Parution : 09/09/2010
ISBN : 9782360540129 368 pages 14,8 X 21 cm 23.00 euros |
Henry D. Thoreau
Walden
Nouvelle traduction de Brice Matthieussent
Préface de Jim Harrison Notes et postface de Michel Granger Tant apprécié par Proust et par Gide qui tous deux envisagèrent de le traduire, le chef-d’œuvre littéraire de Henry D. Thoreau n’a jamais obtenu la traduction en français qui rendrait justice à sa richesse et à sa complexité. Rédigé à partir d’une conférence donnée pour expliquer le sens de son séjour dans les bois de Concord (Massachusetts), l’essai a été longuement retravaillé entre 1847 et 1854. Il a été réécrit 8 fois, chaque nouvelle version bénéficiant d’ajouts empruntés au Journal et de formulations plus proches de ce que Thoreau cherchait à dire au sujet de son immersion dans la nature, de son refus de la tradition tout autant que du monde moderne.
Le ton employé par cette figure excentrique de la littérature américaine est volontiers provocateur lorsqu’il exprime son refus d’une société trop préoccupée de commerce et d’argent. Thoreau ne veut pas une communication simple, univoque, mais joue sur les mots, retrouve des sens oubliés, voire imagine une étymologie, afin de faire entendre bien plus que le sens commun, au risque d’une obscurité qu’il accepte, si c’est le prix à payer pour s’approcher au plus près de sa vérité intime. C’est dire que cette œuvre longuement mûrie s’est forgé une langue noueuse, surchargée d’intertextualité et d’allusions culturelles à la vie du XIXe siècle américain et qu’elle est parfois difficile à interpréter. La pensée étonnament moderne de Thoreau, concernant la résistance vitale de l’individu aux empiètements de la société et la nécessité de garder le contact avec la nature, mérite d’être portée à la connaissance du public francophone : cela ne peut se faire qu’avec une traduction qui rende justice à la qualité et à la densité du texte de Walden. Michel Granger (spécialiste de Henry D. Thoreau) |
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L'Appel du silence traverse les frontières
Marie-Hélène Fraïssé s’intéresse au silence dans les religions, au retrait, aux ermites. Elle invite Michel Granger à venir parler, à ce propos, de la retraite près du lac de Walden de Henry-David Thoreau. Marie-Hélène Fraïssé
FRANCE CULTURE,
10 janvier 2012
Homme des bois
De 1845 à 1847, Thoreau se retira dans une cabane au bord du lac Walden, dans le Massachusetts. L’écrivain américain en tira une œuvre à mi-chemin entre philosophie de vie et journal intime, qui rappelle “Les Essais” de Montaigne. L’ouvrage fondateur du “nature writing” ressort, préfacé par un admirateur : Jim Harrison. Faustine Prévot
GEO,
octobre 2011
Les Nouveaux chemins de la connaissance
Jeudi 20 octobre Michel Granger, américaniste professeur à l’université de Lyon, auteur des appareils critiques de toutes nos éditions des textes de Thoreau était l’invité d’Adèle Van Reeth. Cette émission était la dernière d’un cycle consacré à la solitude, et évoquait bien sûr la notion de solitude chez H. D. Thoreau. Pour réécouter l’émission : Adèle Van Reeth
FRANCE CULTURE,
20 octobre 2011
Réflexion
L’Histoire et les divagations d’un auteur de la littérature classique, H. D. Thoreau, lorsqu’il vivait au plus près de la nature, près de l’étang de Walden. Ce récit raconte sa révolte solitaire, la nécessité de garder le contact avec la nature et de résister aux empiètements de la société. Symbioses,
été 2011
THOREAU NATUREL RESISTANT
Le numéro d’été de Philosophie magazine consacre un dossier spécial à l’écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau, avec des articles de Michel Granger (qui a rédigé l’appareil critique de nos éditions de Thoreau), Jim Harrison, José Bové... et la reproduction d’extraits de notre édition de Résistance au gouvernement civil. Introduction du dossier collectif (dossier)
PHILOSOPHIE MAGAZINE,
juillet-août 2011
