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À paraître
Le pays des petites pluies
Parution : 20/01/2011
176 pages
14,8 X 21 cm
17.00 euros
Mary Austin
Le pays des petites pluies
Traduction de François Specq

Ce texte de Mary Austin (1868–1934) est l’un des grands classiques de la tradition américaine de nature writing — ce dont témoigne l’existence d’une édition Penguin. Femme de lettres bien connue en son temps, Mary Austin eut une production abondante, comprenant nouvelles, pièces de théâtre, essais féministes ou études sur les Indiens. Mais c’est son premier ouvrage publié, The Land of Little Rain (1903), qui lui a valu une reconnaissance durable, amenant les critiques à comparer sa sensibilité à l’environnement à celles de Henry David Thoreau et John Muir, et son régionalisme littéraire à ceux de Sarah Orne Jewett et de Willa Cather, avec laquelle elle fut liée.

Comme Muir, qu’elle cite d’ailleurs dans l’avant-dernier chapitre, Austin vécut d’abord dans le Midwest (Illinois), avant de passer de nombreuses années dans le désert du sud de la Californie, et, plus tard, celui du Nouveau Mexique. Sa célébration de la beauté du désert la place dans toute une lignée d’écrivains américains qui, de John Van Dyke à Terry Tempest Williams en passant par Joseph Wood Krutch et Edward Abbey, ont fait porter sur ces régions un regard à contre-courant du désir d’exploitation indissociable de l’histoire de l’Ouest américain.
Quoiqu’il soit contemporain du livre de John Van Dyke, The Desert (1901), The Land of Little Rain en est assez différent, par sa tonalité comme par son attention à une beauté qui tient plus à une conscience aigüe de l’écologie du désert qu’à la culture esthétique traditionnelle. En ce sens, Austin tourne le dos à l’esthétisme des 18e et 19e siècles, tandis que, par un autre côté, son livre reste très imprégné d’une spiritualité, voire d’un mysticisme, qui la rapprochent d’écrivains comme Thoreau et Muir.

Le livre se compose de quatorze courts chapitres — dont les deux premiers sont traduits ici —, dans lesquels Austin rapporte ses observations du désert et de ses habitants, humains ou animaux. Se tenant à l’écart tant de l’esthétisme que du sentimentalisme, Austin n’en parvient pas moins, dans une prose sobre mais intense, à évoquer les singuliers pouvoirs d’envoûtement du désert de l’Ouest, tout en laissant entendre de manière poignante la résonance intime du mélange de beauté et de douleur propre à ce lieu.

Loin à l’est des Sierras, au sud de la Panamint et de l’Amargosa, d’incalculables milles à l’est et au sud, se trouve le Pays des frontières perdues.
Les Ute, les Paiute, les Mojave et les Shoshone habitent ses lisières, et aussi loin en son cœur que l’homme ose aller. Ce n’est pas la loi mais le terrain qui fixe ses limites. Il porte le nom de désert sur les cartes, mais rien ne vaut l’appellation indienne. Désert est un terme vague qui sert à désigner une terre qui ne fait vivre personne ; nul ne sait si la terre peut être maîtrisée et soumise à cette fin. Jamais elle n’est dépourvue de vie, si sec que puisse être l’air et si exécrable que soit le sol.

Telle est la nature de cette contrée. Il y a les collines, arrondies, émoussées, brûlées, surgies du chaos, peintes de chrome et de vermillon, s’élevant jusqu’à la limite des neiges. Entre les collines s’étendent de hautes plaines d’apparence horizontale, emplies d’un intolérable éblouissement solaire, ou d’étroites vallées baignées de brume bleutée. La surface des collines est veinée de traînées de cendre et de coulées de lave inaltérée. Après les pluies, l’eau s’accumule dans les creux de petites vallées fermées, et, s’évaporant, laisse des étendues de pur désert, dures et sèches, appelées localement lacs secs. Là où les montagnes sont abruptes et les pluies abondantes, la mare ne devient jamais tout à fait sèche, mais sombre et amère, ourlée des efflorescences de dépôts alcalins. Une fine croûte de ces sels cerne le marécage au-dessus de la zone de vie végétative, qui n’a ni beauté ni fraîcheur. Dans les vastes étendues désolées battues des vents, le sable s’amoncelle autour des arbustes décharnés, et dans l’entre-deux le sol présente des traces salines. Les collines y sont sculptées plus par le vent que par l’eau, quoique de brusques orages les creusent parfois pour de longues années. Sur toutes les lisières du désert de l’Ouest on trouve des versions miniatures du célèbre et terrible Grand Canyon, auquel on finirait par parvenir à la longue.

