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Ritwik Ghatak. Des films du Bengale
Parution : 01/05/2011
ISBN : 978-2-9529302-8-4
416 pages
17 x 22 cm
39.00 euros
Collectif
Ritwik Ghatak. Des films du Bengale
Édition établie et présentée par Sandra Alvarez de Toledo. Avec des textes de Ritwik Ghatak, Sibaji Bandyopadhyay, Raymond Bellour, Moinak Biswas, Serge Daney, Marianne Dautrey, Hervé Joubert-Laurencin, Advaita Malla Barman, Kumar Shahani, Rabindranath Tagore, Charles Tesson.

Traductions de Marianne Dautrey et Christophe Jouanlanne, France Bhattacharya, Thibaut d’Hubert, Chandrasekhar Chatterjee, Martin Richet.

430 images

Ritwik Ghatak (1925–1976) est, avec Satyajit Ray et Mrinal Sen, l’un des trois plus grands cinéastes indiens (bengalis) du vingtième siècle. Il est également considéré comme un cinéaste majeur de l’histoire du cinéma, un inventeur de formes, un poète dans l’Histoire. Ce livre est le premier qui lui soit consacré en langue française.

En 1947, Ghatak quitte le Bengale oriental, où il est né et où il a grandi, pour Calcutta. Il fait partie de ces dix millions de réfugiés (Bengale et Penjab confondus), pour qui l’indépendance de l‘Inde signifia violence, misère et exil. Son œuvre cinématographique est à raison et à tort associée à cet épisode tragique de l’histoire de l’Inde, la partition du Bengale. Il meurt trente ans plus tard, en 1976, à cinquante ans, ravagé par l’alcool et la maladie, vaincu par trente ans de lutte contre l’_establishment_ postcolonial, contre la décadence et la corruption politique et intellectuelle de la middle class dont il est issu, et contre un monde qui dénie le génie de son peuple.

L’essentiel de son œuvre tient en huit films. Nagarik (1953) est encore empreint de la théâtralité militante de l’Indian People’s Theatre Association (organe du Parti communiste indien), dont il est un membre actif à l’époque. Ajantrik (1957), son deuxième film, est un chef d’œuvre burlesque ou “réaliste fantastique” et une fable sur la modernité. Le Fugitif (1959) est le récit de la fugue d’un enfant et de son expérience de Calcutta dans les années qui suivirent l’Indépendance. Puis vient la “trilogie de la Partition” (L’Étoile cachée, 1960, Komal gandhar, 1961, et Subarnarekha, 1962), dans laquelle il invente une forme de mélodrame critique qui vise à produire des chocs affectifs, le retour d’images rendues inaccessibles par la coupure de l’exil. En 1972 il tourne au Bengale oriental (devenu le Bangladesh), sur les lieux de son enfance, Une rivière nommée Titas, une épopée brechtienne qui met en scène l’extinction d’une communauté de pêcheurs dans les années 1930. Son dernier film, Raison, discussions et un conte (1974), est un essai sur la condition du Bengale contemporain, dans lequel il joue son propre rôle, celui d’un intellectuel marxiste à la dérive et vaincu par l’Histoire.

Ritwik Ghatak. Des films du Bengale est constitué d’un montage de textes du cinéaste (articles, entretiens, une lettre et un scénario) et de quatorze études signées des meilleurs connaisseurs de son œuvre, indiens et français; monographiques ou thématiques, ces études sont réparties au fil du livre, entrelacées aux textes et images du cinéaste. Les trois auteurs indiens, Sibaji Bandyopadhyay, Moinak Biswas et Kumar Shahani sont des connaisseurs intimes de l’œuvre de Ghatak et de la culture bengalie. Parmi les auteurs français, Raymond Bellour, Serge Daney, Marianne Dautrey, Hervé Joubert-Laurencin, Charles Tesson, certains connaissaient déjà l’œuvre de Ghatak, d’autres l’ont découverte à l’occasion de ce livre. Leurs analyses de l’art de Ghatak complètent l’approche plus culturelle des Indiens. Un chapitre d’ Une rivière nommée Titas, le récit de l’écrivain bengali Advaita Malla Barman adapté par Ghatak, donne un aperçu de ce que fut la littérature populaire des années 1930 et la sensation de la vie au Bengale oriental autour des fleuves. La présence de Rabindranath Tagore, dont l’œuvre est constitutive de la sensibilité de Ghatak comme de celle de tous les Bengalis, est assurée dès l’ouverture par Yaksha, le poème de la séparation d’avec les dieux et d’avec la grande spiritualité indienne. Le livre s’achève par une chronologie des événements historiques et politiques, par une biographie détaillée, une filmographie et un glossaire.