Henry David Thoreau, auteur américain du milieu du XIXe siècle, revêt aux Etats-Unis une importance indéniable. Plus connu pour son Essai sur la Désobéissance civile qui inspira Gandhi, Nelson Mandela, Martin Luther King et tout le mouvement des luttes d’émancipation non-violentes. Cependant, pour qui aime la nature, les grands espaces, les forêts, les rivières et les lacs, Thoreau est alors un père fondateur mais qu’on a peine à classer. A la fois poète, naturaliste, explorateur, philosophe, il s’inspire des observations effectuées au cours de longues marches dans les bois, le long des rivières et de la vie qu’il mena en ermite au bord du lac de Walden. Ses écrits prennent alors une dimension qui saisit l’imagination par une parfaite qualité descriptive et par le sentiment que la nature déploie en toute saison une esthétique qui se dévoile à l’observateur attentif et amoureux. Thoreau ne néglige rien des détails, il aime le ciel, les arbres, les mousses, le ruisseau et la rivière, la flaque d’eau et le lac et tous leurs animaux. La nature chez Thoreau rend meilleur, plus sensible, plus sage, elle est une école non pas dans ce quelle peut avoir de rigueur et de discipline mais de libération et d’accomplissement de soi. Walden c’est cela, un bois, un lac surtout et Thoreau y vivra pendant deux ans quasiment en ermite, modeste et enthousiaste, possédé par le lieu, éloigné de la ville et de son croupissement humain. chamane
chamane51,
juin 2011
Dossier nature, écologie
(...)Les amis américains Tendance lourde cette année : l’abondance de traductions de textes de référence en matière de philosophie de la pensée écologiste, et d’auteurs de “nature writing”, la littérature inspirée par la nature, très en vogue aux États-Unis. Wildproject veut ainsi donner accès aux ouvrages américains qui ont construit le courant de l’éthique environnementale. (...) Dans un registre similaire, l’éditeur marseillais Le Mot et Le Reste a lancé en janvier Le Pays des petites pluies, un des grands classiques de la tradition américaine de “nature writing”, écrit par Mary Austin. Est également prévu en août Histoire naturelle de Selborne, ouvrage paru pour la première fois en 1789 et écrit par Gilbert White, considéré comme l’un des pères fondateurs de la pensée écologiste. L’année dernière, la nouvelle version française de Walden de Henry D. Thoreau par Brice Matthieussent, le traducteur notamment de Jim Harrison, avait obtenu un gros succès, les 4000 exemplaires étant aujourd’hui épuisés. (...) Véronique Heurtematte
Livres Hebdo,
11 mars 2011
De la vie dans les bois à la désobéissance civile
De la vie dans les bois à la désobéissance civile Une émission d’une heure avec David Collin et Philippe Zibung. Pour écouter l’émission, rendez-vous sur son site : Philippe Zibung et David Collin
Radio Suisse Romande / émission Babylone,
21 mars 2011
Manuel d’écologie littéraire
Je suis parti dans les bois parce que je désirais vivre de manière réfléchie, affronter seulement les faits essentiels de la vie, voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu’elle avait à m’enseigner, et non pas découvrir à l’heure de ma mort que je n’avais pas vécue. Fred Robert
Zibeline,
novembre 2010
C’est chose faite, par un petit éditeur, une nouvelle traduction qui rend plus claires les divagations, philosophies et histoires de Thoreau alors qu’il vivait son aventure près de l’étang de Walden pendant deux années, au plus près de la nature. Un texte fondateur de l’écologie contemporaine. Xavier Delhert
Plume d'Orfée - revue d'éduc. à l'environnement,
novembre 2010
