Parution : 13/10/2009
ISBN : 978-2-7489-0107-8 400 pages 12 x 21 cm 24.00 euros |
Ronald Creagh
Utopies américaines
Expériences libertaires du XIXe siècle à nos jours
Du voyage du socialiste gallois Robert Owen en 1825 aux premières communautés fouriéristes, des mouvements contestataires des années 1960 à l’écologie et aux groupes punks ou lesbiens d’aujourd’hui, les États-Unis ont abrité nombre de communautés utopiques. Souvent installés comme jadis les moines dans des paysages magnifiques et isolés, mais aussi dans l’hôtel d’un village de l’ancienne Réserve de l’Ouest ou exploitant une mine de charbon sur leur territoire, ces groupes mettent à l’épreuve une volonté de vivre en dehors de la logique de la société dominante. Professeur émérite à l’université Paul-Valéry de Montpellier, Ronald Creagh collabore à de nombreuses revues anglo-saxonnes et françaises. Il est notamment l’auteur de L’Affaire Sacco et Vanzetti (Éditions de Paris, 2004), et Nos cousins d’Amérique. Histoire des Français aux États-Unis (Payot, 1988).
L’histoire des communautés intentionnelles aux États-Unis montre que leur apparition provient de la réflexion et d’un libre choix plus que des conditions économiques et sociales. *** Notre témoin principal, A.J. Macdonald, qui a visité un nombre considérable de communautés, déclare que, malgré l’absence de dirigeants à cette assemblée, il n’a jamais rien vu d’aussi ordonné ; l’émulation incite chacun à se porter volontaire pour les actions qui lui semblent nécessaires au bien de tous. Une disposition générale à la nonviolence tend à désamorcer les attitudes trop explosives. |
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SUR LES ONDES
• Radio canal sud (92.2 FM) – Interview de Ronald Creagh (11 mars 2010).
Compte-rendu
Ronald Creagh s’est intéressé aux nombreuses expériences de vie en commun sur des bases anarchistes ou libertaires qui ont eu lieu aux États-Unis depuis près de deux siècles. Cet historien est aussi un utopiste qui pense que l’utopie fait partie du réel. Il met en scène des personnages qui ont décidé de vivre ensemble et de créer des lieux où l’on peut prendre en charge son destin individuel et collectif. On rencontrera dans ces micosociétés : des végétariens, des éducateurs, des spirites, des adeptes de l’amour libre, des nudistes, des homosexuel-le-s, des écologistes, des punks… Ces expériences constituent encore de nos jours un mouvement émancipateur très vivant. Sociologue et historien, Ronald Creagh a enseigné la civilisation américaine à l’université Paul-Valéry de Montpellier, il anime le site Internet Recherche sur l’anarchisme et participe à la revue de critique anarchiste Réfractions.
