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Le Vrai Sang
Parution : 15/11/2006
ISBN : 978-2-940358-12-0
64 pages
24.00 euros
Port : 4.80 euros
Valère Novarina
Le Vrai Sang
1 disque compact audio d’une durée de 63’38
1 livret de 64 pages noir/blanc

Les livres de Valère Novarina appellent à être lus à haute voix. « Pas de vraie pensée hors du souffle, hors du corps… » nous dit l’auteur. Parcours chronologique, Le vrai sang réunit vingt enregistrements de lecture sur une durée de trente ans. Rassemblés par Pascal Omhovère, ces documents sonores enregistrés entre 1972 et 2006 proviennent des archives de Valère Novarina. La réalisation sonore est de Pascal Ribier.

Le livret qui accompagne le disque contient trois entretiens avec l’auteur, un fragment intitulé L’Acteur sacrifiant, 6 photographies et un texte de Pascal Omhovère.

DISQUE COMPACT
LE LIVRET

CD

1. Qu’est-ce que la langue ? (1972) 01’10
2. Le Ramoneur (1972) 03’34
3. Too late ! (1973) 03’12
4. Vapoune et Orifuge (1979) 04’47
5. Rébus (1979) 02’46
6. Lutte de lutte (1980) 03’14
7. Mont Verbier (1980) 02’59
8. Bâtons de silence (1980) 04’12
9. Dans un mot répété (1980) 03’37
10. Tuyaude (1983) 03’16
11. Histoire d’Adam (1983) 01’42
12. Exécution de Buffet (1982) 03’25
13. Chanson hongroise (1986) 01’06
14. Stupeur alpestre (1996) 05’38
15. Pure souffrance (1996) 01’27
16. Effigie (I) (1996) 02’30
17. Effigie (II) (2000) 04’05
18. Effigie (III) (2004) 02’41
19. Qu’est-ce que la prière ? (2000) 03’17
20. L’Acteur sacrifiant (2006) 04’40

Le Livret

Le théâtre séparé, Réponses à huit questions de Philippe Di Meo
Rien n’est sans langage, Dialogue avec Jean-Pierre Klein
L’inquiétude rythmique, Entretiens avec Yan Ciret
L’Acteur sacrifiant, Fragment tiré de Lumières du corps
Scarifications, huit photographies de Valère Novarina
– Pascal Omhovère, Une lutte de couleurs
– Notes techniques

Valère Novarina, écrivain, peintre et metteur en scène, est né le 4 mai 1947 à Chêne-Bougeries (Genève). Sa première pièce, L’Atelier volant, date de 1971. Elle est mise en scène par Jean-Pierre Sarrazac en 1974. L’auteur est résolument tourné vers un théâtre de recherche et d’expérimentation. Dans les années soixante-dix il écrira successivement, Falstafe, Le Babil des classes dangereuses, La lutte des morts. «Nous sommes conviés au grand théâtre de la langue: un théâtre d’opération où le corps de la langue maternelle est furieusement éventré, jusqu’à exhiber ses origines et ses dessous. Jubilation toute rabelaisienne qui a pour effet de modifier la morphologie, de changer les racines, d’introduire des barbarismes, bref de faire surgir une langue neuve, inédite, inouïe, dans la tradition ouverte par James Joyce.»

Son théâtre est alors très peu joué, et ses textes jugés illisibles, impubliables. Le Drame de la vie marque sa rencontre, en 1984, avec les éditions P.O.L qui le publient. L’auteur adapte ce livre pour le théâtre, réunit des acteurs et prend en charge la mise en scène de la pièce. Le théâtre français, médusé, assiste au surgissement de cette multitude de personnages, voit jaillir sur le plateau la parole de Novarina.

Ces voix, l’acteur André Marcon les incarnera totalement, tout d’abord dans Le Monologue d’Adramelech, puis Le Discours aux animaux. Travail intense sur le souffle, la respiration ; pousser au plus loin les aptitudes de la mémoire pour qu’enfin le corps intégralement se délie et puisse faire « danser le texte ». Cette vision du jeu de l’acteur, de l’espace, de la scène, Valère Novarina la développera dans des livres manifeste: La Lettre aux acteurs (1971), Pour Louis de Funès (1988).

Parallèlement à son travail d’écrivain, il dessine, deux jours durant dans une tour à La Rochelle, les « 2587 » figures de son théâtre. Valère Novarina peint les décors de toutes les pièces qu’il montera, gestuelle significative ou « tracé d’écriture » délimitant le mouvement de l’acteur.