Puisqu’il s’agit d’un pays de collines, on s’attend à trouver des sources, mais mieux vaut ne pas y compter ; car si on en découvre elles sont souvent saumâtres et malsaines, ou de simples et exaspérants filets d’eau s’infiltrant lentement dans le sol assoiffé. Il y a là aussi bien la cuvette brûlante de la vallée de la Mort que des régions élevées où l’air a toujours le goût mordant du gel, autant les longues rafales de vent que les profonds silences sur les mesas inclinées, où la poussière tourbillonne en une danse du diable jusque dans le large ciel pâle. Il n’y a là nulle pluie quand la terre tout entière la réclame, ou seulement de brusques averses dites torrentielles du fait de leur violence. C’est un pays de rivières perdues, où il n’y a pas grand-chose à aimer ; et pourtant un pays vers lequel on ne peut que revenir une fois qu’on l’a jamais visité. S’il n’en était pas ainsi on n’en raconterait pas grand-chose.

[...]

Si, dans un premier temps, on peut être tenté de se demander comment tant d’habitants en sont arrivés à peupler la terre la plus solitaire qui soit jamais sortie des mains de Dieu, ce qu’ils font là et pourquoi ils y restent, on s’interroge moins après y avoir vécu. Rien autant que cette longue terre brune n’exerce une telle emprise sur les affections. Les collines arc-en-ciel, les tendres brumes bleuâtres, l’éclat lumineux du printemps, ont le charme du lotus. Ils vous font perdre le sens du temps, de sorte qu’une fois qu’on vit là on ne cesse d’envisager de partir sans jamais vraiment se rendre compte qu’on ne le fait pas. Les hommes qui ont vécu là, les mineurs et les gardiens de troupeaux, vous le diront, avec moins de clarté mais tout autant de vigueur, maudissant la terre tout en y retournant sans cesse. D’abord il y a l’air le plus divin et le plus pur qu’on puisse respirer dans la création. Un jour le monde le comprendra, et les petites oasis au sommet des collines battues par les vents abriteront et apaiseront sa progéniture souffrante, lasse de ses maisons. Il y a là la promesse de faire fortune en terre et en minerai : et si ce n’est pas le cas du fait de l’éloignement de l’eau et de l’absence de conditions d’exploitation raisonnables, les hommes en sont ensorcelés et poussés à tenter l’impossible.
Vous devriez entendre Salty Williams raconter comment il conduisait des attelages de dix-huit ou vingt mules depuis le marécage à borax jusqu’à Mojave, à quatre-vingt-dix milles de là, avec son chariot rempli de barriques d’eau. Les jours de canicule les mules étaient tellement folles de soif que le bruit métallique du seau d’eau déclenchait chez elles un épouvantable tumulte et un enchevêtrement de harnais, tandis que Salty restait assis sur son siège surélevé, les yeux aveuglés par le soleil, distribuant des jurons pacificateurs d’une voix égale et détachée jusqu’à ce que la clameur retombe sous le simple effet de l’épuisement. Il y avait une rangée de tombes à fleur de terre le long de cette route ; on s’attendait à perdre un homme ou deux parmi chaque nouvelle équipe de coolies amenés à la saison chaude. Mais lorsqu’il perdit son garçon charretier, frappé sans prévenir à la pause de midi, Salty quitta le métier ; il disait qu’il faisait “fichtrement trop chaud”. Il enterra le charretier le long du chemin sous quelques pierres pour empêcher les coyotes de le déterrer, et sept ans plus tard j’ai pu lire les quelques lignes écrites au crayon sur la planche de bois de pin, restées nettes et intactes.
Mais auparavant, montant par la diligence de Mojave, je rencontrai à nouveau Salty traversant Indian Wells, le visage juché sur le siège surélevé, hâlé et rougeaud comme la lune des moissons, émergeant de la poussière dorée au-dessus de ses dix-huit mules. Il avait ressenti à nouveau l’appel du désert.
Le puissant sentiment de mystère propre au désert nourrit les fables, surtout de trésor perdu. Quelque part à l’intérieur de ses rudes frontières, à en croire la rumeur, se trouve une colline jonchée de pépites ou alors traversée par un filon d’argent natif, ou bien un vieux lit de rivière argileux où les Indiens puisaient la terre dont ils façonnaient des récipients de cuisine truffés de grains d’or pur. De vieux mineurs errant au pourtour du désert, marqués par les éléments jusqu’à ressembler aux collines fauves, vous racontent des histoires comme celles-là avec conviction. Après un petit séjour dans cette contrée vous les croirez sur parole. On peut se demander s’il ne vaut pas mieux être mordu par le petit crotale cornu, qui se déplace de côté et frappe sans se lover, que par la légende d’une mine perdue.