Felip Équy
CCP 21,
mars 2011
Compte-rendu
Les mouvements d’émancipation ont une longue histoire : ce sont deux siècles d’expériences communautaires aux Etats Unis (du début du dix neuvième siècle à aujourd’hui) que le livre de Ronald Creagh nous présente. Les premières expériences se référent à deux grands utopistes : Robert Owen et Fourier. James Tanneau
L'Iresuthe n°18
Compte-rendu
Terre de grands espaces, au départ bon marché, l’Amérique se prête depuis deux siècles à des expériences collectives de type religieux mais aussi communiste et libertaire. Ronald Creagh reprend la chronologie de ces « chantiers d’émancipation » et en évoque les figures marquantes et les courants successifs : ceux des origines, communiste, individualiste, socialiste et anarchiste ; et pour la période contemporaine, hippy, punk, féministe ou écologiste… Hélène Fabre
L'émancipation syndicale & pédagogique,
17/10/2010
Compte-rendu
Voilà un livre qui présente au moins deux grandes qualités. La première : rappeler à tous les anti-américanistes primaires (pléonasme ?) que les Américains ne sont pas tous de grosses brutes, gorgées de Coca-Cola, qui passent leur temps à tripoter leur flingue en regardant des débilités à la télévision ; la seconde : nous expliquer que l’utopie, finalement, ce n’est pas si… utopique que cela, et qu’en retroussant un peu nos manches nous avons les moyens, sinon de changer fondamentalement le système, du moins de lui opposer des alternatives concrètes et respectables.Dans Utopies américaines, Ronald Creagh passe en revue toutes les principales tentatives de vie communautaire libertaire qui ont été expérimentées aux États-Unis de 1816 à nos jours. Premier constat : elles ont été nombreuses, et même si, dans la plupart des cas, leur existence a été brève, certaines ont survécu plusieurs décennies durant – voire existent encore. Second constat : elles n’ont pas été le fait de quelques farfelus en rupture de ban avec la société mais, dès les origines, elles s’appuient sur des convictions clairement exposées par des idéologues, des penseurs autochtones et autres militants qui n’ont aucunement à rougir face à leurs confrères européens. Certains de ces penseurs sont assez connus en France : c’est le cas de Thoreau par exemple ou d’Emma Goldman. D’autres, tout aussi importants, le sont moins : Amos Bronson Alcott par exemple, Benjamin Tucker, Josiah Warren, ou d’autres grandes femmes telles que Voltairine de Cleyre ou Margaret Fuller… Car, ce que nous oublions trop souvent, c’est que les États-Unis n’ont pas attendu l’actuelle « Obama-mania » pour placer la question sociale au centre de leurs préoccupations sociales et politiques. La question des droits individuels, de la place de l’État, des libertés fondamentales en matière de croyance, de déplacements, de choix professionnel, etc., tout cela a été débattu là-bas avec une énergie et un dynamisme qui n’a même pas toujours eu son équivalent dans des pays tels que la France ou l’Angleterre. Rappelons-nous, par exemple, qu’au début du XXe siècle, le syndicaliste et socialiste Eugène Debs, alors incarcéré pour ses idées, faisait aux élections présidentielles des scores dont n’osent même pas rêver nos actuels représentants de l’aile gauche de la gauche ! Hélas, l’histoire est joueuse et ce qui reste aujourd’hui de plus visible de cette féconde période de combats pour les libertés individuelles, c’est… le libéralisme, avec tout ce qu’il a de plus mortifère. Ce qui ne nous interdit pas de nous rappeler que le libéralisme, avant de devenir un principe d’aliénation, était supposé être un principe d’émancipation… Mais malgré tout, il convient de rester réaliste : si toutes ces expériences d’utopies mises en acte sont éminemment sympathiques, si certaines d’entre elles ont démontré qu’elles étaient parfaitement viables et durables, ce qui ressort quand même de tout cela, en négatif, c’est que ces expériences ont toujours été minoritaires et qu’elles ont toujours dû se battre durement pour survivre dans le magma humain environnant. Ce qui éclate désespérément, à