON N°4 : LE FOLK N’EST PAS UNE MUSIQUE D’AMERICAINS A LIRE : Paroles, préface d’Olivier Bailly, éditions le Mot et le Reste, 2011. Marie GALLIC et Johanna LUYSSEN
CAUSETTE,
juillet-août 2011
Comment un chantre de l'oralité, de la parole chantée et portée, se laisse-t-il tenter par la mise à
Comment un chantre de l’oralité, de la parole chantée et portée, se laisse-t-il tenter par la mise à plat et en page de tout son répertoire ? Réponse avec DICK ANNEGARN, haute figure de la “ouïtérature” qui voit quarante ans de verbe fort rassemblées dans un recueil sobrement intitulé Paroles. Dick Annegarn : Le principal intérêt d’un livre, pour moi, après quarante ans de chansons et vingt disques, c’est qu’on puisse lire mes textes ailleurs que sur des livrets de CD en caractère de taille 6 et mal imprimés… Il y a assez de poètes illisibles, même quand on arrive à les déchiffrer typographiquement, qui ont de belles publications ! Les éditions Le Mot et le Reste m’ont sollicité alors que je n’y croyais quasiment plus – j’avais moi-même lancé quelques pistes, en vain. Elles se vantaient de faire les salons, d’être bien présentes sur le circuit. Et en effet, je me suis rendu compte que c’était sérieux, qu’il y avait aussi un beau travail éditorial, notamment sur la pop culture des années 70, avec des bouquins sur Albert Ayler comme sur les séances d’enregistrement des Beatles ou la scène alternative française… Ces gens-là, je les vois comme des anarchistes qui, pour une fois, seraient doublés de vrais éditeurs, ou comme des compagnons qui ont le sens de la belle ouvrage. Les livres ont tous le même format, une identité visuelle forte. Et puis on les trouve ! Et pas seulement pendant ces deux ou trois années où certains éditeurs, après avoir touché un héritage, vont prétendre avoir “favorisé la culture”, hein… Non, ça fait dix ans que Le Mot et le Reste existe, que cette maison a sa place dans les bonnes librairies comme à la Fnac. La seule chose où j’ai eu quelque chose à redire, c’est sur la quatrième page de couverture : j’ai fait enlever l’expression “chanteur libertaire”, parce que je ne sais même pas ce que c’est. Je n’ai jamais lu ni Marx, ni Engels, ni Bakounine… Moi, je suis un auteur autiste qui est juste très heureux de voir ses textes enfin publiés. Il y a quelque chose de surprenant à voir quelqu’un comme toi, plutôt chantre de l’oralité et des formes de transmission qui en découlent, tenir autant à ce que ses textes soient fixés, imprimés. C’est vrai… Je me suis aussi prêté au jeu de l’introduction, dont je ne voulais pas au départ. L’éditeur m’avait dit : “Tu es libre, tu peux écrire ce que tu veux”. Mais non, moi, en général, je n’écris pas ce que je veux. Déjà, la chanson, c’est une discipline de la mémoire, métrique, rythmique… La rime, aussi, est une contrainte. Il y a tout un travail sur l’aspect sonore des mots. Après, je ne me voyais pas écrire un texte autobiographique : il y a des interviews pour ça. Je ne voulais pas faire une bavarderie ni un gros billet libre signé de ma main. C’est là qu’Olivier Bailly est entré en scène : il a fait un entretien, qu’il a structuré dans un récit de 60 pages. C’est lui, aussi, qui a validé le principe de classement des chansons par ordre alphabétique. Je n’ai pas voulu organiser mon écriture, avec ma période rose, ma période bleue, tout ça… Ce qui donne en fin de compte un ouvrage à compulser en milieu scolaire, ou à destination de ceux qui voudraient chanter ces textes. La question, à laquelle je n’ai toujours pas de réponse, c’est : “Est-ce que mes textes valent vraiment la peine d’être lus ?”. Celui qui ne connaît pas mes chansons, est-ce qu’en dehors de l’introduction et des photos, il va trouver là-dedans quelque chose ressemblant à de la poésie qui se lit ? Je ne sais toujours pas. Est-ce que tu aurais publié ces textes si tu ne croyais pas toi-même à leur valeur poétique?
