Parution : 26/03/2009
ISBN : 978-2-9149-6857-7 128 pages 11 x 17,5 8.00 euros |
Bernard Cassen - Louis Weber
Elections européennes, mode d’emploi
> Info aux libraires : ce livre est prévu à la parution le 22 mai 2009 mais il sera disponible auprès des Belles Lettres dès le 26 mars.
Depuis 1979, le Parlement européen est élu au suffrage universel direct dans les États membres de l’Union européenne. Trente ans après, les enquêtes d’opinion montrent toujours une méconnaissance générale des procédures et de la signification de ce scrutin. L’abstention, considérable, est l’un des nombreux indices du discrédit qui frappe l’Europe réellement existante.
Pourquoi les instances européennes restent-elles à ce point étrangères aux peuples ? Comment expliquer que le Parlement de Strasbourg suscite si peu d’intérêt, alors que ses pouvoirs sont loin d’être négligeables, même s’il est en position dominée par rapport à la Commission, au Conseil et à la Cour de justice ? Dans un souci d’éducation populaire, les auteurs font le point sur l’état de la législation régissant cette assemblée et l’élection de ses membres. Ils décrivent ensuite les mécanismes d’un fonctionnement particulièrement opaque aux yeux des non-initiés, et où la recherche permanente du consensus entre les groupes politiques dominants – Parti populaire européen (PPE) et Parti socialiste européen (PSE) – revient le plus souvent à dépolitiser la prise de décision et à vider le débat démocratique de sa substance. Pour que le Parlement européen joue pleinement son rôle dans une Europe démocratique, l’articulation avec les Parlements nationaux, dont les compétences en matière de législation communautaire devraient être très sensiblement augmentées, s’impose. Ce qui implique une remise à plat complète des traités actuels. Bernard Cassen est professeur émérite à l’Institut d’études européennes de l’université Paris 8 et ancien directeur général du Monde diplomatique. Louis Weber est ancien président de l’Institut de recherches de la FSU, membre de la fondation Copernic, secrétaire de la rédaction de la revue Savoir/Agir. Introduction « De tous les organes de l’Union européenne, le Parlement européen est le seul à être directement élu. » Sous-entendu, il est l’instance européenne dont la légitimité démocratique est la plus forte. Cette phrase figure en tête de la brève présentation qu’en fait l’actuel président, le chrétien-démocrate allemand Hans-Gert Pöttering, sur le site de l’institution_ . Il poursuit_: « Les 785 députés qui y siègent sont vos représentants. Ils sont élus tous les cinq ans par les électeurs des 27 États membres de l’Union au nom de ses 492 millions de citoyens. » |
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Comprendre pourquoi on vote, c’est déjà avoir envie de voter
Selon la dernière livraison de l’Eurobaromètre, à moins de deux mois des élections européennes, plus de 60 % des Français ignoreraient la date du scrutin ! Serions-nous, dans notre Hexagone, confinés derrière un mur d’indifférence à tout ce qu’il y a de commun aux peuples européens ? Plusieurs indices l’infirment. Si l’abstention n’a cessé de croître depuis trente ans (de 39,29 % en 1979 à 57,24 % en 2004), plus de 60 % des Français se sont rendus aux urnes le 29 mai 2005, pour dire non à un projet de constitution qui faisait du libéralisme, le cadre infranchissable de l’intégration européenne. Pour la première fois, les Français parlaient d’Europe, découvraient, texte sous les yeux, la sanctuarisation d’un modèle économique fermant définitivement la porte à toute perspective d’Europe sociale. En outre, jamais l’Europe n’a connu autant d’initiatives communes des syndicats et des salariés. La solidarité entre travailleurs européens s’est renforcée contre le dumping social et les plans de licenciements, comme en atteste le rassemblement des Conti, de la Picardie à la Basse-Saxe. Le petit livre cosigné par Bernard Cassen et Louis Weber, sobrement intitulé Élections européennes, mode d’emploi, éclaire cet apparent paradoxe. L’actuelle construction européenne a été, depuis ses origines, conduite en dehors de tout débat citoyen. Les pères fondateurs, Jean Monnet et Robert Schuman, avaient théorisé dès 1950 une démarche pragmatique et technocratique : « Des réalisations concrètes créant des solidarités de fait. » Les auteurs nous livrent deux citations, l’une du premier ministre britannique de l’époque,
Clement Attlee : « La démocratie ne peut abdiquer entièrement entre les mains de quelques personnes censées être compétentes » ; l’autre de Pierre Mendès France en 1957 : « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique. » La réaction des dirigeants européens aux référendums français, néerlandais, puis irlandais, oscillant entre le contournement et le coup de force, confirme les mises en garde de ces deux hommes politique d’après-guerre. Les auteurs tordent le coup à une idée largement entretenue selon laquelle cette élection serait secondaire parce que le Parlement européen n’aurait pas de pouvoirs réels. Faux, explique Francis Wurtz, cité dans le livre. Progressivement, l’institution a acquis de nouvelles compétences, notamment la codécision. Le président du groupe de la GUE déplore que le pouvoir du Parlement soit sous-estimé par les opinions publiques, et parfois même par les hommes politiques. Le problème n’est pas la répartition des pouvoirs entre les institutions, mais entre les institutions et la capacité d’intervention que les citoyens n’ont pas sur elles. C’est aussi l’orientation ultralibérale des traités et la cogestion anesthésiante des affaires européennes par le Parti populaire européen (droite) et le Parti socialiste européen. D’où l’importance de donner une place plus conséquente à la gauche critique, que fédère le groupe de la GUE. Le lecteur trouvera des pages intéressantes sur les « législateurs de l’ombre » que sont les lobbyistes, dont les effectifs ont connu une véritable explosion . Une oeuvre utile donc, car comprendre pourquoi on vote, c’est déjà avoir envie de voter. Jean-Paul Piérot
L'Humanité,
25 avril 2009
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