la lecture de Ronald Creagh, c’est qu’il n’y a rien de moins naturel, finalement, que la vie naturelle ! C’est ainsi que la plupart des communautés présentées dans le livre de Ronald Creagh ont fini par fermer leurs portes. Certaines en raison des pressions exercées par le monde extérieur (expropriation, conditions climatiques difficiles…), mais beaucoup, aussi, ce qui est plus embêtant, en raison de problèmes internes : mésententes, conflits d’intérêts, irrespect des règles tacites ou formelles… Car l’Homme, on a beau dire, reste quand même un drôle d’animal, aussi doué pour la construction que pour la destruction ! Le problème, c’est peut-être que l’utopie, que l’auteur définit très judicieusement comme étant « une ouverture à des alternatives inattendues », est avant tout, comme il le précise également quelques lignes plus loin, une affaire d’« audace ». Et l’audace, c’est bien joli quand il s’agit de s’en servir pour spolier les biens d’autrui ou s’enrichir au-delà de toute mesure, mais quand cette audace doit déboucher sur l’altruisme, le partage, l’effort gratuit, c’est une autre histoire… Sans compter que le modernisme et le confort, auxquels nous nous sommes habitués, constituent des freins de plus en plus importants aux velléités de retour à une vie plus saine, plus naturelle, débarrassée du superflu… Déjà en 1800, quand les utopistes invitaient leurs concitoyens à venir les rejoindre dans leurs communautés, à renouer avec le travail manuel et à vivre frugalement, ils ne convainquaient que peu d’adeptes, alors que le mode de vie qu’ils préconisaient ne différait finalement que très peu de celui de ceux qu’ils interpellaient. Mais aujourd’hui ? Comme le note très bien l’auteur, « l’Occidental moderne ne supporte guère de vivre avec une dent cariée ou de perdre, faute de soins, un être chéri ». L’utopie n’est pas un vain combat. C’est sans doute même un combat essentiel. Aujourd’hui comme hier. Mais ce n’est pas, et ce ne sera jamais, hélas, le combat de tous les hommes. Le modèle communautaire, tel que présenté dans ce volume des Utopies américaines, avec ses forces et ses faiblesses, ne sera jamais un modèle global, un projet de vie généralisable à tous les hommes. Par contre, ces expériences, heureusement peut-être pour l’humanité, se renouvelleront toujours et se développeront sans fin. Il existera toujours des individus qui refuseront de se plier aux règles sociales et économiques, aux morales mensongères et utilitaristes, des hommes et des femmes qui refuseront d’être des loups parmi les loups et qui continueront, par l’exemple concret de leur vie « en dehors », de renvoyer à la face du monde l’image de la folie des hommes… Ces hommes et ces femmes seront traités de tous les noms : anarchistes, rebelles, déviants, criminels, dégénérés… peu importe… car ils savent bien, ces « porteurs de torches » (pour reprendre le titre d’un très beau roman de Bernard Lazare) que, même s’ils sont l’objet de mille critiques, ce sont eux qui, au final, permettront à la « lumière » de ne pas s’éteindre définitivement au sein de l’humanité ! Stéphane Beau
Magazine des livres n°19,
juillet-août 2010
Compte-rendu
Terre de grands espaces, au départ bon marché, l’Amérique se prête depuis deux siècles à des expériences collectives de type religieux mais aussi communiste et libertaire.Ronald Creagh reprend la chronologie de ces « chantiers d’émancipation » et en évoque les figures marquantes et les courants successifs : ceux des origines, communiste, individualiste, socialiste et anarchiste ; et pour la période contemporaine, hippy, punk, féministe ou écologiste… Parti d’Europe au XIXe siècle, sous l’influence du français Charles Fourier et du gallois Robert Owen (1771–1858) qui fonde la ferme communiste de New Harmony dans l’Indiana en 1825, le mouvement communautaire se dissémine dans tout le pays. La communauté de Spring Hill (1830–1833) se montre pionnière en matière d’éducation bien avant l’essor des écoles Ferrer après 1909, sous l’impulsion des anarchistes. Equity (1833–1835) est la première