Toi-même, quand tu as le texte d’une possible nouvelle chanson qui te travaille, tu ne l’écris pas : tu le gardes et le transformes dans ton esprit, tu le retiens ou tu l’oublies…
Est-ce que ça t’est déjà arrivé ? Cette indulgence, tu l’appliques aussi à tes chansons passées ? Y a-t-il dans Paroles des textes que tu trouves un peu mal formés, un peu bancals, mais que tu acceptes comme tels ? Tu as souvent dit que tu aimais les rêves parce qu’ils brisent l’ordre du temps. C’est ce que fait aussi ce recueil de chansons en privilégiant l’ordre alphabétique contre la logique chronologique.
Pourrait-on faire un livre avec toutes les chansons que tu as oubliées ? Finalement, tu as fait comme l’humanité, qui a attendu 23 heures pour se mettre à l’écriture : toi, tu as attendu 60 années pour t’y atteler… Richard ROBERT
L'Oreille absolue,
mai 2011
ANNEGARN JOUE AVEC SES MOTS
Monument de la chanson française, Dick Annegarn, qui vit entre Toulouse et Laffite-Toupière,publie l’intégrale de ses textes. Un superbe recueil qu’ouvre une passionnante biographie d’Olivier Bailly et qu’il présentera ce vendredi à la librairie Ombres blanches, accompagné du slammer Yassin Ben Moumene. Rencontre. Yves Gabay
LA DÉPÊCHE DU MIDI,
10 juin 2011
PAROLES
« Au commencement était le verbe » pourrait tout aussi bien être l’introduction des Paroles de Dick Annegarn que le prologue de L’Évangile selon Saint Jean. Car c’est de l’oralité que la poésie lui est venue. « Et le verbe s’est fait chair » dans ce recueil de chants enfin offerts à la lecture. Dick Annegarn écrit comme il parle et parle comme il écrit. Né aux Pays-Bas, il grandit à Bruxelles avant de déménager à Paris à l’âge de vingt ans. Autant dire que ce « Nolandais », comme il se qualifie lui-même, est polyglotte. C’est sans doute ça – on ne se risquera pas à écrire « cela » ; il a ce mot en horreur, comme tous ceux qui s’écrivent mais qui ne se disent pas,– le berceau de son amour invétéré pour la littérature orale. Il consacre d’ailleurs un titre à l’épopée de Gilgamesh, soit l’une des premières œuvres littéraires connues sur les péripéties d’un roi (peut-être légendaire) ayant vécu avant la création de l’écriture cunéiforme. Transmission orale, encore. Dans son dernier album, Folk Talk, il reprend des classiques du répertoire américain composés par des anonymes analphabètes. Un disque à prendre comme une déclaration ouverte à cet héritage transmis de bouches à oreilles. Pour Dick, une chanson, une phrase n’est bonne que si elle hante. S’il rêve d’une rime trouvée la veille, c’est gagné : elle sera gardée au réveil. Sinon, elle est bonne pour sombrer dans le Styx de l’oubli. C’est ainsi qu’il conçoit ses chants (car il n’aime pas parler de chansons, le concernant) : comme des moyens mnémotechniques. « Jeté dans ton jet mobile, Jeté comme John Glenn tu files » commence Bluesabelle. Peut-on imaginer phrasé plus sonore ? Pourtant, toutes ces combinaisons musicales de vocables sont désormais couchées sur le papier. « Ça sent le sapin », réagit l’auteur à l’aube de ses soixante ans. Détrompe-toi, Dick, ça fleure plutôt bon le thym et le romarin. Il le dit lui-même en introduction : « les paroles et la musique ont chacune une vie et il y en a une troisième qui est la combinaison des deux, la chanson. Sauf que les paroles peuvent être lues (…) Ce n’est pas seulement de l’écriture automatique, c’est aussi des intentions qui vont mieux apparaître imprimées que chantées. » Et de fait : lire Dick Annegarn, c’est un plaisir presque enfantin, où l’on réapprendrait le verbe. A partir de là, Paroles s’appréhende comme un dictionnaire de néologismes, de mots-images qui n’existent pas mais qu’il faudrait inventer, tant la langue universelle de Dick Annegarn coule de source. Marie Gallic
NABBU,
juin 2011
DICK ANNEGARN COURT TOUJOURS...