Les éditions Le Mot et le Reste publient une nouvelle traduction du Walden d’Henry D. Thoreau, son œuvre majeure (1854). Walden ou la vie dans les bois est le récit d’une « révolte solitaire », au bord d’un lac, dans une maison construite de ses mains. Deux ans et deux mois d’isolement et de réflexions avant de retourner « dans la civilisation ». Dialogue avec soi, avec le monde dont il s’est volontairement absenté pour mieux en saisir la présence, dialogue avec la culture et la littérature, Walden est un texte anticonformiste et d’une actualité tout à fait étonnante, comme le souligne la préface de Jim Harrison qui déclare avoir « grandi dans une profonde fascination pour Thoreau » dont témoignent d’ailleurs ses romans et insiste sur « l’improbable vitalité de l’œuvre de Thoreau près de deux siècles plus tard ». Christine Marcandier-Bry
Mediapart,
novembre 2010
Yes, we can : nous pouvons vivre autrement, Thoreau l’a fait
Le conseil général des Bouches‐du‐Rhône a eu raison de soutenir la publication de ce Walden élaboré par des passionnés. Ces derniers ont su regrouper, baliser et enserrer l’oeuvre ‐ infinie ? ‐ de Thoreau : une introduction lumineuse de Jim Harrison, une postface exigeante de Michel Granger, le tout porté par la traduction raffinée de Brice Matthieusent et clôturé par des plans de Concord et de Walden Pound. Une esquisse de sa « cabin » (cabane) révèle Thoreau en pleine lecture*, mais… l’auteur possède aussi une intrigante « maison » en ville entre le chemin de fer, la prison et le barrage du moulin ! Le titre Walden, en apparence énigmatique, est celui du lac situé au sud de sa cabane. Inscrire topographiquement sa pensée en ce lieu sauvage – à quelques miles de son lieu de naissance – marque la volonté d’y explorer et vivre selon une certaine conception du monde. Cette renaissance à soi s’ouvrsur un chapitre dont le nom serait rébarbatif, s’il ne révélait une véritable « économie de vie » (une philosophie) : un monde conçu autrement, re‐conçut en quelque sorte. Thoreau y déshabille d’abord l’homme civilisé de tous ses oripeaux civilisateurs : les vêtements la propriété (p. 39), l’acte de location (p. 40), etc. Ainsi l’homme croit « posséder une maison, mais c’est elle qui le possède. Sa position de renoncement général, basée sur une décroissance anticipée, commence par lui (Où j’ai vécu, pourquoi) – puis s’étend vers le monde des lieux (Village, lacs, ferme Baker), des êtres vivants (Anciens habitants, visiteurs d’hiver, voisins animaux, animaux d’hiver), des actes (Lire, Solitude, Pendaison de crémaillère), soumis à des règles (Les lois) et dont émerge une temporalité (Printemps). Il conteste la division du travail (habiter une maison que l’homme n’a pas construite) et revendique une simple satisfaction des besoins (bâtir sa maison comme l’oiseau son nid) qui libèrerait nos facultés poétiques à l’image du chant des oiseaux. Il s’arrête à des moments de vie avec une forte jouissance à la Giono : sarcler les haricots, observer la perdrix maternelle, communiquer avec un simple bûcheron. Thoreau reconstruit un monde autre en inversant sans cesse les perspectives **. Cependant cette société inventée et si proche de la nature s’inscrit dans les lignes d’un livre (la culture donc). En effet, l’ouvrage doit susciter chez le lecteur la métamorphose proposée. Outre l’homme, on découvre l’écrivain au style original. Il préfère « être assis sur une citrouille et l’avoir tout à (lui) » qu’être « au milieu d’une foule sur un coussin de velours ». La maison n’est qu’un « vestibule à l’entrée d’un terrier » (la cave). Que dire d’autre si ce n’est que la jouissance de la lecture invite vraiment à mettre en oeuvre ce rêve « thoreauiste » (néologisme style rousseauiste). Un commencement presque Into the wild*** ! Jane Hervé *attrait évoqué dans le chapitre Economie. ** L’homme se croit gardien du troupeau, mais les troupeaux sont de fait les gardiens des hommes. *** film de Sean Penn. Walden, Henry D . Thoreau, préface de Jim Harrison, traduction de Brice Matthieussent, éditions Attitudes, coll. Le mot et le reste, 2010, 23 euros. Festival du livre et de la presse d’écologie Jane Hervé
Festival du livre et de la presse d'écologie,
octobre 2010
Tous dans les bois!