communauté fondée par le révolutionnaire pacifique Josiah Warren (1798–1874), qui est l’inventeur d’un système d’échange basé sur le temps de travail et l’organisateur de hameaux destinés à tester ses théories. De Fruit Hills (1845–1852), le père du communisme libertaire américain Orson Murray lance le premier journal de la presse marginale, le Regenerator. Riches de toutes les nuances du communisme, ces tentatives de fuite de la pyramide sociale hiérarchique ne s’interrompent que pendant les périodes de guerre, civile ou mondiale. « Si l’on avance avec assurance en direction de ses rêves et que l’on s’efforce de vivre la vie qu’on a imaginée, on rencontrera un succès auquel, dans les heures les plus ordinaires, on ne se serait pas attendu. » Cet enseignement de Henry David Thoreau (1817–1861), héros de la désobéissance civique qui inspira Gandhi et Martin Luther King, ne fut pas oublié par les nouvelles générations. Dans les années soixante, les communautés ressurgissent, mais, loin de la tolérance des débuts, leur remise en cause de l’idéologie du travail, du mode de vie américain et la contestation de la guerre du Viêt-Nam, se heurte a une marginalisation organisée par le pouvoir qui ne parvient pas à les éradiquer. L’auteur double son étude d’historien de réflexions philosophiques et sociologiques sur le sens de l’utopie – ce mot pouvant s’interpréter comme « espace de bonheur » ou « nulle part ». L’universitaire y voit un phénomène inscrit dans le réel, porteur d’ouverture et de création, une alternative à la maîtrise du temps transformé en marchandise par le capitalisme, des usages établis et des multiples choix possibles de l’agencement social. La durée, généralement éphémère, de ces laboratoires de l’utopie ne s’analyse pas là comme un échec mais en termes d’influence et de conséquences. L’impact des minorités a depuis toujours déterminé un rapport de force favorable. Malgré une autarcie totale illusoire et, selon certains, l’abandon des actions de masse, Ronald Creagh y voit la démonstration que « d’autres mondes sont possibles, ils existent déjà », (« Écologistes et libertaires », Le Sarkophage, n° 16, 16 janvier 2010). HF
Courant alternatif,
mai 2010
Compte-rendu
C’est d’abord en historien que Ronald Creagh explore dans ce livre l’univers des utopies vécues, les « communautés intentionnelles », aux États-Unis. Il met au jour l’atavisme américain de ces expériences, en retraçant leur généalogie pratique et intellectuelle. Le lecteur français, pétri de jacobinisme et de laïcité, découvre avec intérêt leurs racines religieuses et anti-étatiques.Creagh croise les portraits de personnages hauts en couleur, propagateurs d’idées et d’idéaux, expérimentateurs en série, avec la chronique de nombreuses expériences communautaires au long des deux derniers siècles. On n’y trouvera pas un mode d’emploi pour réussir « son » utopie, mais… bien plus intéressant ! Des récits courts et vivants, qui éclairent les points saillants de chaque communauté, son éclosion, sa composition, ses modalités de fonctionnement et de relation à l’extérieur, ses faiblesses, … Entre histoire et sociologie, l’étude est en première approche d’une facture assez classique, ce qui n’amoindrit en rien son grand intérêt ni la fluidité de la lecture. L’auteur la transperce, par endroits, de lumineuses réflexions sur le pouvoir libérateur et subversif de ces expériences communautaires. Il montre comment s’y invente et s’y construit une autre perception du temps, hors de la linéarité du « progrès », qui n’est que « la forme d’innovation qui correspond aux intérêts des couches dirigeantes ». De la gangue de l’histoire, Ronald Creagh extrait ainsi le sens profond de l’utopie vécue « explorer le présent pour l’infléchir vers des possibles interdits mais virtuels ». Xavier Rabilloud
S!lence n° 378,
avril 2010
« Ronald Creagh, universitaire auteur de plusieurs ouvrages sur l'anarchisme…»