*Aujourd’hui sous le soleil du sud-ouest,Dick Annegarn revient cet après-midi au Furet du Nord de Lille qu’il Pour consulter l’intégralité de l’interview : Nord éclair Isabelle RAEPSAET
Nord Eclair,
8 juin 2011
DICK ANNEGARN SE LIVRE
On ne dira jamais assez de bien de Dick Annegarn, dont la voix d’ogre doux charrie depuis près de quarante ans des torrents de chansons sur le limon de la poésie. Elles existent sur papier, dans un recueil de 190 textes titré Paroles (éditions le mot et le reste), dont la beauté laisse sans voix. Brillante préface d’Olivier Bailly.
annegarn.free.fr les Inrockuptibles,
1er - 7 juin 2011
EN GARDE, V'LA ANNEGARN
Ce vendredi soir à la Criée, samedi à L’histoire de l’œil et au festival Gravitations : le plus gascon des folkeux amstello-belges squatte Marseille pour fêter une belle anthologie. Interview. Si les médias mainstream semblent depuis une paire d’années redécouvrir Dick Annegarn via un hommage collectif porté par Toutes cette actualité, ces hommages, ces sollicitations, un an avant vos 60 ans, ça ressemble à un bilan, non ? Quels auteurs avez-vous choisi de mettre en valeur ce vendredi soir à la Criée ? Dans la partie interview de Paroles, vous avez cette belle phrase au sujet de vos multiples escapades loin des scènes et des studios d’enregistrement : « Ne pas être chanteur, ça me permet de mieux l’être. » C’est comme ça que vous résumeriez votre parcours, un peu comme un « négatif » photographique ? On dit que vous êtes paysan aussi… C’est comme José Bové, ou vous l’êtes vraiment, vous ? Vous dites aussi vous être « dégagé » de la chanson « engagée » parce que « c’est pauvre poétiquement, nécessairement précaire, révocable et temporaire ». Pourtant vos textes, dédiés aux marginaux, aux libertaires, de pamphlets anti-show-biz en manifestes homosexuels, ne parlent pas vraiment d’amour naïf et de petits oiseaux… On vous a vu dans Mammuth en fossoyeur face à Depardieu. Le cinéma vous a de nouveau sollicité ? Trois questions rituelles pour finir : votre dernier coup de cœur ? Votre dernier coup de blues ? César, Père Ubu, même chose ? Votre dernier coup de sang ? Denis Bonneville
La Marseillaise,
27 mai 2011
DICK ANNEGARN INSPIRE PAR LES BELLES LETTRES
A la Criée, le chanteur voyage dans la littérature qu’il aime
Quand il vous parle, il est un peu ici, un peu ailleurs. Un peu comme dans la vie qu’il partage entre la France et le Maroc. " Je ne suis pas Français mais je chante en Français, dans une langue étrangère donc ", résume dans sa belle voix dure et profonde le Néerlandais Dick Annegarn. Artiste ovni, chanteur inclassable, homme chaleureux et voyageur, Dick Annegarn occupe une place à part dans le monde de la chanson. " Je fais entre 40 et 50 concerts par an. Pas à Marseille où je ne suis pas désiré visiblement. J’adore venir chanter à Marseille mais, en règle générale, je vais plutôt en périphérie que dans les grandes capitales régionales. Les grandes villes ont peur de moi. " En périphérie du show biz aussi : " On a été quelques-uns à être davantage marginalisés que marginaux ", lance-t-il toujours entre vérité et plaisanterie. Ce soir à la Criée, il donne un concert littéraire, une création concoctée pour les Correspondances de Manosque, jouée une fois à Paris. " Dites bien aux gens que je ne vais pas chanter Bruxelles, pour ceux qui s’attendraient à ça c’est raté. Ils seraient déçus s’ils n’étaient pas prévenus. " On s’écrie que c’est dommage. Il riposte : " C’est pas mademoiselle Âge tendre et tête de bois! Je demande l’autorisation de progresser. De faire autre chose. " On la lui accorde pour se laisser entraîner, ce soir, dans un tour d’horizon de la littérature, de la poésie qu’il aime : " C’est une création dont le prétexte est des lettres. Il y a des chansons qui ont trait à la littérature, une lettre de Théo à son frère Van Gogh, j’ai mis en musique le poème L’Eternité de Rimbaud, je lis aussi dans sa dernière lettre, j’alterne chansons et des bouts de lecture même si je sais que la lecture est le degré zéro du spectacle. Mais je me lève, je joue de la guitare, je bouge. Je lis un texte en sumérien, en kurde pour la beauté des sons..." Dick Annegarn dit qu’il travaille beaucoup, qu’il aime aller écrire au Maroc où, près de la mer, il n’a que des amis. Il raconte aussi qu’il travaille sur un projet d’album avec Raphaël qui lui avait demandé une chanson sur son précédent disque. Il martèle encore qu’il se méfie, se garde des "états majors économiques, politiques ou militaires qui sont tous méprisants avec le peuple et les artistes". Dick Annegarn n’a pas changé. Et ça c’est décidément une bonne nouvelle. Olga Bibiloni
