Parution : 01/10/2006
ISBN : 978-2-9168-6202-6 96 pages 15 x 23 cm 20.00 euros |
Jean Legrand
Cœur de chair suivi de Bulbes et Vaisseaux
Édition établie et préfacée par Philippe Blanchon
Jean Legrand est né à Montpellier en 1910, il mourra en 1982 à Paris. A vingt ans il quitte le Sud pour Paris où il entreprend un combat littéraire et idéologique qui sera sa vie même. Actif imprimeur et éditeur, notamment de Georges Bataille et de Benjamin Péret, il fréquente René Crevel, et surtout Claude Cahun (cf. le Claude Cahun de François Leperlier, Fayard, qui a aussi préfacé L’Amour Insolent de Legrand pour La Termitière) . Il ne sera jamais surréaliste, ni même un « compagnon de route », trop singulier pour cela, même s’il défendra toujours leurs avancées face à la réaction. La guerre arrive, il imprime les tracts de Contre-Attaque de Bataille, publie ses manifestes et poèmes. Après quoi, Jean Paulhan, appuyé par Queneau, le défend, publie chez Gallimard, Le Journal de Jacques dans la collection Blanche et leur ouvre, à ses ami(e)s « sensorialistes » et à lui-même, les colonnes des Cahiers de la Pleïade. Léon Pierre-Quint, premier biographe de Proust, éditeur-mécène des poètes du Grand Jeu, publie au Sagittaire, Jacques ou L’homme possible, premier volet, en fait, de sa trilogie. Le dernier volet, Jacques et Aurette, sera publié par Gallimard. De cette année 48 jusqu’à sa mort, Jean Legrand, se verra refuser tous ses manuscrits.
Le présent ouvrage regroupe l’intégralité de son oeuvre poétique. Grands recueils de recueils (certains publiés de son vivant mais la plupart inédits), ce dernier corpus avait été pensé et mis en place par Legrand lui-même dans les années cinquante. Jean Legrand (1910–1981), romancier, essayiste, poète, éditeur (de Georges Bataille, de Benjamin Péret) a disparu de la scène parisienne pour poursuivre en solitude son œuvre sans concession après la parution chez Gallimard de ses livres qui lui valurent d’être comparé à Miller ou à Lawrence.
« Une figue sèche tient, entre mes lèvres et mes dents et mes joues qui la mâchent, les vertus du soleil, une confiture de temps, d’étincelles, de sucs bourdonnants et d’abeilles poisseuses. Ah et puis le béant noir de la mort déchirante qui forme mon bonheur.
Le mystère du temps passé, le plus charnel des fruits en cette sorte, a pris pour se maintenir jusqu’à moi qui le déchire en cent bouchées, pour s’abandonner en ma bouche la forme de ce petit sac fondant que la largesse du soleil a serré lentement, bourse d’or mat. Lentement, doucement, le sens dense abonde en un double triomphe de la corruption. Et cette réserve se façonne de dimension, de mois, de bouche composée, de profond artifice que mon ancêtre au sol méditerranéen sut faire dire, exacte composition de hasard, de vertu, de calcul. Un but principal en l’homme : jouir hors de saison. La figue est un rut arraché à décembre. Chlorure d’or, essence de lumière de terre, le fruit, cornue saisissable – et si simple – garde le polygone où la vie prend chair. » |