Et pourtant — et pourtant — n’est-ce pas peut-être pour répondre aux attentes que l’on tombe dans le mode tragique lorsqu’on écrit sur le désert ? Plus vous en voudrez, plus vous en aurez, et pendant ce temps vous aurez perdu une bonne partie de l’agrément. Dans cette contrée qui commence au pied du versant est des Sierras et qui s’étend par des chaînes de collines de moins en moins élevées en direction du Grand Bassin, on peut vivre avec beaucoup de plaisir, être plein de vigueur et de joies délicates, ou parcourir au cours de ses activités d’une seule et même journée une étendue grande comme un Etat de la côte atlantique, et cela sans danger, et, selon notre manière de penser, sans difficulté particulière.
En tout cas, ce ne sont pas des gens qui sont allés dans le désert simplement pour en faire un compte-rendu qui ont inventé la légende de l’Hassaympa, dont on dit que celui qui boit de son eau ne pourra plus voir la réalité comme réalité nue, mais la percevra toute teintée de poésie. Moi qui ai dû en boire au cours de mes deux fois sept ans de pérégrinations, je suis assurée que cela en vaut la peine.
Pour tout ce que le désert prend à l’homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles. Il nous vient à l’esprit avec une force renouvelée, dans les silences de la nuit, que les Chaldéens étaient un peuple nourri du désert. Il est difficile d’échapper à la conscience d’une maîtrise tandis que les étoiles se meuvent à travers les cieux clairs vers des couchers et des levers que rien n’obscurcit. Elles ont l’air si grandes, si proches et si palpitantes, comme si elles poursuivaient quelque majestueuse mission qu’il ne fût pas nécessaire de déclarer. Suivant leur course vers leur station dans le ciel, elles réduisent la pauvre agitation du monde à l’insignifiance — insignifiants, vous qui êtes étendu là en pleine observation, et le coyote efflanqué qui se tient à l’écart de vous dans la broussaille et hurle et hurle sans fin.

Revue de presse
- Consulter Le Pays des petites pluies Arnaud Gonzague Terra Eco, avril 2011
- Consulter Dossier nature, écologie Véronique Heurtematte Livres Hebdo, 11 mars 2011
- Consulter Le désert aussi nous parle Jane Hervé Festival du livre et de la presse d'écologie, mars 2011
- Consulter Zone critique J.-M. Félix, C. Gonzalez et Raphaële B Radio Suisse Romande / émission Zone critique, 25 février 2011
- Consulter Aux amateurs de nature, de désert et de poésie à sauts et à gambades, février 2011
Le Pays des petites pluies
Aujourd’hui, les randonnées dans le désert sont devenues un classique bobo. En 1903, quand Mary Austin a publié “Le Pays des petites pluies”, c’était un endroit inconnu et, pour tout dire, honni. On est donc émerveillé par l’émerveillement de cette écrivaine aventureuse et féministe, amie de Jack London, face aux miroitements subtils de la Sierra Nevada. Modestie, patience… L’écologie avant l’heure. “Loin, à l’est des sierras, au sud de la Panamint et de l’Armagosa, d’incalculables milles à l’est et au sud, se trouve le Pays des frontières perdues.” Ainsi s’ouvre le périple. On est déjà happé.
Arnaud Gonzague
Terra Eco, avril 2011
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Dossier nature, écologie
(...)
Les amis américains
Tendance lourde cette année : l’abondance de traductions de textes de référence en matière de philosophie de la pensée écologiste, et d’auteurs de “nature writing”, la littérature inspirée par la nature, très en vogue aux États-Unis. Wildproject veut ainsi donner accès aux ouvrages américains qui ont construit le courant de l’éthique environnementale. (...) Dans un registre similaire, l’éditeur marseillais Le Mot et Le Reste a lancé en janvier Le Pays des petites pluies, un des grands classiques de la tradition américaine de “nature writing”, écrit par Mary Austin. Est également prévu en août Histoire naturelle de Selborne, ouvrage paru pour la première fois en 1789 et écrit par Gilbert White, considéré comme l’un des pères fondateurs de la pensée écologiste. L’année dernière, la nouvelle version française de Walden de Henry D. Thoreau par Brice Matthieussent, le traducteur notamment de Jim Harrison, avait obtenu un gros succès, les 4000 exemplaires étant aujourd’hui épuisés. (...)
Véronique Heurtematte
Livres Hebdo, 11 mars 2011
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Le désert aussi nous parle

