Parution : 18/09/2009
ISBN : 978-2-940358-45-8 64 pages 14 x 21,5 cm 12.00 euros Port : 2.40 euros |
Marie Luce Ruffieux
Beige
L’hiver, le lac d’une petite vallée gèle lorsqu’il fait très froid. Les patineurs vont y dessiner des « s », mais, en se promenant moins sportivement dessus on peut apercevoir bien des choses emprisonnées sous la couche de glace. Les textes de Marie-Luce Ruffieux sont des sortes d’écrans froids ; le langage qu’ils travaillent a la transparence mais aussi l’épaisseur de l’eau solidifiée. Quand on lit un des récits qui composent Beige, on fait l’expérience d’une distance infranchissable alors même qu’on est au plus près de la réalité vitrifiée au-dessus de laquelle on se promène — le texte nous promène. Au fil de cette promenade, on comprend aussi assez rapidement que le monde n’est pas seulement cet ailleurs qui gît sous le langage, il tire son existence du langage, et, de ce fait n’a pas d’unité qui serait, en soi, antérieure à sa description, non : l’unité du monde est ce que postule le texte, puis le résultat vers quoi il tend en s’effectuant. La logique, le rythme, les ruptures et les continuités, les transitions, tout est affaire de texte. Il faut rappeler qu’on est sur une surface unie mais glissante: à qui sait la pratiquer, elle offre la possibilité d’une légèreté, l’impétuosité de l’élan, l’ivresse de la vitesse. Aussi c’est plutôt à un enchaînement de figures que les récits de Marie-Luce Ruffieux nous invitent, sans que nous sachions jamais vraiment quand une histoire se termine, quand une autre commence puisque c’est dans la poursuite d’un même mouvement qu’elles s’enchaînent, emportées par la même énergie. On pourrait chercher des repères, lister des thématiques: les animaux par exemple, ou les objets ou les fruits et légumes… au total une sorte d’encyclopédie domestique nonchalante, incomplète et inutilisable, avec pour chaque article répertorié, une petite histoire qui la met en scène, un souvenir raconté à l’économie, ou une leçon de choses minuscule. Tout ça pas même classé mais effleuré dans le mouvement continu du texte qui va et vient de l’un à l’autre, invente des similitudes et, par glissements successifs, rebonds, pirouettes, finit par relier tous ces points isolés pour les mettre en constellation, sans insister pourtant, sans rien figer. L’écriture alors s’énonce comme un parcours, la possibilité de tenter indéfiniment des combinaisons, d’esquisser des mouvements sur la surface solidifiée du langage. |