Jadis, avant l’arrivée de H.D. Thoreau, le brouteur d’herbe et néanmoins auteur d’un superbe livre, Walden, vivait et écrivait Charles Lane. [...] Nouvelle traduction (de Brice Matthieussent), préface de Jim Harrison : Walden, de Henry D. Thoreau, revient en scène, aux éditions Le mot et le reste. Martine Laval
Télérama.fr,
24 septembre 2010
L'écologie avant l'heure
En refusant un monde «où les hommes vont trop vite» et en prônant le respect de la nature, Henry David Thoreau, dont on réédite Walden, avait cent cinquante ans d’avance sur son temps. Quel plaisir de lire ou de relire la nouvelle traduction du livre essentiel, publié en 1854, du poète-naturaliste-philosophe américain Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois. Ouvrage qui reste la bible des écologistes américains, mais a franchi depuis des lustres les frontières états-uniennes. L’auteur, né en 1817 et mort en 1862 à Concord (Massachusetts), est connu aussi bien pour ses écrits naturalistes ou philosophiques que pour avoir inventé la non violence et la désobéissance civile, refusant de payer ses impôts à un État qui acceptait l’esclavage et menait une guerre contre le Mexique. Il inspira aussi bien Tolstoï, avec lequel il correspondait, que Gandhi, Martin Luther King ou José Bové, qui le cite souvent. L’homme, qui fut aussi jardinier , toute sa vie il cultiva un jardin , précepteur, gardien des villas de ses amis ou instituteur, n’avait rien d’un ours ou d’un sauvage, et n’oppose jamais l’homme et la nature. Il n’est en aucun cas le bon sauvage un peu benêt ou hypocrite de Jean-Jacques Rousseau. Il raconte joliment que, dans sa maison en bois de la forêt, il y a trois chaises: une pour la solitude, deux pour l’amitié et trois pour la société et lorsque les visiteurs sont plus nombreux, ils restent debout. Ses rapports avec la nature sont simples, sains et admiratifs, mais il admet qu’il est logique d’en vivre. Lorsque le long d’un chemin proche de sa maison, dont il raconte en détail la construction, il teste des cerises sauvages pas très goûteuses, il assure que c’est par simple politesse envers la nature. Et il ajoute, en s’expliquant longuement et en les énumérant, que « n’importe quel objet naturel peut procurer la compagnie la plus douce et la plus tendre, la plus innocente et la plus encourageante ». Tour en faisant bien comprendre que vivre dans la nature n’est pas un luxe d’intellectuel mais simplement un choix permettant de prendre du recul sur un monde « où les hommes vont trop vite». Au XIXe siècle… Il fait, en contradiction avec les lamentations de ses contemporains, le même éloge de la pluie, du vent, de la neige ou des orages que du soleil. Tous bénéfiques pour le jardin qui lui permet de vivre et de varier ses menus à base de poissons tirés de la rivière ou du lac, tout proches. Dans sa cabane, il est évidemment, et le raconte dans une langue extraordinaire, à l’écoute de tous les bruits, aussi bien celui de charrettes paysannes que celui des trains qui passent non loin plusieurs fois par jour, des « engoulevents (oiseau qui se nourrit surtout de papillons la nuit) qui psalmodient leurs vêpres perchés sur une souche proche de la maison », ou encore des sérénades nocturnes des grands ducs. Il est bien sûr à l’affût des animaux qui traversent son royaume: loutres, écureuils roux, ratons laveurs, tous les oiseaux de jour et de nuit, orignaux (version nord-américaine de l’élan européen), renards, lièvres ou lapins, et même chats redevenus sauvages. Des pages de descriptions minutieuses pour des espèces dont il explique « qu’il est remarquable que tant de créatures vivent, libres, sauvages et pourtant en secret, dans les bois et parviennent encore à se nourrir au voisinage des villages et connus des seuls chasseurs ». *Depuis sa cabane, Thoreau nous invite à une réflexion passionnante et imagée sur l’économie, la politique, la nature, les faits divers et sur une écologie qui n’existait pas encore. De sa conclusion on peut retenir une phrase: Claude-Marie Vadrot