Ronald Creagh, universitaire auteur de plusieurs ouvrages sur l’anarchisme et sur les Français aux Etats-Unis, en plus d’être un collaborateur régulier de la revue Réfractions, propose avec ce livre une réédition enrichie de son étude sortie en 1983, tenant compte des réalités postérieures à la décennie des sixties. Son propos est centré sur ce qu’il appelle joliment des « oasis d’humanité » (p.11), ces tentatives de communautés visant à l’émancipation, menées par divers individus et collectifs à compter de la première moitié du XIXe siècle, qui ont encore beaucoup à nous apporter, selon lui, dans la mesure où « l’utopie écrite est devancée par l’utopie vécue » (p.22)1. Son choix se porte donc sur des expériences ayant en commun la remise en cause du système capitaliste et des croyances fondamentales, une force créative tournée vers le présent. Pas de tableau détaillé et complet pour autant, Ronald Creagh préfère mettre l’accent sur certains exemples qu’il juge particulièrement notables, écartant par exemple les tentatives de Robert Owen (New Harmony, seulement rapidement citée) et Cabet. Il montre en tout cas bien que les premières tentatives de communautés sont profondément ancrées dans la mentalité étatsunienne en formation, avec un « communisme en survêtement théologique » (p.52), une recherche fréquente de lien avec la nature et un accent mis sur le respect de l’individu. Ainsi des initiatives de Josiah Warren, figure importante de l’anarchisme américain, Utopia ou Modern Times, au milieu du XIXe, basées sur l’échange réciproque de travail. Ces deux exemples prouvent d’ailleurs qu’au-delà des échecs fréquents de ces expérimentations pour diverses raisons (mésententes, étranglement financier, difficultés naturelles, répression…), certaines sont couronnées d’un indéniable succès, anticipant sur les expériences contemporaines des SEL, par exemple. Pour la première moitié du XXe siècle, Ronald Creagh s’arrête principalement sur l’école de Stelton, une « école moderne » du réseau Ferrer ayant fonctionné environ trente ans, de 1910 à 1940, cadre de réflexion sur l’anti-pédagogie (non sans une certaine part d’idéalisme) autour duquel une colonie cosmopolite se développa. On passe ensuite aux années 1960, avec des communautés moins stables, concernant surtout les blancs des classes moyennes, visant un retour vers la nature et une contestation essentiellement culturelle. Parmi les quelques cas évoqués, on retiendra en particulier les communautés lesbiennes. Depuis, Ronald Creagh constate une diversification considérable des expériences, ainsi de celles de la Fédération des communautés égalitaires, ainsi qu’une connexion plus étroite avec le mouvement social et les « nouveaux militants »2 (voir le livre éponyme, chroniqué sur ce site). Les nombreux développements ou analyses que l’auteur fait ont certes le mérite d’installer un contexte pas toujours bien maîtrisé de ce côté ci de l’Atlantique et d’offrir un tableau partiel de l’anarchisme étatsunien (tout comme le riche glossaire), mais au risque de s’éloigner des exemples plus concrets et de générer une relative frustration face au caractère parcellaire du livre. 1 C’est ainsi qu’il retourne la critique du caractère éphémère de ces milieux libres en arguant de sa nécessité afin de ne pas verser dans un immobilisme fort peu révolutionnaire. Il estime même que l’utopie est consubstantielle à la nature et à son fonctionnement, effectuant un parallèle avec la théorie du chaos, alors qu’il nous semble plutôt que l’utopie soit humaine par nature. 2 L’inclusion du principe de l’écovillage dans ces expérimentations contemporaines a toutefois de quoi surprendre, dans la mesure où il est souvent instrumentalisé par le capitalisme désireux de s’offrir un lifting écolo. Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences.net,
janvier 2010
« Ronald Creagh revient sur les différentes expériences communautaires aux USA… »
