Parution : 16/09/2010
ISBN : 978-2-7489-0129-0 96 pages 12 x 19,5 cm 10.00 euros |
Howard Zinn
Karl Marx, le retour
Pièce historique en un acte
Préface de l’auteur
Traduit de l’anglais par Thierry Discepolo Connaissez-vous cet épisode merveilleux de l’histoire de l’humanité, la Commune de Paris ?… Les gens étaient réunis vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans toute la ville, par groupes de trois ou quatre, prenaient les décisions ensemble pendant que la ville était encerclée par les armées françaises, menaçant de les envahir à tout moment… Voilà la véritable démocratie ! Pas les démocraties anglaises ou américaines, où les élections ne sont que du cirque, où, quel que soit le candidat qui gagne, les riches continuent de diriger le pays… La Commune de Paris ne vécut que quelques mois. Mais elle fut la première assemblée législative de l’histoire à représenter les pauvres. Ses membres refusèrent des salaires supérieurs à ceux des ouvriers. Ils réduisirent les horaires des boulangers. Et ils réfléchirent au moyen de rendre les théâtres gratuits… « Je voulais montrer un Marx furieux, truculent et bien vivant ; le sauver non seulement des pseudo-communistes mais aussi des essayistes et des politiciens qui s’extasient devant le triomphe du capitalisme. » Howard Zinn (1922–2010) a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University, où il était professeur émérite. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages dont Une histoire populaire des États-Unis) est essentiellement consacrée à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine. Extrait de la préface J’ai écrit cette pièce à une période où l’effondrement de l’Union soviétique générait une liesse presque universelle : non seulement l’« ennemi » était mort mais les idées du marxisme étaient discréditées. […] Je voulais montrer Marx furieux que ses conceptions eussent été déformées jusqu’à s’identifier aux cruautés staliniennes. Je pensais nécessaire de sauver Marx non seulement de ces pseudo-communistes qui avaient installé l’empire de la répression mais aussi de ces écrivains et politiciens de l’Ouest qui s’extasiaient désormais sur le triomphe du capitalisme. Je souhaite que cette pièce n’éclaire pas seulement Marx et son temps mais également notre époque et la place que nous y tenons. Extrait Ils prétendent que, du fait de l’effondrement de l’Union soviétique, le communisme est mort. (Il secoue la tête.) Ces imbéciles savent-ils seulement ce qu’est le communisme ? Pensent-ils qu’un système mené par une brute qui assassine ses compagnons de révolution est communiste ? Scheissköpfe !… |
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SUR LES ONDES
• France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA Histoire populaire des USA (10 décembre 2003, rediffusion janvier 2010) • Radio Grenouille (88.8 FM) – Sans actes de désobéissance civile, Obama ne mènera pas de politique de gauche, série d’entretiens avec Howard Zinn (du 20 au 22 janvier 2009, rediffusion du 4 au 6 février 2010) • France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA Howard Zinn – 1 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008) • France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA Howard Zinn – 2 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008) Revue de presse
> voir la revue de presse autour du spectacle Karl Marx, le retour adaptée par la compagnie Archipel en 2010
Compagnie Archipel
2010
Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre
Retranscription de l’intervention d’Howard Zinn à la librairie Quilombo le mardi 2 juin 2009.> lire en ligne sur le site Article XI Lémi et JBB
Article XI,
05/06/2009
L'Amérique en son miroir brisé