Environ quatre cents images plongent le lecteur dans l’histoire tragique du Bengale contemporain et dans la fantaisie mythologique et moderne de Ritwik Ghatak. En ce sens, ce livre est à la fois un recueil d’idées, un document d’histoire et une œuvre en images.

> Événements : consulter www.editions-arachneen.fr/actualites.html

Nous sommes nés dans une époque de dupes. Les jours de notre enfance et de notre adolescence ont vu le plein épanouissement du Bengale : Tagore, avec son génie écrasant, au faîte de sa carrière littéraire ; la vigueur renouvelée de la littérature bengalie dans les œuvres des jeunes écrivains du groupe Kallol ; l’élan national largement relayé dans les écoles, dans les collèges et dans la jeunesse bengalie ; les villages du Bengale débordant de l’espoir d’une vie nouvelle, avec leurs récits, leurs chants et leurs fêtes populaires. Mais, à ce moment-là, la guerre et la famine sont arrivées. La Ligue musulmane et le parti du Congrès ont conduit le pays à sa ruine en le coupant en deux et en acceptant une indépendance dévastatrice. Les émeutes villageoises ont submergé le pays. Les eaux du Gange et de la Padma sont devenues rouges du sang des frères. Telles ont été nos expériences. Nos rêves évanouis. Nous avons chancelé, nous sommes tombés, nous accrochant désespérément à un Bengale misérable et appauvri. Quel Bengale est-ce, où la pauvreté et l’immoralité sont nos compagnes permanentes, où règnent trafiquants du marché noir et politiciens malhonnêtes, où la peur terrible et le chagrin sont l’inévitable destinée de chacun ? Dans les films que j’ai réalisés ces dernières années, je n’ai pas été capable de me départir de ce thème. Il m’a semblé qu’il était urgent de montrer au peuple bengali ce visage misérable, appauvri du Bengale divisé, de lui faire prendre conscience de sa propre existence, de son passé et de son futur.

Ritwik Ghatak

Revue de presse
- Consulter Ritwik Ghatak, un cinéma incandescent Anna Blum Mouvement, juillet-septembre 2011
- Ritwik Ghatak. Un exilé du cinéma Jacques Kermabon Bref. Le magazine du court métrage, juillet-août 2011
- Consulter Ritwik Ghatak. Des films du Bengale François Chesnais Le Monde diplomatique, août 2011
- Consulter Un dossier de 12 pages consacré à Ritwik Ghatak Cahiers du cinéma, mai 2011
- Consulter Recension Jacques Morice Télérama, 27 mai 2011
- Consulter La caresse et la gifle Ophélie Wiel Critikat (site internet), 31 mai 2011
- Consulter Un cinéaste exceptionnellement doué (suite) Émile Breton L'Humanité, 8 juin 2011
- Consulter Ritwik Ghatak. Des films du Bengale Hubert Niogret Positif, juin 2011
Ritwik Ghatak, un cinéma incandescent

Réanimer, dans un livre, les films de Ritwik Ghatak, c’est la réussite improbable de Ritwik Ghatak. Des films du Bengale.