La Provence,
27 mai 2011
PAROLES
Une couverture qui tire discrètement l’œil, qui donne envie de feuilleter. Une découverte qui surprend : les chansons sont classées par ordre alphabétique et non par album dans un ordre chronologique. Enfin un album photo présente l’artiste à divers moments de sa vie et certaines de ses relations. Ce recueil est une surprise. En effet c’est généralement réservé aux artistes défunts dont on peut proposer l’intégralité de l’œuvre. Est-ce à dire que Dick Annegarn n’écrira plus de chanson ? (on notera au passage que son dernier opus ne comporte que des reprises anglo-saxonnes). Je crois pouvoir dire après lecture et vu le “ton” de cette “intégrale” qu’il m’étonnerait beaucoup que Dick Annegarn cesse de composer et d’écrire… A le lire et à plus forte raison en l’écoutant on sent qu’il n’a pas tari son imagination. Et aussi parce que le monde, je crois, lui offrira encore des sujets d’étonnements et de “révolte”. Pour ce qui est de sa musique elle est assez libre – non enfermée dans des modes ou des genres fixes – pour se renouveler. Cinquante pages de présentation, une introduction d’Olivier Bailly illustrée de commentaires de Dick, donne des pistes de lecture et surtout expliquent, justifient le choix de présentation. En résumé : les textes de Dick ont évolué et sont susceptibles d’évoluer en fonction de leur passage sur scène… Sachant que les lecteurs aiment bien confronter leurs étiquettes à celles des critiques je vais tâcher de vous situer Dick Annegarn que pour ma part je trouve “inclassable”. On peut comme le fait Olivier Bailly lui chercher du Rimbaud ou du Surréalisme (Desnos plus qu’Eluard) dans les vers, c’est vrai que Dick est très cultivé – ses chansons sont bourrées de références sous-jacentes – mais à cause de ses musiques je le rangerai dans une succession de Trenet à Gainsbourg en passant par Vian/Salvador pour lui donner comme famille Areski-Fontaine, Higelin et Souchon avec un cousinage chez Vassiliu et Béranger… et plus lointain Hubert-Félix Tiéfaine. En résumé il tranche par des textes décalés soutenus par des musiques inclassables. On aime ou pas mais il ne peut laisser indifférent. Il va de soi que ce livre ne se lit pas d’une traite comme un roman. On l’ouvre au hasard, on lit trois chansons et on referme pour savourer… J’imagine que les nostalgiques iront d’abord regarder leurs classiques – pour moi, “Ubu” et “Mireille” – . Parce que je l’avais sous la main pendant ma lecture, j’ai écouté et lu “Un’ombre” où “Même en hiver” et surtout “Où es-tu Mohand?” ont retenu mon attention. J’ai trouvé “Ganaël” très “Nourritures terrestres” et je me suis laissé séduire par – dans le désordre – : “Françoise Parodie”, “L’institutrice”, “Boileau”, “Mal de dents”, “Le Saule” et “Trois petits cochons”... Un livre à garder à portée de main. Parce que relire un texte de temps en temps peut être intéressant et surtout peut servir de baromètre personnel: est-ce que dans six mois, un an ma sélection ci-dessus sera la même ? Bonne écoute. Noé Gaillard
Murmures,
juin 2011
LA MATIERE DES MOTS : PAROLES
En réunissant les textes de ses chansons en un livre, Dick Annegarn confirme ce que l’on savait déjà : qu’il fait partie des grands paroliers de la chanson française. Même en étant isolés de sa voix et de ses instruments, ses textes demeurent extrêmement musicaux. Dick Annegarn aime la matérialité des mots, qu’il fait s’entrechoquer à loisir et qui dégringolent au fil de ses chansons comme autant de cailloux signifiants et sonores. Chanson et poème Le livre qui réunit désormais l’intégrale des textes de chanson de Dick Annegarn s’intitule Paroles. Et dans l’« Introduction » d’Olivier Bailly, qui s’apparente à une long entretien commenté, peut se lire cette déclaration du chanteur : « On confond trop la poésie et la littérature avec la chanson qui n’est pas une littérature, ou alors orale. La chanson pour moi devrait être dissociée [...]. » (...) Pour consulter l’intégralité de l’article : Culture Laurent Demoulin
