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Une odeur de renfermé, pas trop gênante
Parution : 18/09/2009
ISBN : 978-2-940358-46-5
64 pages
14 x 21,5 cm
64.00 euros
Port : 12.80 euros
Mélodie Le Blévennec
Une odeur de renfermé, pas trop gênante

Les femmes, leurs hommes, un homme qui a choisi d’être femme, un grand-père pasteur qui a choisi de sacrifier la carrière de sa femme à son ministère, un autre qui file quotidiennement à «Bagdad», les objets et les espaces domestiques — l’impossible gestion de leur perpétuel conflit — une voisine qui a opté jusqu’à l’étouffement pour l’accumulation, une narratrice que menace également l’engorgement, sa famille qui s’empêtre dans un héritage encombrant, sa fillette, bien gentille, son mari jamais là quand elle aurait besoin de lui, et un siège de voiture pour enfant qui est, lui, franchement récalcitrant, la lessive, le ménage, le travail de dessin dans l’atelier, la sexualité, tous ces thèmes, tous ces personnages, ces situations, ces objets forment la matière, nuancée, riche, hétéroclite, d’une histoire qui se déplace le long de la frontière séparant fiction et témoignage, romanesque et sociologie, une histoire, ou plutôt des histoires, qui ne cessent de s’entrecroiser.

Une leçon formidable ressort de ces récits, comme s’il faisaient la preuve qu’une communauté est aujourd’hui encore possible, basée sur la bienveillance plutôt que le conflit, et que, bien qu’il y ait des difficultés réelles à être ensemble, les hommes et les femmes, les transexuels et les voisins, les immigrés et les gens du cru, les enfants et les parents, etc. ont des expériences positives à partager.

Significatif, à cet égard, est le travail de redéfinition permanente de la fonction des pronoms personnels auquel se livre Mélodie Le Blévennec. La narratrice c’est Je, donc pas Moi, mais un sujet agissant, même si, formellement, il n’est pas toujours agent d’une action, même s’il peut en être le patient; c’est lui, de toute façon, qui mène le récit: primauté de la narratrice égale primauté de la narration. Nous contient forcément le Je qui attire dans son orbite, suivant les parties du texte, des acolytes et des alliés variés.

Avec Une odeur de renfermé pas trop gênante, l’écriture doit aussi s’accommoder de l’extériorité absolue du non-littéraire: une lettre, la transcription mot à mot d’un dialogue absurde et répétitif, un inventaire notarial. Autant de documents qui dérangent, empêchent, obstruent, détournent le cours d’un récit, déjà pas mal divisé, qui doit les englober, les dépasser, pour poursuivre son cheminement, mais qui n’aurait aucune légitimité à exister sans eux, puisqu’il n’est qu’une tentative pour les mettre en relation les uns avec les autres. Et pour finir, tout se tient — plus ou moins. Mais vivre, c’est sans doute ça: accepter un peu d’incohérence, du jeu entre les pièces du puzzle, des manques, des vides, pour pouvoir postuler, globalement, qu’il y a malgré tout du sens.

Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net