Le titre du livre de Mary Austin, Le pays des petites pluies, a une grâce intrigante : celle de ces ondées qui font hésiter une seconde sur son contenu : recueil de poésie amérindienne ? de géographie à vocation hydrographique (faibles précipitations) ? etc. De fait, à partir de 14 récits, se reconstruit un monde autre – au tout début du XXe siècle – où règne encore une certaine harmonie et/ou complicité entre l’homme et la nature.

L’ouvrage est bouleversant (1) car il propose un véritable renversement de perspective : il est une véritable parole de la nature, comme si celle-ci avait des yeux pour s’observer et des mots qui affleuraient pour révéler sa propre vie.

Le désert du grand ouest (californien et mexicain) et ses habitants – paiutes, shoshones, etc. – parlent. Que disent-ils ? Les paysages d’abord. La montagne a « un visage » et » pleure », le lac est « l’œil de la montagne », les collines possèdent « un langage », les prés sont « heureux », une force cachée (geysers ou laves) ronge et brûle le sol, les étoiles rendent « insignifiante l’agitation du monde ». Les animaux ensuite : pour les « petites bêtes », les sentiers sont des routes de campagne, le coyote sait « décider et éviter le terrain à découvert comme un homme », les cerfs suivent le « plus court chemin pour traverser la vallée », corbeau et coyote s’épient car ces rivaux se partagent les mêmes proies. Les végétaux enfin : le pin dont les branches ploient sous le poids de la neige, le bouleau qui « contrarie les plans des autres » en étouffant la rivière qui le nourrit, le sapin qui consacre son énergie à « parfaire ses élégants cônes lustrés ».

Les habitants s’inscrivent dans et émanent du paysage. La vannière célibataire et aveugle vit « dans un paysage qui lui ressemble » en fabriquant des paniers qui vont « au-delà de l’habileté » (car porteurs d’art). L’homme médecine est tué pour n’avoir pas su vaincre une épidémie de pneumonie. Les shoshone qui vivent comme les arbustes mesquite séparés entre eux par de grands espaces. Le chercheur d’or (pourtant non indien) sans fusil et trappeur, heureux n’importe où « en plein air ».

Au-delà de cette description de la nature, l’auteure se désigne par sa religiosité (référence à St Jérome, Moïse, Déborah, etc.) ou sa culture ( L’Iliade, Shakespeare, la botanique), l’émergence du « Je » dans un désir d’achat « d’un pré » aux églantiers et herbes folles, ou la perception aiguë d’instants fulgurants : une corne de mouflon entravée dans la fourche d’un pin qui y préserve les os crânien. Sa démarche littéraire transmet la saveur de ce monde dans lequel elle est en osmose, sans jamais oublier son intelligence intrinsèque : le Far-West se mue en Near-West.

Au terme de ce livre initiatique, l’univers n’est plus celui de nos habitudes anthropocentriques (orgueil et narcissisme en font un usage démesuré jusqu’à la destruction). Ces « petites pluies » engendrent un ouragan dans nos têtes : la nature, aussi importante qu’un homme, est une interlocutrice incontournable. Voila une invitation secrète à se dépouiller des « préjugés » et des scories civilisatrices, « comme le lézard de sa peau ». Après tout, In the wind est in the mind, n’ont qu’une lettre de différence !