Entretien avec Howard Zinn, spécialiste des sciences politiques et historien. A 86 ans, ce professeur à la retraite de l’université de Boston ne cesse d’explorer, dans ses écrits, la part la plus sombre de la mémoire de l’Amérique. Fidèle à ses idées de gauche, Howard Zinn a été aussi l’une des figures du mouvement des droits civiques. La littérature américaine contemporaine témoigne du délabrement du système néolibéral, en montrant l’affliction de ses vainqueurs – comme l’a récemment fait Jonathan Franzen dans Les Corrections – et le dénuement de ses vaincus, à l’instar de Russell Banks dans Trailerpark. Pourtant, si cette littérature reflète les défauts et injustices de la société américaine, elle ne s’aventure guère à la remettre en cause dans son ensemble. Un «miroir que l’on promène le long d’un chemin», pour reprendre et étendre la métaphore stendhalienne? Oui, mais un miroir brisé. «Le reflet d’une Amérique fragmentée», telle que la voit le spécialiste des sciences politiques et historien Howard Zinn, 86 ans. Un témoin d’exception. Vous avez écrit la postface d’American Protest Literature, somme dirigée par Zoe Trodd sur l’histoire de la littérature contestataire américaine. Quelles formes adopte aujourd’hui cette littérature ? Curieusement, les écrivains témoignent des injustices aux États-Unis, mais rechignent à remettre en cause le système qui les a causées… Pourquoi ? La littérature américaine semble tout compte fait fragmentée. Jay McInerney écrit sur Manhattan, les écrivains noirs s’intéressent pour la plupart à leur communauté, Martin Espada, que vous citiez, se penche sur le sort fait aux Hispaniques… Le succès de votre Histoire populaire ne montre-t-il pas cependant que de nombreux lecteurs sont prêts à accueillir des idées politiques concernant les États-Unis dans leur ensemble ? Tout comme le succès des fictions de Toni Morrison, qui dépasse largement le cadre communautaire ? Justement. Vous-même avez écrit deux pièces politiques, En suivant Emma et Karl Marx, le retour. Comment réagit le public américain lorsqu’on l’entraîne ainsi dans le champ d’idées longtemps perçues comme anti-américaines ? La littérature américaine s’intéresse beaucoup à la population étudiante, au point que le « campus novel » (roman de campus) est devenu un genre littéraire, dont Moi, Charlotte Simmons, de Tom Wolfe, ou le récent Guerre à Harvard, de Nick McDonell, représentent l’acmé. Ces romans montrent une jeunesse indifférente à tout, sauf à elle-même. Vous qui l’avez côtoyée, partagez-vous cette vision ? Vous avez comparé les effets de l’art sur le gouvernement Bush au travail de l’érosion sur la roche. Avec trois mois de recul, l’élection de Barack Obama peut-elle être interprétée comme une victoire de la communauté artistique ? ——— 1 Synonyme de chauvinisme patriotique, ce terme apparaît en 1878, au moment d’une grave crise en Orient, et désigne alors les bellicistes. Propos recueillis par Alexis Brocas
Le magazine littéraire,
janvier 2009
« Les Etats-Unis reconnaissent enfin qu'ils sont une société multiculturelle »
> lire en ligne l’entretien d’Howard Zinn à propos des élections américaines
Martine Laval
Télérama,
22/10/2008
« Mes chers concitoyens »
> à lire en ligne sur le blog de Martine Laval
Martine Laval
Télérama,
22/10/2008
Marx, envoyé de Dieu
« Ok, ok, tu peux y aller, mais pas d’agitation ! » Monsieur Karl Marx, né en 1818, décédé en 1883, a enfin obtenu une autorisation spéciale du paradis : revenir sur Terre – une heure, pas plus – afin de donner une ultime leçon de philosophie. Mais l’administration – un peu bordélique, un peu paresseuse, même aux cieux – cafouille, et Marx atterrit non pas dans le Soho londonien, où il avait trouvé refuge, mais dans le Soho new-yorkais. Damned ! Aux States, le pays du libéralisme le plus forcené, son ennemi de toujours ! Karl, fin orateur, ne se démonte pas. Avec bonhomie, il salue son auditoire, « vous vous demandez sans doute comment je suis arrivé jusqu’ici – il sourit avec malice –, les transports en commun ! » et se met tout de go à l’apostropher : « J’ai lu vos journaux. Ils proclament tous que mes idées sont mortes ! Mais il n’y a là rien de nouveau. Ces clowns le répètent depuis plus d’un siècle. […] J’ai vu les luxueuses publicités dans vos magazines et sur vos écrans (il soupire). Oui, tous ces écrans avec toutes ces images. Vous voyez tant de choses et vous en savez si peu. Personne ne lit-il l’Histoire ? Quel genre de merde enseigne-t-on dans les écoles par les temps qui courent ? »