Politis,
septembre 2010
Jim Harrison et Thoreau, le face à face de deux géants
L’écrivain américain Jim Harrison se plaît à raconter l’importante influence qu’a eue sur lui, depuis sa plus grande enfance, Henry D. Thoreau. Son père étant « obsédé » par le philosophe et naturaliste américain, Harrison a « grandi dans une profonde fascination » de ce « géant » du XIX siècle. C’est ce qu’il raconte en préface d’une toute nouvelle traduction, par Brice Matthieussent, d’une des œuvres magistrales de Thoreau Walden. Une traduction qui, comme l’explique le professeur lyonnais Michel Granger (qui a participé au projet, et a rédigé la postface du livre), « rend justice à la qualité et la densité » d’un texte très poétique et d’une « étonnante modernité », où ressortent ses idées subversives sur la désobéissance civile et son amour de la nature. Un vrai plaisir à lire.
Annick Stevenson
Le Progrès - Lyon,
septembre 2010
Grand événement. Walden de Thoreau (1817–1862) reparaît dans une nouvelle traduction de Brice Matthieussent, préfacé par Jim Harrison. Un livre de référence et de pleine actualité. Daniel Martin
La Montagne,
septembre 2010
«Walden», un classique de la philosophie des bois
Yann Courtiau de la librairie Le Rameau d’Or à Genève fait l’éloge de cette belle réédition de Henry-David Thoreau. Doit-on encore ajouter que Walden est un classique? Yann Courtiau
Le Temps (Suisse),
septembre 2010
Valéry et Thoreau, à la pointe de l'actualité
Les dix pages du chapitre “Lire”, on devrait en faire un tract et le distribuer à la sortie des collèges et lycées à l’égal d’un texte subversif susceptible de renverser le gouvernement. A propos, c’est de 1854. Comment dit-on déjà, que tout change pour que rien ne change? Pierre Assouline
Le Monde des Livres,
9 septembre 2010
Les éditions marseillaises Le Mot et le reste publient le 9 septembre une nouvelle traduction, signée Brice Matthieussent, de Walden d’Henry David Thoreau, accompagnée d’une préface de Jim Harrison ainsi que d’une postface et de notes du spécialiste Michel Granger. Publié pour la première fois en 1854, ce classique qui, dans cette nouvelle édition, a perdu le sous titre Ou la vie dans les bois qui accompagnait les éditions existantes («L’imaginaire» Gallimard; L’Age d’homme ; Aubier en édition bilingue), décrit, tout en en tirant les enseignements philosophiques, une expérience de vie solitaire en autosubsistance dans la nature, menée par l’auteur de 1845 à 1847 dans une cabane, près de l’étang de Walden en Nouvelle Angleterre. Brice Matthieussent, traducteur de nombreux grands écrivains anglosaxons, auteur lui même d’un roman Vengeance du traducteur (P.O.L, 2009), modernise la langue de Thoreau pour mieux souligner la vivacité et l’actualité de ce grand récit de «nature writing». Harrison, dans sa préface, classe pour sa part son compatriote parmi les « trois géants» de la littérature américaine du XIXe siècle, aux côtés de Melville et de Whitman. Les éditions Le Mot et le reste, créées et dirigées depuis 1996 par Yves Jolivet, abritaient déjà dans leur catalogue, diffusé depuis début août par Harmonia Mundi, un recueil d’essais de Thoreau, paru en 2007. Véronique Rossignol