1974, dans une forêt du Bengale, un râle sourd s’élève de la gorge d’un homme à terre, mourant d’une balle perdue au cours d’une guerre fratricide et absurde. On est à la fin de Raison, discussion et un conte, le dernier film de Ritwik Ghatak, interprété par Ghatak lui-même. La balle l’a surpris alors qu’il s’apprêtait à narrer un conte à son fils pour mettre fin à toutes les discussions, à toutes les raisons. Il ne pourra dire ce conte. Il meurt, en ayant juste le temps de murmurer dans un dernier souffle : « Tout brûle… l’univers brûle. » Ghatak meurt peu après, lui aussi, en 1976. Personne n’a entendu ce râle à l’époque, ici, en France. Rares sont ceux qui l’ont perçu en Inde. Trente-cinq ans plus tard, il nous parvient enfin pour ce qu’il est : le cri d’un cinéaste rongé par l’exil qui, semblable à un somnambule visionnaire, hurle et, entre lyrisme et distance brechtienne, entre mélodrame et errance picaresque, entre tragique et burlesque, entre la grande forme et la petite, distord ses images et ses sons, pour tenter, avec une vitalité éperdue, d’inventer une langue à rebours de celle de l’histoire dévastatrice de l’Inde d’après l’Indépendance de 1947, d’après la Partition de 1948, frappée par la misère, les luttes fratricides, l’oppression économique et sociale et l’acculturation. Ghatak rêvait cette langue en ces termes : « Une langue qui dise peu de choses, qui possède en elle un pouvoir d’illumination. Ses allusions sont légères mais tranchantes. Si bien qu’elle ne pèse pas, mais rafraîchit la mémoire [...] Cette langue naîtra d’une inspiration neuve et dynamique ». C’est le feu de cette langue autant que le destin de cette œuvre convulsive, fondu avec celui de son auteur, que Sandra Alvarez de Toledo, l’éditrice, a entrepris de raviver dans ce livre. La traduction des textes de Ghatak lui-même, autobiographiques ou théoriques, permet d’entendre sa voix ; les photogrammes de ses films, qui dansent sur les pages, reproduisent non pas des séquences, comme on le fait couramment, mais des rythmes, des cadres structurant et déstructurant l’espace et donnent à voir les pulsations d’un regard. Enfin, des textes critiques et historiques d’auteurs indiens et français, établissent pour la première fois en langue française une connaissance de l’œuvre. À sa manière, Ritwik Ghatak. Des films du Bengale réinvente l’édition de cinéma.

Anna Blum
Mouvement, juillet-septembre 2011
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Ritwik Ghatak. Des films du Bengale
Début juin, la Cinémathèque française a présenté la première rétrospective complète en France de l’œuvre de Ritwik Ghatak. Mort jeune, ravagé par l’alcool et la maladie, le cinéaste fut vaincu par trente ans de lutte contre la décadence intellectuelle et la corruption des dirigeants arrivés au pouvoir à Calcutta en 1947, mais aussi par la déception qui suivit son engagement auprès du Parti communiste indien. Ses huit films en noir et blanc, marqués par l’histoire tragique de la partition, font de lui l’un des plus importants réalisateurs indiens, aux côtés de deux autres Bengalis, Satyajit Ray et Mrinal Sen. Ce recueil, le premier à lui être consacré en français, comprend une bonne introduction, suivie d’un montage très réussi d’images, d’articles et d’entretiens de Ghatak lui-même. On y trouve aussi un ensemble d’études de critiques français et indiens, inédites ou oubliées, comme celle de Serge Daney. Mêlées aux textes, quatre cents photographies donnent une idée du lyrisme particulier et de l’esthétique de ce cinéaste, ainsi que de la place des femmes et des paysages bengalis dans son œuvre. Un hommage autant qu’une contribution à l’histoire sociale et culturelle du Bengale.
François Chesnais
Le Monde diplomatique, août 2011
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Un dossier de 12 pages consacré à Ritwik Ghatak

Charles Tesson : “Ritwik Ghatak, l’astre noir du Bengale”

Cyril Béghin : “Le moment mélodramatique”

Ritwik Ghatak : “Le cinéma et moi”

Cahiers du cinéma, mai 2011
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Recension
[…] Du cinéma indien, on connaît surtout Satyajit Ray. Ritwik Ghatak, lui, reste méconnu. A tort, car ses huit longs métrages (dont L’Etoile cachée et Subarnarekha), mélodrames convulsifs, font de lui un auteur majeur. A l’occasion de la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française (du 1er au 15 juin), un livre complet sur ce grand du Bengale est édité. Regroupant textes critiques (de Charles Tesson, Raymond Bellour…), scénarios, photogrammes, lettres et témoignages de Ghatak, entretiens. L’ouvrage a le mérite d’être un reflet exact de son travail, disparate, bouillonnant, profondément hétérodoxe – c’est ce qui plaisait tant à ses élèves, lorsqu’il enseignait. A travers ces 412 pages se dessine le portrait d’un créateur vif et tourmenté, qui fut à la fois une conscience morale et un poète alcoolique, un militant (communiste jusqu’en 1955, date de son exclusion du Parti) et un chroniqueur visionnaire, hanté par la partition de l’Inde puis celle du Bengale, son cher pays brisé.
Jacques Morice
Télérama, 27 mai 2011
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La caresse et la gifle

