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Les Aspérités de l'aspalthe
Parution : 18/09/2009
ISBN : 978-2-940358-47-2
64 pages
14 x 21,5 cm
12.00 euros
Port : 2.40 euros
Nadia Sartoretti
Les Aspérités de l’aspalthe
Les aspérités de l’asphalte sont, tout bien considéré, potentiellement dangereuses : le pied pourrait s’y accrocher et on perdrait l’équilibre. D’autre part, rester à l’équilibre, situation confortable — il faut le reconnaître —, n’est peut-être pas un programme de vie très exaltant. Entre danger et désir, la narratrice tente de faire son chemin et accepte de perdre (l’équilibre ?) pour gagner (un peu plus de vie ?). En toutes circonstances, elle recueille les notations, remarques, aphorismes, que lui inspirent les menus événements d’un quotidien bien lisse, mais pas suffisamment pour ne présenter, justement, quelques infimes aspérités ; lui incombe alors la tâche, d’en accuser le relief. Pour ce faire, elle use de métaphores, pas toujours joyeuses malgré leur allure positive : La vie était d’une blancheur de linge de cuisine ; elle chronique l’insignifiance en l’affublant des oripeaux du symbole : Je suis dans le train, je suis toujours. Je suis toujours dans le train. (Il devient ainsi chaque jour un peu moins possible de faire demi-tour.) ; elle s’invente des identités exaltantes : un jour elle est Sophiemarceau, un autre Ellamaillard, toujours en un seul mot ; elle cherche des règles de conduite dans le savoir ethnologique ou dans la pratique du sport ou n’importe où, et finit par feindre le nihilisme: On ne cherchait pas de réponses, pas plus qu’on ne cherchait à se comprendre. On s’évitait ainsi toute angoisse existentielle.

En cours de route, elle s’interroge sur la nature d’un texte composite qui se trouve, qui plus est, saturé de hors-texte: certaines parties sont barrées, d’incessants renvois tiennent lieu, tout à la fois, de notes, de didascalies, d’indications temporelles, comme pour un journal intime. Pour finir, elle ne peut échapper à la nécessité de définir une poétique: Exécuter un texte au tricot… Tricoter un texte, faire passer un segment de texte dans un autre texte en le changeant de contexte, afin de former un texte au-dessus du premier.
Cette stratégie ne joue pas la simplicité, elle repose sur un constat peu encourageant: Mot = embuscade. Il va donc falloir débusquer, débroussailler, renverser, triturer la langue — l’inquiéter — histoire de voir si on ne pourrait pas, en disant les choses autrement, les faire être autres. Les aspérités de l’asphalte tient la chronique amusée/affolée d’une tentative d’aller voir dehors si j’y suis encore et comment, même si, au final, personne n’est dupe. Reste que la narration, la langue et la doxa qu’elle véhicule, auront été suffisamment malmenées pour qu’existe, intermittent, fragile et toujours menacé, le plus pur plaisir du texte.
Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net