Dans Utopies américaines, Ronald Creagh revient sur les différentes expériences communautaires aux USA, sur deux siècles, des quackers les plus radicaux aux hippies…L’ouvrage, qui est une forme actualisée d’une première version écrite en 1983, a pour thèse qu’il existe un communisme libertaire spécifiquement américain, dont les différentes expériences communautaires sont l’expression. Il met ainsi en lien 150 ans d’expériences diverses à l’échelle d’un continent. Ronald Creagh commence par les expériences utopiques à partir des années 1820 qui vont de pair avec l’essor du socialisme utopique popularisé par exemple par Owen ou Fourier. Dans cette phase, ce sont des expériences ayant vocation à créer l’embryon de la société future, parfois organisée avec des règles loufoques, comme le spiritisme obligatoire dans certaines communautés. La plupart de ces communautés ne tiennent que peu de temps avant de disparaitre. La deuxième grande vague d’expériences communautaires est celle liée au mouvement anarchiste naissant au tournant du siècle. Ces expériences, souvent appelées milieux libres sont directement liées au milieu ouvrier et plus souvent urbaines. Elles ont pour objectif, en parallèle avec le combat politique, de créer les conditions pour que les individus s’émancipent réellement, en commençant par l’éducation. Ces milieux connaitront les mêmes fortunes que le mouvement anarchiste américain, plus ou moins détruit par la répression vers 1920. La troisième grande vague d’expérience est celle liée au mouvement hippie : à la fin des années 60 plus de 3000 communautés sont recensées. Celles-ci se caractérisent par leur petite taille, leurs ambitions limitées et leur refus du rationalisme de la société de consommation. Après cette période, l’auteur s’intéresse aux communautés des années 80, mélange entre idéaux hippies et anarchistes. Après ce vaste tableau de pages d’histoires oubliées, Creagh s’intéresse à la notion d’utopie. Il revient sur la différence tranchée entre socialisme utopique et scientifique. Selon lui, l’utopie n’est pas que du socialisme idéaliste à opposer aux vraies luttes du prolétariat. Il voit plutôt l’utopie comme ayant un intérêt à cause de son caractère mythique, d’exemple préfigurant un projet de société. Il argumente avec raison que l’adhésion à un projet de société ne se fait pas que sur des arguments rationnels mais aussi grâce à sa capacité à toucher les aspirations profondes de l’être humain. Par ailleurs, il souligne que les deux grands systèmes politiques du XXe siècle se sont appuyés sur des utopies (le rêve américain et le socialisme réel de la patrie des travailleurs). Si je ne suis pas sûr de partager toutes ces opinions, ce livre est intéressant pour l’ éclairage nouveau qu’il apporte sur la nature de l’utopie et pour les belles pages d’histoire qu’il tire de l’oubli. Matthijs (AL Montpellier)
Alternative Libertaire n°190,
décembre 2009
Compte-rendu
Spécialisate de l’histoire de l’anarchisme aux États-Unis, l’auteur dresse un vaste panorama des tentatives expérimentées durant près de deux siècles pour vivre au quotidien suivant une autre logique que celle de la société dominante, du voyage du socialiste gallois Robert Owen en 1825 aux communautés actuelles. Si, pendant longtemps, ces expériences ont été marquées du sceau de la marginalité et se sont heurtées à la méfiance, sinon à l’hostilité des majorités silencieuses, aujourd’hui les communautés utopiques préfigurent souvent des évolutions souhaitées voire attendues par un public qui les dépasse largement, notamment dans le domaine de la défense de l’environnement. Présenter cette somme impressionnante d’expériences permet aussi d’en finir avec quelques débats biaisés sur les moyens d’un changement social radical et de démontrer qu’elles participent d’une lutte globale contre un système conçu comme un bloc et qu’il faut donc attaquer de toutes parts…
Offensive,
décembre 2009
« Vénérable et malicieux spécialiste des poils à gratter… »
Ronald Creagh, vénérable et malicieux spécialiste des poils à gratter logés dans l’épais cuir américain, est l’auteur d’ouvrages tels que L’Affaire Sacco et Vanzetti ou Nos Cousins d’Amérique, Histoire des Français aux Etats-Unis. Il vient de terminer la réédition, chez Agone, de son Laboratoires de l’Utopie, les communautés libertaires aux États-Unis. A présent, cela s’appelle Utopies américaines. Expériences libertaires du XIXe siècle à nos jours (24 euros). Lire l’article sur Divergences Nestor Potkine
