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Je t'embrasse pour la vie
Parution : 20/01/2009
ISBN : 978-2-9163-9008-6
64 pages
11 x 17 cm
9.00 euros
Je t’embrasse pour la vie
Lettres à des morts 1914-18

« Les lettres que l’on trouvera ci-après, dont il est bien inutile que nous garantissions l’authenticité, ont été choisies par le témoin soussigné, dans un innombrable courrier qu’il lui fut donné de lire pendant la guerre.
Ces lettres n’avaient pu être remises à leurs destinataires, tous au front. Chaque enveloppe portait au verso, la mention « tué », ou « disparu ». Une que l’on trouvera dans ce choix portait l’inscription « fusillé ».
Parmi ces lettres, le témoin trouva, à plusieurs reprises, de petits papiers glissés par erreur dans les paquets, où on lisait, par exemple :

— C’est l’heure. Maman, ma petite maman chérie, je ne te reverrai peut-être pas, mais dis ?… dis… tu le sauras que c’est toi que j’aurai appelée en mourant ?

— Vieux frère, je monte à l’assaut… Ce sera dur, je le sais et il y a 9 chances sur 10 pour que je n’en revienne pas. Console les vieux, hein ? si ça m’arrive et, crois-en ton frangin, renonce à tes idées de t’engager, va ! y aura de la place pour toi, t’en fais pas !

— C’est peut-être le moment d’y passer… Ma chère femme, je pense bien à toi. Sois courageuse, va, pense aux petits. Je t’embrasse de tout mon coeur et eux aussi… ah ! qu’on était donc bien chez nous ! »

(Claude Berry)

[…]

2.
« … Vos souffrances sont cruelles, certes, mon cher Paul, mais la cause pour laquelle vous souffrez est si belle qu’elle embellit tout.
Bouter l’ennemi hors de France : voilà la seule chose qui compte et je m’étonne un peu du ton de ta dernière lettre.
Je prie chaque jour pour nos armées et aussi pour toi, mon cher mari. Vive notre Patrie et que pour elle tous se montrent des héros dignes de nos aïeux !

PS : L. M. a déjà la croix de guerre. »

3.
« Mon vieux Lucien,
T’as pas voulu de moi, y a deux ans. T’as mieu aimer t’y marié avé la Jeanne. C’est don bien fait qu’t’es cocu au jour d’aujourd’hui et je devrai mème pas m’occupé de toi mais c’est plu fort que moi. Le pay est trop malhereux et je veu pas qu’un poilu comme toi soye dupe, alor je te dit que si tu veu avoir un gosse qui te récemble, tu ferai pas mal de t’en venir en perme. Sans ça, il pourrai bien recemblé au mittron à T.
A bon entandeur, salu. »

[…]

8.
« Mon petit Nono,
C’est du bar du boul Mich’ que je t’écris.
Autour de moi, il y a la Mariette, Pauline, Margot et Nénette ; toutes les copines, quoi !
On s’ennuie pas mal de vous autres, tu sais… Ce n’est pas qu’on ne trouve pas à faire, parbleu ! Avec tout ce qui circule dans Panam, faudrait être rudement godiche, mais ça ne vaut pas nos petits michons chéris, avec qui qu’on rigolait tant qu’on passait sur tout le reste.
à présent, on a tout le reste mais on rigole plus.
Bon Dieu de bon Dieu, quand c’est-y que ça finira c’te guerre-là ?
Paraît que l’Amérique va, décidément, se mettre avec nous. Si c’était vrai, ça ne pourrait tout de même pas durer longtemps ! »

[…]

13.
« Château de…

Mon cher fils,
Ce qu’est notre chagrin depuis que nous avons reçu la lettre de ton Capitaine, je ne puis le dire… Votre mère, surtout, a vieilli de dix ans en une journée…
Marcel, Marcel, comment avez-vous pu faire une chose pareille ? Vous ! Un de M… refuser
de monter à l’assaut !
N’avez-vous donc pas pensé au déshonneur qui allait vous atteindre et nous atteindre tous ici ? N’avez-vous donc pas pensé à notre nom si glorieux, à tout ce passé des nôtres chargé d’héroïsme, de gloire et de dévouement à la France ?
N’avez-vous donc pas pensé aussi à la terrible punition qui pouvait s’ensuivre ?
Jacques, je n’ose pas vous dire ce qui vous menace… tant c’est horrible…
Mais… comprends-moi… mon petit Jacques… mort pour mort, n’eut-il pas mieux valu affronter la seule qui soit digne d’un combattant ?
Depuis ce matin, j’en suis à envier ceux dont les fils sont morts dignement !
Et il s’agit de toi, mon fils, mon fils tant aimé… Devais-je donc vivre assez pour subir une telle honte dans un tel désespoir ?
Perdre son fils, son fils unique, n’est-ce pas suffsant ? Faut-il donc encore le perdre déshonoré ? c’est-à-dire le perdre cent fois, mille fois ? Et comment te sauver ?
Ton Capitaine, il faut bien que je finisse par te le dire, ne me laisse aucun espoir.
J’ai cependant écrit tout de suite au Ministre. Je suis allé supplier le Marquis de X… d’intervenir. Pourront-ils te sauver ?
Mon petit Marcel, mon enfant, mon bien-aimé, j’essaie de parler de nom, d’honneur et en vérité, je ne suis en ce moment qu’un pauvre papa qui voudrait donner tout son sang pour que tu ne meures pas…
Depuis ce matin, j’ai réuni tes portraits. Je les ai tous là, devant les yeux ; toi à 6 ans, à douze, à seize, à vingt. Mon fils, ils ne vont pas faire cela ! ce n’est pas possible ! Ils auront pitié . . .
Et je suis là, vieux, ah ! si vieux ! Pourquoi as-tu faibli ?
C’est ma faute… Je ne t’ai jamais préparé à cela… Je t’ai gâté, choyé, aimé, oh ! tant aimé… Je ne t’ai pas préparé à cela !
Jacques, pardonne-moi, pardonne à ton vieux père…
Je prends le train dans une heure, je veux supplier le ministre, je m’engagerai, je me ferai tuer, mais toi, cela toi, je ne veux pas ! Mais si j’arrive trop tard, si j’échoue, si aucun
de ceux que j’ai vus et que je verrai encore ne peuvent rien pour toi, si tu dois subir l’atroce punition, si tu dois mourir, mon enfant bien-aimé, sans gloire, sans paix, sans nous, dis-toi bien que rien n’a tué notre amour, et que nous, nous te pardonnons. Dis-toi bien que dans le coeur de ta mère comme dans le mien, tu es et resteras notre enfant chéri, notre petit Jacques et que ta faute n’a pu effacer tout ce que tu nous as donné de bonheur et de tendresse.
Que ta demière pensée, mon enfant bien-aimé soit pour Dieu et pour nous. Je t’écrirai ce soir, je t’écrirai demain.
Je te serre dans mes bras et je supplie Dieu de te garder à nous. »

Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net