Il a fallu attendre presque 40 ans (Ritwik Ghatak nous a quittés en 1976), mais le temps est bon conseiller : voici un ouvrage, qui, en plus de 400 pages, s’impose comme l’une des plus remarquables analyses existantes (certes, elles sont rares) sur l’œuvre de ce très grand cinéaste indien. Finement documenté, pertinemment illustré, Ritwik Ghatak, Des films du Bengale offre des textes d’une grande valeur formelle comme intellectuelle. En laissant également parler le cinéaste lui-même, par le biais d’articles qu’il publia de son vivant, l’ouvrage nous découvre un peu de ce personnage fantasque et de la réflexion originale qu’il portait sur le septième art, auquel il avait donné (donna) sa vie.

Quel plaisir de fêter ainsi Ritwik Ghatak, quelques semaines après le début de la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française ! Et quel soulagement de voir que le cinéaste bengali, cet artiste maudit comme on les aime, n’a pas été tout à fait enfoui dans les profondeurs de l’oubli, effacé de l’histoire du cinéma par son confrère Satyajit Ray, plus connu et plus « accessible » que lui. Ritwik Ghatak, Des films du Bengale est un livre de passionnés, d’auteurs qui non seulement savent de quoi ils parlent, mais ont également un désir communicatif de transmettre les raisons pour lesquelles Ghatak ne peut pas, ne doit pas, être oublié.

Les non spécialistes de l’Inde ne s’effrayeront pas de leur absence de connaissances : la culture indienne de Ghatak, mythologique, politique ou théâtrale, à laquelle son œuvre fait abondamment référence, est parfaitement bien explicitée ici, par le biais de notes claires et pertinentes. L’aridité de certains textes ne doit pas non plus faire fuir : bien sûr, il faut voir avant de lire, tant les auteurs ont cherché les plus minutieux détails d’analyse, mais la rétrospective de la Cinémathèque n’est-elle pas faite pour cela ? On se plongera donc avec avidité dans le passionnant décorticage de L’Étoile cachée, plan par plan, de Raymond Bellour ; ou l’émouvant article de Charles Tesson détaillant la réception émotionnelle de Subarnarekha, le magnifique drame utopiste de Ghatak : « Comment reçoit-on physiquement un film comme Subarnarekha ? À la fois comme une caresse et comme une gifle. » On appréciera également le travail sur la musique chez Ghatak effectué par le critique indien Moinak Biswas, qui met en valeur la remarquable harmonie du son et de l’image chez le réalisateur, pour qui le cinéma relevait d’un délicat équilibre entre réalisme et mélodrame au strict service du film en tant qu’œuvre artistique.

Entre ces analyses de critiques, d’historiens du cinéma et de cinéastes, on aura surtout plaisir à trouver la parole du maître lui-même, abondamment exploitée sur presque la moitié de l’ouvrage. Comme Satyajit Ray, Ghatak aimait écrire sur le cinéma, penser le film, réfléchir à l’attitude à adopter « face à la vie, face à l’art ». Il explique ainsi sa passion pour le documentaire, l’originalité du cinéma indien en tant que « cinéma épique », l’importance pour lui de reconnaître le mélodrame comme forme artistique, et s’aventure même dans l’analyse ethnologique de la tribu des Oraons à l’est de l’Inde. Il évoque sa patrie (aujourd’hui le Bangladesh), la Partition de 1947, si douloureuse pour lui et des millions de réfugiés, ses rêves d’avenir et sa conception du passé dans l’anti-nostalgie. Mais à l’inverse de Ray, plus cinéphile que lui et beaucoup plus occidentalisé, Ghatak analysait peu les films eux-mêmes, car selon lui, sans idées, sans volonté créatrice, on ne pouvait apprendre à faire du cinéma simplement en regardant du cinéma. La passion destructrice qu’il vouait au médium cinématographique le rendait virulent envers ceux qui ne le respectaient pas assez, et lui qui plaçait le septième art si haut ne supportait ni l’incompréhension, la simplification ou le goût pour la facilité. S’il avait su que cinquante ans plus tard, on se pencherait avec autant de délectation sur son œuvre et qu’on la qualifierait de « révolutionnaire », peut-être aurait-il été encore là pour nous en parler.