Divergences,
15/11/2009
« Ils font des erreurs, ils commettent des fautes, mais ils animent des chantiers d’émancipation »
Comme je m’efforce de toujours suivre les conseils de Mafalda, j’ai songé qu’il serait judicieux, sur ses recommandations avisées, de me lancer dans la lecture de l’ouvrage de Ronald Creagh (Utopies américaines, Agone, 2009, voir billet précédent). Les microsociétés “utopiennes” que retient Creagh pour cette analyse recoupent uniquement celles qui développent des “imaginaires subversifs” et des “pratiques communautaires émancipatrices”, autant de manifestations récurrentes d’une aire culturelle libertaire ou anarchiste. Lire sur Paris 3 social Club Miss Bretzel
Paris 3 social Club,
07/11/2009
Compte-rendu
Les utopistes anarchistes ou socialistes ont également été tentés outre-Atlantique par l’expérience du retour à la terre. Ronald Creagh, professeur émérite à l’université de Montpellier, en avait déjà fait un livre en 1983.Cette réédition le prolonge. Ce spécialiste de l’anarchisme remonte ainsi aux premières expériences de communautés au XIXe siècle, comme celle de Skaneateles dans l’État de New York qui se voulait communiste et était dirigée par un homme, Collins, aux opinions anarchistes et religieuses. À cette époque plusieurs communautés, dont certaines étaient inspirées par le spiritisme ou le végétarisme et d’autres très en avance sur la défense de l’environnement, vont naître et bien vite mourir. Ronald Creagh explore quelques-unes de ces utopies avant de revenir vers Thoreau et sa désobéissance civique et Josiah Warren, oublié de l’histoire alors qu’il fut aussi un insoumis et un révolutionnaire pacifique important dans le mouvement américain. Chronologiquement, l’auteur avance jusqu’à la naissance de l’anti-pédagogie et aux expériences de Ferrer. Le lecteur novice trouvera sûrement plus de liens avec sa propre histoire dans les sixties qui virent une explosion inégalée de communautés sur le territoire nord-américain : elles naissent par milliers, attirent des jeunes refusant la guerre du Vietnam et la société de consommation. D’après Creagh, il n’y aurait aucun rapport entre l’économie et la création de ces micro-sociétés. Leur maintien serait dû à une recherche du consensus, une entente cordiale qui semble difficile à trouver. Ronald Creagh ne donne pas de réponse sur le « succès » de ces expériences, se bornant à constater qu’au sein même du mouvement anarchiste, certains n’auraient pour rien au monde quitté les villes. Et au NPA ? Christophe Goby
Tout est à nous,
02/11/2009
Zoom sur les utopies libertaires américaines
Sociologue et historien, professeur émérite de civilisation américaine à l’université Paul-Valéry de Montpellier, animateur du site Recherche sur l’anarchisme, Ronald Creagh vient de publier avec Utopies américaines un livre qui met en lumière les expériences libertaires qui ont tourné le dos à l’American way of life depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours. La couverture du livre donne le ton. Elle reproduit un instantané daté de 1971 du photographe libertaire Henri Cartier-Bresson : une communauté installée au Nouveau-Mexique. Ronald Creagh remonte bien plus loin dans le temps pour nous parler des communautés « utopistes » qui ont vu le jour aux États-Unis entre 1825 et maintenant. Inspirées par le socialiste gallois Robert Owen, héritières de la pensée du philosophe français Charles Fourier, issues de mouvements religieux qui prirent le célèbre Aimez-vous les uns les autres au pied de la lettre, partisanes du Devoir de désobéissance civique formulé par le poète Henry-David Thoreau, lectrices d’Élisée Reclus, de Michel Bakounine ou de Pierre Kropotkine, sympathisantes des luttes d’Emma Goldman, convaincues par les principes pédagogiques de l’École moderne de Francisco Ferrer…, les communautés libertaires ont prospéré avec plus ou moins de bonheur en Amérique bien