Culture, journal de l'université de Liège,
mai 2011
DICK ANNEGARN l'AMERICAIN
Un an après Soleil du soir, Dick Annegarn sort un disque de reprises de grands classiques du folk et blues intitulé Folk Talk. Un hommage très personnel à la culture populaire américaine, qui sonne comme un retour aux sources. Il ne cache pas que l’idée d’enregistrer Folk Talk est venue du directeur de son label, Vincent Frèrebeau : “Il m’en parle depuis 1998 au moins. Quand je vais dîner chez lui et que je prends la guitare, je chante du folk et du blues. Ce sont plus mes sources que Georges Brassens. J’ai grandi avec Nina Simone, Bob Dylan, Woody Guthrie, Bukka White. Adolescent, j’ai vu John Lee Hooker et quelques autres au théâtre 140 à Bruxelles, à une époque où on voyait en Belgique plus d’artistes américains que de chanteurs français.” Et il rappelle que Bébé éléphant, un de ses premiers succès, à l’aube des années 70, lui a été inspiré par une chanson d’un Américain croisé à Bruxelles. Il chante la tradition populaire mais aussi des œuvres de grands créateurs et interprètes comme Bob Dylan (Don’t Think Twice, It’s Alright) et Elvis Presley (Love Me Tender), avec toujours la même liberté dans l’approche des chansons et du chant. À propos de ces grands créateurs, il aime jouer sur les sens du mot vol : “Ils ont emprunté aux racines, mais ils ont aussi cherché un envol – ils ne se gênaient pas pour ajouter un couplet ou pour couper ici ou là. Dans House of the Rising Sun, mon interprétation est autant une signature que les paroles elles-mêmes – j’y ai mis des mélismes arabisants ou yiddish. J’ai du mal à chanter comme les originaux. C’est une réappropriation que je revendique. C’est aussi un disque pour voyager. Je ne voulais pas un disque de faux cowboy ou de faux Noir que je ne joue qu’en France. J’ai opté pour un petit côté wacky, cinglé, personnel.” Un chanteur francophone Et, de fait, on reconnait vraiment Dick Annegarn dans chacune des chansons de Folk Talk, même si l’instrumentation est strictement folk et le répertoire, profondément enraciné dans l’Amérique. Guitare acoustique, presque rien de percussions, deux choristes çà et là, et sa voix rocailleuse, vibrante, ductile, rugueuse et lyrique à la fois. “J’avais commencé à enregistrer à Saint-Rémy-de-Provence mais j’étais un peu ankylosé. Nous avons tout refait et tout fini à Los Angeles chez Freddy Koella. ‘Dès l’aérogare, j’ai senti le choc’ (il cite Nougayork, de Claude Nougaro) : là-bas, le drive, le swing, l’accent tonique, la niaque, rien n’est pareil. Et nous pouvions avoir pour les chœurs des chanteuses de la Nouvelle-Orléans, qui m’ont franchement envouté.” Pour la tournée, il va partir avec deux choristes antillaises. “Pendant des années, mes musiciens étaient gascons. Ça va changer d’ambiance, ce côté créole des filles de l’Amérique centrale…” Il aime que les textes de ces chansons américaines soient parfois d’une simplicité troublante : “Il y a des ondes de signification, des sens cachés qui s’entendent entre les mots. Il n’y a pas de dictionnaire pour ces chansons. Il faut en donner une signification, qui n’est pas forcément universelle. Notre folk n’est pas américain. Il est mondialiste, obamiste. De toute façon, même nos compositeurs européens sont des voleurs : Bartok et Varèse ont pris des mélodies chez les illettrés. Ici, j’honore une infime partie de nos racines. Il y a des circulations incroyables dans la musique. Je me souviens avoir chanté Le Roi Renaud à mes amis berbères au Maroc ; il leur semblait que c’était une chanson de chez eux.” Les racines ? Quant à lui, il va aussi publier, le 19 mai, un recueil de ses textes de chansons, Paroles (éd. Le Mot et le Reste), “ce qui confirme que je suis toujours un chanteur francophone”. RFI Musique,
février 2011
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