Karl Marx, le retour est une farce. Truculente. Truffée de bons mots et de bonnes idées – irréductibles, liberté, égalité, fraternité. Un joyeux monologue où le père du Capital devient personnage de fiction. Il se raconte sans s’essouffler. Et tout y passe, sa famille, l’exil, la dèche, l’amitié, ses engueulades avec ce pique–assiette de Bakounine, la Commune de Paris, la folie de croire aux lendemains qui chantent : « J’avais tort en 1848, quand je pensais que le capitalisme était sur le déclin. Mon calcul était un peu en avance. Peut-être de deux cents ans (il sourit). » Ce texte joué dans plusieurs théâtres aux États-Unis – on rêve de le voir en France – n’est évidemment pas qu’une fantaisie. Son auteur, l’historien Howard Zinn, s’en explique dans une préface émouvante : « Je voulais montrer un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées jusqu’à être identifiées aux cruautés staliniennes […]. Montrer que la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie. » Mission accomplie. Zinn a écrit ce texte en 1999, et les quelques vérités qu’il énonce résonnent étrangement aujourd’hui : « La guerre pour soutenir l’industrie, pour rendre les gens tellement fous de patriotisme qu’ils en oublient leur misère. Des fanatiques religieux pour promettre aux masses que Jésus va revenir. Je connais Jésus. Il n’est pas prêt de revenir… » Avec un vrai talent de dialoguiste, l’historien donne chair à son personnage, ce bon vieux Karl, quelque peu malmené par une épouse vache mais charmante : « Engels et toi, disait–elle, vous écrivez sur l’égalité des sexes, mais vous ne la pratiquez guère. » Vlan ! Humour et politique font ici bon ménage. Et même déménagent : Karl Marx, le retour, ou l’antidote à la résignation. Martine Laval
Télérama,
26/06/2004
Compte-rendu
Cette courte pièce de théâtre qui prend la forme d’un monologue de Karl Marx, est des plus réjouissantes. Écrite par un professeur d’université américain qui a ainsi voulu montrer que « la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie », ce livre met en scène le célèbre révolutionnaire qu’un cafouillage bureaucratique renvoie de nos jours dans le quartier Soho… de New York.
Ce retour devient prétexte à une présentation de la vie personnelle, intellectuelle et militante de Marx. Le tableau qu’il nous fait de ses conditions de vie londonienne est des plus difficiles : dans le plus extrême dénuement et grâce à l’aide de ses amis dont Engels, il poursuit son travail d’étude du capitalisme, passant quelques moments de bonheur en compagnie de sa famille dont il nous brosse un portrait plein d’humanité et de chaleur. Les premiers engagements de sa fille Eleanor ainsi que les polémiques familiales sont d’ailleurs des plus drôles. Ses débats avec d’autres sont aussi évoqués comme avec Proudhon qui « ne comprenait pas que l’on devait remercier le capitalisme pour avoir développé des industries géantes, dont il nous fallait aujourd’hui prendre le contrôle » ou Bakhounine dont Marx dit que « si un écrivain inventait un tel personnage, on dirait que ce n’est pas réaliste ». Marx ne peut passer sous silence l’expérience des pays de l’Est ainsi que leurs chutes en parlant des révolutions qui portent au pouvoir des dogmatiques qui « organiseront un nouveau clergé, une nouvelle hiérarchie, avec des excommunications et des mises à l’index, des inquisitions et des pelotons d’exécution ». Mais ses critiques les plus vives sont adressées au capitalisme dont il mesure l’évolution de son époque jusqu’à aujourd’hui, un système qui « creuse sa propre tombe » et dont « l’insatiable appétit de profit -encore ! encore ! encore !- engendre un monde chaos ». Mais « tout cela n’est pas inéluctable. Il y a toujours un choix possible (…) : l’utilisation des richesses incroyables de la terre par les êtres humains », ce qu’il appelle le socialisme. Au fil des pages, c’est l’humanité, les colères, l’entrain et la truculence d’un Marx bien vivant que l’auteur nous invite à partager. De quoi introduire de nouveaux lecteurs à l’œuvre incontournable et plus que jamais essentielle du révolutionnaire, et aux autres de passer un bon moment en compagnie d’un homme de caractère, bon vivant, fin polémiste et définitivement révolté. Emmanuel Yanne
Lettre Rouge (de la LCR 33),
[Date inconnue]
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