Livreshebdo,
3 septembre 2010
Un classique peut en cacher un autre. Encore faut-il avoir derrière ce qui ne va pas toujours de soi, le classique charriant par définition dans le halo qui le nimbe davantage de poncifs que n’importe quel autre livre. Une réédition en bonne et due forme, de celles qui apportent au lecteur quelque chose qui lui avait échappé, est l’occasion d’y aller voir. Walden (380 pages, 23 euros) de Henry D. Thoreau (1817–1862) est à revisiter à l’initiative d’une petite maison marseillaise, les éditions Le mot et le reste. D’abord le titre. Les connaisseurs en littérature américaine, qui pullulent sur “La République des livres”, auront remarqué le parti pris des éditeurs qui l’ont amputé puisque généralement, les autres éditions le présentent sous son habit de Walden ou la vie dans les bois (1854) suivant en cela les premières éditions de Walden ; or life in the woods (on peut lire ici la version originale en anglais) bien que l’auteur ait demandé à son éditeur de s’en tenir au seul Walden. La traduction ensuite. Elle est signé de Brice Matthieussent, l’un des plus réputés passeurs de littérature américaine, lauréat du prix Maurice-Edgar Coindreau, traducteur de Richard Ford, Bret Easton Ellis,Thomas McGuane, Charles Bukowski, John Fante, Paul Bowles entre autres. On ne s’étonnera pas de voir le nom de Jim Harrison aux côtés du sien sur la couverture (peu inspirée, un comble vu le sujet), l’un de ceux dont il est le plus proche. Alors, ce fameux livre ? Le guide de vie d’un voyageur immobile. Pendant deux ans et deux mois, entre 1845 et 1847, Henry D. Thoreau (prononcez Thó-row,“the h sounded, and accent on the first syllable”) a décidé de faire une parenthèse dans sa vie (il travaillait dans l’entreprise familiale de crayons) et de s’installer sur les rives du lac Walden, un étang plutôt, à Concord, Massachusetts, un village situé à une trentaine de kms de Boston. Il s’y est construit sa maison, une cabane plutôt, a vécu seul et du seul travail de ses mains. Il l’a fait dans l’idée de tenter une expérience d’autosuffisance. Walden, le texte le plus connu d’une oeuvre qui en compte bien d’autres, est constitué de la mosaïque de fragments tirés du journal de cette expérience. Cela tient parfois du collage d’extraits, de citations, d’emprunts à toutes les sources (latine, grecque, anglaise, chinoise et biblique, surtout Matthieu, l’Ecclésiaste et l’Exode) mais si bien fait que les coutures en sont invisibles. Sa lecture est d’une fluidité qui semble naturelle tant les observations comme les analyses coulent d’une même eau. Nulle affèterie de langage comme on en retrouve parfois chez les auteurs de cette époque. Aucune mièvrerie dans son discours (au contraire, il est même sans tendresse pour les villageois de Concord qu’il compare à une colonie de rats musqués), pas de faux-lyrisme comme on pourrait le craindre dès que la nature inspire, et pas davantage de vision manichéenne dans le débat nature vs culture qu’il vit au jour le jour (on en retrouve l’écho dans la passionnante Correspondance qu’il échangea avec son ami et mentor Emerson que les éditions du Sandre viennent de publier pour la première fois en français).. Ce n’est pas “moderne” ni actuel, comme on dit trop rapidement trop sovent pour mieux arrimer une ancienne pensée à notre siècle; c’est de tous temps, comme tout ce qui a une portée universelle. Même si on a voulu que Gandhi et Martin Luther King aient puisé chez lui leurs principes de non-violence. Mais c’est surtout son message de désobéissance civile (il refuse