Grock raconté par Grock est le récit d’un homme qui par entêtement et volonté réalise son rêve. Le lecteur est plongé dans le monde du monde du cirque, ses mœurs et ses coutumes. « Ni l’art, ni la philosophie ne m’intéressent ; je ne suis pas un intellectuel. Tout ce qu’on dit de moi, dans ce sens, est bien gentil, mais pas vrai… Je ne vois, je ne sens que l’immédiat, ce qui vient du sol, ce qui en sort. » Sans souci d’écriture, dans un style direct, ce livre se présente comme une succession de farces et de pitreries où la misère et les excès de la vie se mêlent.
L’existence de Grock, de son vrai nom Adrien Wettach, est une aventure en elle-même, qui nous fait penser, du moins pour les premières années de sa vie, aux personnages de Dickens, Tom Sawyer, Oliver Twist.
Grock naît en 1880, dans un petit village suisse, dans le Jura bernois, du nom de Loveresse. Son père est horloger et paysan comme la plupart des hommes de la région, mais il est surtout connu pour ses prouesses en gymnastique. En ce temps-là, quand on est un père de famille, il faut savoir se tenir, et la droiture est la position requise. Pourtant, il est fort à parier que s’il en avait été différent,
le père de Grock aurait pu faire carrière dans le cirque. Le sort voulut que ce soit le fils qui réalisa cette prouesse. Alors enfants, Grock et sa sœur montent des spectacles d’acrobatie qu’ils joueront, avec la permission de leur père(!), dans différents établissements et cafés de la région. Mais la réalité le rattrape bientôt, il quitte l’école et fera des petits métiers alimentaires, jusqu’au jour où, lisant une annonce, sa mère décide de l’envoyer en Hongrie dans une riche famille pour enseigner le français. Nous sommes en 1897, Grock à 17 ans. Son démon du cirque ne fera pas long à resurgir, et c’est par une pirouette qu’il se présentera devant le baron chez lequel il vivra.
En 1900, après avoir été accordeur de piano itinérant, il fera ses premiers pas dans le monde du cirque en devenant le partenaire d’Alfrediamos pour le cirque Krateily, en Hongrie. Puis, il rejoint la France où il devient caissier du Cirque National suisse. Il fait la connaissance, vers 1903, de Brick, dont il sera le partenaire pour le fameux cirque Medrano. Grock acheva son éducation de clown avec Antonet, qui fut son véritable maître. Antonet le fait beaucoup travailler, jouer de différents instruments, ils inventent ensemble de nouveaux numéros. Ils iront à Londres, en Allemagne et sous les acclamations d’un public immense ils tourneront sans cesse pendant quelques années. Grock fera rire le monde entier et met au point à cette époque des numéros qu’il conservera jusqu’à la fin de sa carrière.
Son héros est un nigaud qui, placé au milieu d’instruments de musique, cherche les cordes de son violon alors qu’il tient celui-ci du mauvais côté et s’efforce de s’asseoir plus près du piano en tirant ce dernier plutôt que le tabouret et ponctuant ses découvertes du célèbre : « sans blââgue ! ». Assimilé à la catégorie des clowns musicaux, Grock était aussi excellent acrobate ; son art et ses tours, plus proches par ailleurs du music-hall, tendent vers une certaine forme d’universalité. Il fit ses adieux à la scène, à Hambourg, en 1954. Multimillionnaire, Grock bâtit un gigantesque palais sur la Côte ligure, à la (dé)mesure de son succès, sans doute une revanche sur la pauvreté de son enfance. Il meurt en 1959 en clown accompli.
Toujours considéré par ses pairs comme le plus grand clown du XXe siècle, Grock était un homme complet, à la fois jongleur, cascadeur, contorsionniste, danseur, mime ou directeur de troupe. Ce virtuose a composé plus de 2 500 mélodies. Outre un public très populaire, rois, reines et présidents d’Europe honoraient ce pitre qui illuminera trois générations, en des temps où l’on ne riait pas forcément…