avant l’avènement du mouvement hippie et du « flower power » qui a fait les choux gras de la presse à sensation. On trouve toutes sortes de trajectoires dans ces microsociétés qui durèrent quelques mois ou plusieurs années. Les milieux libres américains, véritables laboratoires sociaux, se sont nourris de mille apports. Les pionniers utopistes furent anti-esclavagistes, pacifistes, féministes, végétariens, non violents, partageux, spirites, partisans de l’amour libre et du contrôle des naissances, égalitaires, libres penseurs, naturistes, coopératifs, espérantistes… Une infinie variété d’expériences a marqué ces communes libres sans dieu ni gourou où la démocratie directe prenait corps, où le « communisme » ne broyait pas l’individu. Sans angélisme, Ronald Creagh commente la vie (et parfois la mort) des communautés aux prises avec des réalités impitoyables. Le froid, la faim, les maladies, la répression, l’hostilité des médias et du voisinage, les dissensions internes… planaient sur les projets comme des oiseaux de proie. Malgré l’adversité, renforcées par l’arrivée de militants européens, des associations libres devinrent quelquefois de vraies petites villes avec écoles, orchestres, équipes de baseball, journaux, bibliothèques. L’une d’elles avait même une flotte de barques. Chapitre après chapitre, Ronald Creagh remonte le temps des collectifs affinitaires, urbains ou ruraux, en soulignant bien les dimensions sociologiques des époques, des lieux, des hommes et des femmes qui ont vu et vécu le monde autrement. Une quarantaine de projets associés à la galaxie libertaire, depuis 1816 à 2005, sont mentionnés. Certaines communautés underground créées en 1967 et après, fédérées ou non, sont toujours bien vivantes en Virginie, dans le Missouri, dans l’Oregon, en Caroline du Nord ou à Washington. Chacune contribue à sa manière à l’essor des réflexions libertaires et de la « contre-culture ». Ici des féministes lesbiennes, là des écolos non-violents, ailleurs des militants sociaux engagés dans l’aide alimentaire, le commerce équitable, la santé des femmes ou des réseaux d’avocats, des antimilitaristes, des collectifs de solidarité avec les soldats gravement blessés, des comités de soutien aux prisonniers, des anarcho-punks… et même des anarcho-chrétiens. Ouverts sur l’inconnu et l’imprévu, les modes de fonctionnement sont divers. Toutes les communautés bannissent bien entendu le patriarcat et instaurent l’égalité entre toutes et tous. Pas de directeur ni de leader. On opte pour la rotation des tâches et des responsables. Les décisions sont prises au consensus. De nouveaux rapports à la famille, à la propriété, à l’argent et au travail sont inventés. L’alcool et le tabac ne sont pas toujours bien vus. Les drogues sont souvent interdites. On prend les repas en commun ou pas. On recherche une vie plus naturelle. On est généralement végétariens. Antinucléaires, on milite pour le solaire et l’éolien. On agit pour une éducation nouvelle et émancipatrice. On se sert d’Internet pour diffuser ses idées à grande échelle. L’étude s’ouvre sur une rencontre avec le Collectif A Go-Go, une communauté punk installée dans le Massachussets, à Worcester. Ce qui n’est pas un détail. C’est là en effet que fut lue pour la première fois en public la Déclaration d’indépendance, là aussi que fut impulsé le mouvement des suffragettes et l’abolitionnisme, là encore qu’Emma Goldman et Alexander Berkman vendirent des glaces, là où vécu le yippie Abbie Hoffman… L’histoire se poursuit donc, ici et ailleurs, avec des gens qui ne se limitent pas à proclamer que d’autres mondes sont possibles. Les autres univers sont déjà là, sous de multiples facettes, pour conjuguer utopie et émancipation sociale. Bien organisé, enrichi d’un glossaire, d’index et d’une imposante bibliographie, ce livre est indispensable pour dire ou rappeler qu’une autre Amérique, celle que l’on aime, existe. Pour visiter le site-forum Recherche sur l’anarchisme animé par Ronald Creagh Paco
Le Mague,
25/10/2009
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