Ophélie Wiel
Critikat (site internet), 31 mai 2011
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Un cinéaste exceptionnellement doué (suite)
Ne pas craindre l’obstination quand l’enjeu le vaut. Ritwik Ghatak, donc, suite (voir l’Humanité de mercredi dernier). Un livre consacré au cinéaste bengali en est l’occasion. D’abord dire que c’est un beau livre : plus de quatre cents pages, broché, papier de bonne «  main  » d’un gris très léger supportant aussi bien le texte que les photogrammes. La mise en pages est aérée, les séquences de photos, compléments de lecture, la scandent heureusement. Les notes, nombreuses, éclairent aussi bien l’œuvre du cinéaste que l’histoire et les racines culturelles de l’Inde et du Bengale. Cette démarche d’éclaircissements était d’autant plus nécessaire (mais si souvent oubliée ailleurs) que Ghatak est assez scandaleusement méconnu. Or, les textes de lui ici publiés pour la première fois en français aident à mieux lire sa démarche. Ce qui frappe d’abord, c’est la fraîcheur de regard dont ils témoignent, et l’un de ses derniers entretiens porte ce titre : «  Sans émerveillement, nul art n’est possible.  » Et, s’il dit dans cet entretien qu’«  il doit y avoir de la passion ; la forme, la forme seule est sans importance  », ce n’est pas qu’il néglige cette dernière. Bien au contraire : tous ses textes – et c’est le deuxième axe de lecture – disent l’importance qu’il y attache. Ainsi de ses nombreuses réflexions sur le mélodrame comme sur Brecht, Chaplin, Eschyle ou Rabindranath Tagore. Un seul exemple : il faut lire les cinq pages qu’il consacre au « son au cinéma », parmi les plus fortes qui aient jamais été écrites sur le sujet. De tous les aspects qu’il aborde, on peut retenir ces deux lignes : «  Quelle que soit l’idée que l’on se fait de la bande-son d’un film, il faut commencer par composer la partition du silence.  » À cette lecture, indispensable, on comprend mieux pourquoi tous ceux qui ont un jour visionné un film de Ghatak ont appris à voir le cinéma d’un autre œil. Rarement une telle spontanéité dans l’expression de l’émotion a été associée à une réflexion aussi aiguë sur l’écriture. [...]
Émile Breton
L'Humanité, 8 juin 2011
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Ritwik Ghatak. Des films du Bengale
Ouvrage sérieux, détaillé, profond, impressionnant par son caractère volumineux, par des documents originaux, par la qualité des collaborateurs, Ritwik Ghatak. Des films du Bengale est une tentative audacieuse qu’il faut saluer : aujourd’hui encore la carrière de Ghatak est oubliée, par manque de documentation en français sur son œuvre (à l’exception des revues, en particulier Positif dès 1986, ce qui n’est pas mentionné). L’éditrice et co-auteur signe une très bonne introduction générale à l’œuvre du réalisateur de La Rivière Subarnarekha (“Le Grand Temps de Ritwik Ghatak”). Elle a rassemblé des auteurs français légitimes (Charles Tesson dans les Cahiers du cinéma fut un des tout premiers, dans les années 80, à écrire sur Ghatak), pertinents (Raymond Bellour prend brillamment à bras-le-corps, dans le moindre détail, L’Étoile cachée, sans doute le chef-d’œuvre du cinéaste ; Charles Tesson, à propos de Subarnarekha, prend plus de hauteur pour inscrire l’œuvre dans une approche globale du cinéma), mais aussi des auteurs indiens qui apportent une vision plus enracinée dans la culture bengali, et dont les connaissances sont essentielles à l’approche de certains aspects de l’œuvre. Signalons les deux études de Moinak Biswas sur les chansons (“Laissons parler les chansons”) et sur les relations familiales (“Histoire et parenté chez Ritwik Ghatak”), qui font de lui l’un des grands auteurs de mélodrame, mais dans une structure absolument à l’opposé du mélodrame indien dominant. L’autre partie de l’ouvrage est constituée de dix-huit textes et entretiens de Ritwik Ghatak, publiés ici dans leur forme et leur intégralité originelles ; presque tous avaient paru dans deux sélections de Positif (n°309 et n°356) dès 1986, sans qu’aucune mention n’en soit faite dans l’ouvrage des Éditions de L’Arachnéen. Le livre ne comporte d’ailleurs ni bibliographie ni index.
Hubert Niogret
Positif, juin 2011
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net