par exemple de payer ses impôts à un Etat qui soutient l’esclavage) qui a ressuscité Walden dans la France de mai 68. Dans une postface succincte mais éclairante, Michel Granger, qui fut le maître d’oeuvre d’un Cahier de l’Herne consacré à Thoreau, rappelle à juste titre que, derrière sa critique des institutions étatiques et du capitalisme industriel, Walden encourage le lecteur à s’affranchir de toute tutelle en développant un esprit non-conformiste. Il invite à exécuter un pas de côté en permanence pour penser au-delà du sens commun sans pour autant s’engluer dans l’idéologie. Dans son utopie, il rêve d’une Nouvelle-Angleterre où des sages lettrés éduqueraient la population (idéal qui ne rappelle pas que de bons souvenirs). Ce voyage-autour-de-ma-cabane est d’une telle richesse que l’on s’en voudrait de le réduire en privilégiant les thèmes qui ont fait son succès en permettant de longue date aux écologistes de le récupérer (de tous les bruits de la nature environnante, celui du chemin de fer est le seul que l’auteur veut bannir). Même si son influence est aujourd’hui devenue si vaste dans tous les domaines (littérature, poésie, musique, cinéma…) que la récupération semble générale. Mais je ne résiste pas à la tentation d’isoler l’un des quinze chapitres, qui n’est pas “Le champ de haricots” ni “Pendaison de crémaillère” ou “Solitude”, encore qu’ils vaillent vraiment le détour, mais “Lire”. Thoreau s’y livre en quelques pages à une puissante apologie de l’enseignement des humanités gréco-latines dans leur langue, qui mériterait d’être publiée en tiré-à-part et distribuée à la sortie de notre ministère de l’Education nationale. Même si un peu partout dans son livre, l’ humanisme est tempéré par un solide puritanisme calviniste dont il ne s’est pas défait quoi qu’il en dise. A force d’observer la nature, il parvient à en découvrir le vraie nature. Il connaît sur le bout des doigts ce qu’il évoque joliment comme “la grammaire mordorée du monde naturel” et sait trouver les mots pour dire la grâce d’un paysage. Qu’est-ce qui est vraiment nécessaire à la vie ? La question court tout au long de son livre, avec un souci constant de s’en tenir à l’essentiel et de balancer le superflu. S’il revenait vivre parmi nous, Thoreau serait horrifié par ses contemporains et par ce qu’ils ont fait du paysage. Il les verrait tels qu’ils sont : des citoyens-consommateurs. Mais l’Amérique d’aujourd’hui ne manque pas de Concord et de lacs Walden tels qu’ils se présentaient il y a un siècle et demi. Elle est encore assez vaste et sauvage pour permettre à d’autres Thoreau de tenter la même expérience. Mais il ne suffit pas de tenir son Journal sur des petits carnets pour en faire un grand livre. Into the wild, sur l’expérience tragique de Chris McCandless en Alaska, a donné un bon livre de Jon Krakauer et un film saisissant de Sean Penn, mais ils seront oubliés quand Walden sera toujours lu. Jim Harrison nous l’apprend : ces dernières années, le lac a été sauvé, des promoteurs, du tourisme et du reste, grâce aux dons d’un certain Don Henley, membre d’un ancien groupe de rock, The Eagles. Ce qui ne donne pas nécessairement envie de fredonner Hotel California. Ni même de lire les romans de ceux que Jim Harrison considère comme les héritiers de Thoreau en la personne de Peter Matthiessen et Gary Snyder. On a juste envie de (re)lire Walden, de préférence dans cette édition désormais car elle apporte un supplément d’âme. Pierre Assouline
“Walden”, une Bible pour les seuls écologistes ?,
29 août 2010
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