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Ábel dans la forêt profonde
Parution : 22/05/2009
ISBN : 978-2-940358-36-6
304 pages
13 x 19 cm
20.00 euros
Port : 4.00 euros
Áron Tamàsi
Ábel dans la forêt profonde
Traduit du hongrois par Agnès Járfás
Avant-propos de Thierry Sartoretti

Étonnant dans ça façon de traiter des sujets profondément dramatiques au cœur d’un récit empreint de gaîté, Ábel dans la forêt profonde est un texte majeur de la littérature hongroise. Roman d’apprentissage, il est animé par une prose enjouée et baroque. Sa langue emprunte largement au dialecte local ; les dialogues, pleins d’humour, s’articulent autour de traits d’esprit et de jeux de mots. Il est parmi les textes les plus attachants et les plus lus aujourd’hui en Hongrie.

« Après quoi je me dis : quelle créature mystérieuse que l’homme ! Le jour, il lutte contre ce qui est, et la nuit il lutte contre ce qui n’est pas. Et lorsque le jour et la nuit passent, ce qui avait existé devient parfaitement identique à ce qui n’avait pas existé. Quelle curieuse créature ! Il a tant d’intelligence, qu’il est capable de fabriquer une arme en acier, comme il est capable d’inventer le diable du néant, mais il ne pourra jamais deviner ce qui arrivera demain, pourtant, il aurait été facile de deviner avant-hier ce qui allait arriver hier. »

Agnès Járfás

Ouvrages traduits
Péter Esterházy : Trois anges me surveillent : les aveux d’un roman. Gallimard, 1989 ; Les Verbes auxiliaires du cœur. Gallimard, 1992 ; Une Femme. Gallimard, 1998 ; L’œillade de la comtesse Hahn-Hahn. Gallimard, 1999 ; Harmonia cælestis. Gallimard. 2001 ; Revu et corrigé. Gallimard, 2005 ; Aux gens du livre : essais & nouvelles. Exils, 2005 ; Voyage au bout des seize mètres. Bourgois, 2008.

Dezsö Kosztolányi. L’Œil-de-mer. Traduction collective sous la direction de Jean-Luc Moreau. Presses Orientalistes Françaises, 1986–1988. 2 vol.
Kálmán Mikszáth. Le Parapluie de saint Pierre. Éditions Viviane Hamy, 1994.
Brassaï. Lettres à mes parents (1920–1940). Gallimard, 2000.
Zoltán Szabó. L’Effondrement : Journal de Paris à Nice (10 mai 1940 – 23 août 1940).
Exils, 2002.

« Cap sur l’Est. Laissez derrière vous la vaste plaine pannonienne, franchissez la Tisza par un jour sans crue et remontez les méandres de la Mures. Coupez ensuite par la montagne où les lacs portent des noms d’ours et rejoignez d’autres flots turbulents, ceux de l’Olt qui auraient vu le diable même mourir gelé. C’est là, dans le comté forestier de la Hargita, où l’on salue en hongrois, mais règle ses dettes en lei roumains, qu’est née la légende d’Ábel.
Il faut en effet parler de légende tant le récit de l’écrivain transylvanien Áron Tamási (1897 à Farkaslaka-1966 à Budapest) tient une place particulière et fondamentale dans l’histoire de la littérature hongroise. D’abord livré sous la forme d’un feuilleton dans un journal de Brasov, Ábel est publié en 1932 chez Erdélyi Szépmíves, une maison d’édition sise à Cluj qui rassemble alors un singulier foisonnement littéraire magyarophone, dont les œuvres de Károly Kós, Aladár Kuncz et Benö Karácsony. Ábel connait immédiatement un immense succès critique et populaire, il est lu et commenté – aujourd’hui encore – dans les lycées hongrois.
À l’instar de son héros, Áron Tamási a vécu dans la Hargita puis bourlingué jusqu’en Amérique avant de trouver sa vocation d’écrivain et de livrer une abondante bibliographie dont ce roman hors du temps. Voici un Ábel profondément humaniste, drôle, écologiste avant l’heure, méfiant à l’encontre des mirages de son époque ; une histoire de Robinson avec la forêt pour Océan et la malice pour boussole. Adolescent, Ábel est envoyé sur la montagne comme garde champêtre. À lui seul désormais de découvrir la rugueuse beauté de ce monde et les êtres qui le traversent : chiens, gendarmes, brigands, moines, propriétaires… Échaudé, Ábel pourrait devenir misanthrope ou révolutionnaire. Sa curiosité (notamment à l’égard des juifs orthodoxes), son honnêteté et sa foi dans la création le préservent du pire sinon des bosses.

Áron Tamási est parfois comparé à Giono ou Ramuz pour la saveur de sa langue, ses dialogues si proches des roublardises du parler sicule, et son attachement jamais démenti à sa terre natale. Il ne saurait toutefois être réduit au rang d’auteur régionaliste, toute son œuvre – ses romans, ses nouvelles comme son théâtre – tendant en effet vers une dimension humaniste et universaliste souvent proche de la féerie ou du conte oriental. Resté à Budapest durant les années de plomb du stalinisme, ce démocrate à l’esprit trop indépendant fut mis au ban de la littérature sous l’accusation – faute de mieux – de déisme, avant de se voir réhabilité tant le succès de ses écrits dépassait les tentatives de censure.

Une première traduction francophone du roman vit le jour en 1944 en Suisse, alors que Budapest guettait l’arrivée des chars soviétiques. Publié à Lausanne par la Guilde du livre, Ábel dans la forêt sauvage fut traduit par un étrange duo réuni quelques semaines durant à Genève par les circonstances de la guerre. Jeune boursier de Budapest et futur grand œil du Parti sur les lettres hongroises, Péter Nagy s’était lié avec l’anarchiste français en exil André Prudhommeaux. Savoureuse, mais éloignée du texte original par ses nombreuses corrections, cette première traduction s’est perdue dans le chaos de la fin de la guerre. Il a ainsi fallu attendre plus de soixante ans, pour que ce récit extraordinaire ressurgisse des forêts du Hargita dans une nouvelle traduction plus fidèle au texte originel. »

Thierry Sartoretti

Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net