Festival du livre et de la presse d’écologie

Jane Hervé

Mary Austin, Le pays des petites pluies, Attitudes, Le mot et le reste, 2011, 16 euros

Jane Hervé
Festival du livre et de la presse d'écologie, mars 2011
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Zone critique

Avec Eléonore Sulser (Le Temps), Jacques Sterchi (La Liberté) et Sylvie Tanette (Espace 2)

Animation : Jean-Marie Félix
Les livres au programme:
– Michel Layaz, Deux sœurs, Editions Zoé
– Kossi Efoui, L’Ombre des choses à venir, Editions du Seuil
– Dominique Fernandez, Pise 1951, Grasset
– Hubert Mingarelli, La lettre de Buenos Aires, Editions Buchet-Chastel

Les coups de cœur des critiques :

* Eléonore Sulser : Mary Austin, Le Pays des petites pluies (trad. de François Specq qui paraît chez Les Mots et le Reste)
* Sylvie Tanette : François Cavanna, Lune de miel (Gallimard)
* Jacques Sterchi : Kenneth White, La Carte de Guido (Albin Michel)

Pour écouter l’émission, rendez-vous sur le site Internet :
Radio Suisse Romande

J.-M. Félix, C. Gonzalez et Raphaële B
Radio Suisse Romande / émission Zone critique, 25 février 2011
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Aux amateurs de nature, de désert et de poésie

Un mot de l’auteur Mary Austin d’abord car son nom n’est pas connu en France, auteur prolixe, théâtre, nouvelles, c’est ce récit publié en 1903 qui l’a fait connaître et en a fait le chantre de la nature à l’égal de John Muir ou Thoreau, elle fut amie avec Willa Cather et Jack London.
C’est le désert qui est ici au cœur du livre, Mary Austin aime le désert car dit-elle « Pour tout ce que le désert prend à l’homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles. Il nous vient à l’esprit avec une force renouvelée, dans les silences de la nuit ».

14 courts chapitres initialement écrits pour les journaux qui vont vous faire parcourir le désert des chercheurs d’or, celui où des fables nourrissent l’imaginaire, vous pourrez repérer les sentiers qui mènent aux sources, admirer « cinquante sept busards, un sur chacun des cinquante sept poteaux de clôture du ranch El Tejon, par un matin de septembre favorable au mirage, vous enfoncer sur les terres des indiens shoshone « Le pays du mouflon, du wapiti et du loup. »

Tout est prétexte à émerveillement pour Mary Austin, tenez par exemple, le pré de son voisin, convoité, échangé, acheté, revendu, traversé d’un ruisseau, il finit un peu abandonné, la nature reprend ses droits « il est intéressant de voir cette reconquête d’un ancien territoire par les plantes sauvages que l’homme a bannies ». Le pré change de couleur au gré des saisons « Depuis le cœur de l’été jusqu’aux gelées la note dominante du pré est l’or clair, tournant à la teinte rouille de la bigelovie sur le déclin, une succession de couleurs plus admirablement réglées qu’un changement de décor au théâtre ».

Canyons, sierras, mesas, sentiers sont son domaine mais les histoires des hommes aussi tels ses gardiens d’écluse en un pays où l’eau est un trésor. Attentive à la beauté, l’auteur observe et note avec précision en naturaliste passionnée. Ses récits dégagent une grande poésie, un certain lyrisme et un immense amour pour ce pays « de rivières perdues, où il n’y a pas grand-chose à aimer ; et pourtant un pays vers lequel on ne peut que revenir une fois qu’on l’a jamais visité. »

Ecoutez son appel : « Venez donc vous qui êtes obsédés par votre importance dans l’ordre des choses, et qui ne possédez rien qui n’ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues, jusqu’au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté. »

François Specq traducteur et préfacier dit du livre « magnifique célébration de la beauté sauvage », si vous aimez Edward Abbey ou John Muir, si Walden est un livre important pour vous, si vous avez aimé Elisée Reclus et son Histoire d’un ruisseau, alors Le pays des petites pluies ne vous décevra pas.

à sauts et à gambades

à sauts et à gambades, février 2011
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net