La Chair de l’Homme, construit autour de quatre « rosaces » – listes, recensement et énumération vertigineuse – est le dernier livre à avoir été adapté pour la scène. D’un point de vue dramaturgique, s’ouvre certainement, avec Claude Buchevald, metteur en scène de L’Opérette imaginaire, une nouvelle période pour Valère Novarina. L’auteur écrit aujourd’hui plus directement pour le théâtre. Avec les quatre textes qui composent Devant la parole se dessine une prose du plus pure classicisme à la ponctuation ciselée.
Après plus de 250 représentations de L’Opérette, Valère Novarina a trouvé son public. La Scène, programmée dans un premier temps au festival d’Avignon qui sera cette année-là annulé, est jouée à Vidy en automne 2003. En 2006, L’Espace furieux entre au répertoire de la Comédie-Française dans une mise en scène de l’auteur.

LE THÉÂTRE SÉPARÉ

« Boucan, cavalcades, défilés, entrée des mots, sortie des morts, ils s’engendrent, se
reproduisent. La langue existe par instant hors des corps, sans les hommes, hors du
monde. Éclairs, décharges, ébranlement, explosion, c’est comme un voyage des voix, hors
des voies normales du langage communicant. Théâtre non figuratif, rupestre, pariétal.
Pas de personnages mais des vêtements habités et tout un bestiaire de siamois, hydres,
têtes seules, corps à mille têtes, têtes à mille bouches, membres volants. On entend devant,
derrière, en haut, en bas, le bruit d’une peuplade future, des sons fossiles, un gisement
de paroles qui resurgit, la résurrection des noms, la résurrection des sons, dans
un espace sans dimension, dans un espace à cent dimensions, comme si la perspective
avait disparu, comme si quelque chose était tombé. Quelque chose est tombé. Je ne suis
plus le maître du livre, celui qui en détient le sens, le guide du lecteur, celui qui le conduit
mais celui qui fait le voyage avec lui. Je n’en sais pas plus que lui sur le livre sinon qu’il
faut que je le descende avec lui.» Extrait tiré du livret Le vrai sang

L’INQUIÉTUDE RYTHMIQUE

« C’est le verbe qui est au coeur du mouvement. J’aimerais écrire rien qu’avec des
verbes : le moins possible de noms, d’adjectifs. Le théâtre est verbal. Au théâtre
toutes les choses sont verbées, conjuguées, croisées à l’espace, en transformation et
passantes. Rien n’est saisi : tout apparaît en dialogue, en dialectique, en contradiction,
en respiration, renversement. Les choses apparaissent dans la négation. La pensée nie
en même temps qu’elle affirme ; la parole rejette en même temps qu’elle appelle. Il y
a un très mystérieux rapport de notre pensée avec la négation. Tout le travail consiste
à maintenir ainsi la parole vive, à ne pas tomber dans l’idolâtrie, dans le culte des mots.
« Ne se faire d’aucun mot une idole invisible », c’est une devise que j’avais… J’aimerais
trouver le langage à l’état natif. Je recherche un état d’instabilité, de mouvement.
L’inquiétude rythmique. » Extrait tiré du livret Le vrai sang

QUADRATURE

«Les monologues sont des forêts changeantes sous le passage de la lumière : on ne les
entend jamais deux fois de la même façon : la matière verbale joue dans tous les sens,
miroite. Dans les dialogues, les répliques viennent se croiser sur le ring du drame logodynamique…
J’aimerais écrire sur la physique des langues, la géologie, les reliefs, les
souterrains et les plis du langage : affleurements, bloc erratiques, torrents souterrains,
effondrements imminents… Dans le texte, dans le tissage des mots, ce qui compte c’est
de capter l’énergie du vide entre les mots. L’énergie vient de la séparation – c’est un appel
d’air, un creux, un manque amoureux. Le mot est la chose en moins. Toute sa force vient
de là. Sur la scène du livre ou sur la page du théâtre, la matière est percée, aérienne,
aérée – fléchée de vide, transpercée de vide, traversée de désir. La parole ne désigne pas,
elle attend. Des forces sont cachées dessous. Le langage est un paysage apparent
contenant géologie souterraine : le langage est structuré comme la terre. »
Extrait de « Quadrature », in Scherzo, n° 11, octobre 2000.

Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net