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Les Boissonnas
Parution : 18/04/2010
ISBN : 978-2-940358-51-9
224 pages
13 x 19 cm
20.00 euros
Port : 4.00 euros
Nicolas Bouvier
Les Boissonnas
Histoire d’une dynastie de photographes
Postface par Alexandre Chollier

«J’ai passé près d’une année à déchiffrer ces grimoires déposés sur mon bureau – la porte est toujours ouverte – en liasses furtives et pieusement ficelées, souvent tracés d’un crayon pâli, au risque (sort promis au jeune Gorki par sa logeuse) de « me bouffer les mirettes ». Tout en sentant ma vue baisser, j’ai mis ces souvenirs au pillage et j’ai découvert une ville – la mienne – qui m’était bien moins familière que Téhéran ou Kyoto. J’ai vu ressurgir comme dans le bac du photographe les images d’un monde révolu auquel mes plus anciens souvenirs me reliaient par un fil ténu. [...] Si aujourd’hui je ne sais pas mieux où je vais, je sais désormais, grâce à cet exercice papivore, un peu mieux d’où je suis venu.»

Trois regards

Écrivain, photographe et iconographe, Nicolas Bouvier n’a jamais caché combien l’attention qu’il portait au monde devait à ces trois métiers, chez lui fondus en un et appris sur le tas. Trois façons de saisir les choses et les êtres qui l’accompagnèrent tout au long de son existence. L’écrivain nous est connu, parce que L’Usage du monde est un livre premier et essentiel. Le photographe l’est devenu, par la grâce des clichés pris quatre saisons durant (hiver 1955 – automne 1956) puis vendus à un grand journal de Tokyo, clichés pris dans le besoin car le quotidien était alors précaire. Le métier d’iconographe, il lui restera fidèle depuis ce jour où, de retour de Paris un manuscrit refusé sous le bras, il allait se donner quarante-huit heures pour trouver un gagne-pain.

Les Boissonnas, histoire d’une dynastie de photographes reflète ces activités. L’aventure débute par la rencontre de Paul, « dernier » des Boissonnas et dépositaire des archives de la famille. Leur premier échange date de 1968 : Nicolas Bouvier lui commande pour le compte d’un éditeur londonien une série de clichés. Fin des années soixante-dix, l’idée d’un ouvrage monographique prend forme. A la suite d’une entrevue avec Jean Hutter, directeur des éditions Payot Lausanne, Nicolas Bouvier lui envoie le 9 juillet 1980 un premier courrier :

« Cher ami,
Comme promis et au fil de la machine quelques-uns des caractères que nous souhaitions donner au livre sur les Boissonnas.
La Dynastie Boissonnas (1864 à nos jours, quatre générations) est l’homologue citadin et cosmopolite de la Dynastie rurale des Deriaz dont l’exposition a soulevé un vif intérêt.
Rat des villes et rat des champs. Cette différence est très révélatrice de la nature profonde de nos deux cantons. »

Un fil conducteur typographiquement distinct du reste. La saga d’une famille d’artisans puis « d’artistes », ses débuts modestes, ses problèmes, son ascension, ses succès, ses triomphes, deuils et naissances, sa polyvalence professionnelle, fêtes de famille ou fêtes d’atelier etc. Mode de vie.
Famille très ouverte à la culture, à la nouveauté, voyageant beaucoup, ouvrant filiales sur filiales en Europe, travaillant pour des têtes couronnées, recevant artistes et universitaires dans un vaste domaine familial.
Cette histoire s’écrit sur le ton du mémorialiste en s’appuyant sur une masse de documents très touchants et pieusement conservés. (Journal d’Augusta, femme de Fred, correspondance de Fred, mémoire dressé par Paul etc.)

[...] À sa sortie, le Boissonnas suscite les critiques élogieuses de pairs et d’amis. « Une conjonction, pour l’astrologue, est un événement à la fois exceptionnel et nécessaire. Telle apparaît la rencontre, réalisée dans cet ouvrage, entre un écrivain et son sujet. Sans effort, la verve de Nicolas Bouvier entre en résonance avec l’art de vivre ingénument génial, sagement déraisonnable (sous les dehors un peu surannés et contraints d’une famille bourgeoise de Genève), des pionniers de la photographie que furent les Boissonnas… », nous dit le texte de présentation du rabat de couverture. Le livre, pourtant, n’est pas un succès de librairie. Deux ans ont passé que déjà Nicolas Bouvier veut se remettre à l’ouvrage. L’édition qu’il a en tête donnerait cette fois la primeur au texte. Dans un courrier aux éditions Payot Lausanne datant du 27 mai 1985, il rapporte la rencontre avec un proche collaborateur de Jean Malaurie « tenté de revenir vers une socio-anthropologie moins exotique » et frappé « parle portrait de Genève-bise-noire », avec « ses principes, tics, manies, argot de famille chic et moins chic ». Le projet ne se concrétise pas: aucun livre sur Genève ne viendra enrichir la collection Terre humaine. Mais ce travail de mémoire engagé en compagnie de Paul Boissonnas sera poursuivi en solitaire. Il écrira sur son enfance et sur Genève : « Thesaurus pauperum ou la guerre à huit ans », « La chambre rouge », « Geneva », « Souvenirs, souvenirs », « Bibliothèques ».

Iconographe, Nicolas Bouvier s’est intéressé à l’estampe et à l’illustration plutôt qu’aux maîtres de la grande peinture. En ce sens, la photographie, art mineur «montrant le reflet du monde», l’aura toujours passionné. Peut-être parce que la vision y est sans détour, la présence aux choses et aux êtres immédiate, la distance vive. À la réception du manuscrit du Boissonnas, dans une lettre du 15 février 1983, Jean Hutter lui écrivait : « J’aime beaucoup que le lecteur, en refermant votre livre, garde à l’oreille l’intonation précieuse, bien romande ou genevoise, de ce “au monde”, qui rappelle les “distances”. Tout, dans ce livre, est construit sur les affinités et les distances entre vos personnages, et entre vos personnages et vous. Cela donne à votre chronique un charme et une vivacité rares. »

Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net