Le Mot et le reste
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À paraître
LZ 75
Parution : 19/04/2012
ISBN : 978-2-36054-047-1
224 pages
148 x 210
24.00 euros
Stephen Davis
LZ 75
Les Chroniques égarées de la tournée américaine de Led Zeppelin
Traduit de l’anglais par Philippe Paringaux.
En 1975, le jeune critique musical Stephen Davis se voit proposé de couvrir la tournée nord-américaine de Led Zeppelin : on lui remet un passe pour les backstages, il interview les membres du groupe et se voit même concéder une place sur le luxueux jet privé affrété pour la tournée de Led Zeppelin, le Starship. Au fil de la tournée, il remplit trois carnets de notes (dont un porte mention sur sa couverture de LZ-’75) et rassemble du matériel qui lui servent de base pour l’écriture de son article. En 2005, trente ans plus tard, Stephen Davis remet la main sur ce matériel qu’il pensait égaré. De cette redécouverte, qui le replonge dans cette année cruciale tant dans son histoire personnelle que dans celle du groupe légendaire, il tire ce livre trépidant, une chronique détaillée des performances des musiciens et de leur vie en tournée qui met en perspective la carrière du groupe et révèle nombre d’anecdotes sur la vie extravagante de ses membres et de leurs rapports avec d’autres grandes figures de l’époque.
Stephen Davis est l’auteur de biographies réputées de plusieurs grands noms du rock (Jim Morrison, Aerosmith…). Du même auteur Hammer of The Gods, la saga Led Zeppelin a paru au Mot et le Reste en septembre 2011.
EXTRAIT
Quelques soirs plus tard, dans un restaurant mexicain de l’East Village, William Burroughs parla à Jimmy Page d’un des sujets favoris du vieil écrivain : le contrôle des foules. Comment faites-vous pour maintenir un équilibre durable dans l’énorme concentration d’énergie humaine qui circule lors d’un concert de rock ? Jimmy lui accorda qu’en vérité, les choses pouvaient parfois devenir très compliquées.
Revue de presse
- Consulter Phénoménologie Gonzo Sigismund Benway Gonzaï, 21 mai 2012
Phénoménologie Gonzo

Est-il vraiment possible d’approcher un groupe tel que Led Zeppelin ? C’est l’expérience que tente le jeune Stephen Davies, muni d’un pass all access sur la gigantesque tournée qu’entame le groupe en 1975 à travers les États-Unis. Une commande pour un article fumeux dans The Atlantic Monthly — l’équivalent de notre Figaro, période Mauriac plutôt que Dassault — qui sera bien sûr refusé au final. Mais peu importe. Sexe, drogues et magie noire ?

Led Zeppelin. Les fondateurs du heavy metal. Ou plutôt les fondeurs. Le forgeron Bonham qui frappe ses fûts toutes les nuits en jouant sur les disques d’Alphonse Mouzon, autre forgeron du genre exerçant dans le jazz. Les bouclettes de Robert Plant, les interminables improvisations d’orgue de John Paul Jones et les solos de guitare agrémentés de lasers de Jimmy Page. Quelque chose d’énorme, qui laboura l’Amérique au cours de gigantesques tournées et des centaines de milliers de metal kids surgissant du sol pour rejoindre en masses grouillantes les fosses des grandes Arenas américaines. Led Zeppelin, c’est l’équilibre parfait : le son le plus lourd qui soit, mais encore assez groovy pour accrocher les corps. Notamment les hanches des jeunes filles. Suivraient la réaction punk puis le marteau-piqueur Slayer. Des choses un peu moins sexy.

Et donc le jeune Stephen Davis, qui remue ciel et terre pour faire partie de la tournée, qui se retrouve zonant dans les couloirs d’hôtels avec le staff en espérant croiser les membres émérites du Zeppelin pour leur tirer des interviews, s’enquillant concert sur concert — entre 3 et 4 heures à chaque fois, pensez bien que “Dazed and Confused” pouvait durer jusqu’à 45 minutes. Les couloirs qui bruissent de rumeurs sur le groupe, dont la célèbre anecdote du godage de groupie avec un requin mort fraîchement pêché par Bonham (ou alors une sardine), ou ces histoires de magie noire. Mais voici que, rapidement, notre jeune Tintin reporter gonzo se heurte à un mur. Il y a toujours une foule de gardiens entre lui et Page ou Plant. S’il frappe à une porte, ce n’est jamais la bonne. S’il parvient à la trouver, on lui dira que Jimmy se repose dans la chambre du fond et qu’il ne faut pas le déranger. Et s’il finit par accéder à Jimmy, celui-ci est de toute manière trop “ailleurs” . Le journaliste finira bien sûr par se rendre compte que ce sont des gens normaux : Bonham qui souffre de l’absence de sa femme et de ses enfants, Page horrifié par une scène de violence qui se passe sous ses yeux (des vigiles qui fracassent un pauvre adolescent pour une raison obscure), Robert et ses problèmes de jeunes filles. Quant à John Paul Jones, il n’intéresse personne. Il n’y a pas de Led Zeppelin à débusquer au fond des loges ou des suites d’hôtels : Led Zeppelin n’existe que sur scène.

LZ-’75 est par ailleurs plein de détails scabreux sur la vie d’un groupe en tournée. Page qui se foule un doigt, Plant qui s’enrhume, Bonham qui a des diarrhées. Le livre raconte également la solitude infinie des stars du rock quittant chaque concert sous les jets de projectiles. La vie de jeunes gens dans la vingtaine, entourés d’une nuée de dealers et de groupies de 17 ans, adulés comme des dieux fainéants. Des dieux nomades et malheureux, pourchassés par le fisc anglais — qui à l’époque prélevait 95 % des royalties — errant de résidence en résidence, de Los Angeles à l’Allemagne en passant par la Suisse, le Maroc ou la Grèce, mais jamais trop longtemps. Toujours en mouvement. Sans compter l’idée de se retrouver dans un avion privé avec un Bonham ivre mort, violent et incontrôlable. Et avoir rapidement pour seul horizon un océan de moquette d’hôtel, d’aéroports et d’avions. Quoi qu’il en soit, une bonne tranche de rock’n’roll qui se lit comme on vide une pinte par un après-midi ensoleillé.

Gonzaï

Sigismund Benway
Gonzaï, 21 mai 2012
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