Parution : 23/10/2009
ISBN : 978-2-7489-0112-2 480 pages 11 x 17 cm 18.00 euros |
Raphaël Granvaud
Que fait l’armée française en Afrique ?
Préface d’Odile Tobner-Biyidi
Que fait l’armée française en Afrique ? Et de quel droit s’y trouve-t-elle encore aujourd’hui ? Si l’on en croit les discours officiels, elle n’y aurait plus depuis longtemps que des missions humanitaires et de maintien de la paix. La page du néocolonialisme et de la Françafrique aurait été tournée en même temps que finissait la guerre froide.
Ce « Dossier noir » examine, à travers de nombreux exemples concrets, la réalité de cette présence depuis deux décennies. Après un retour sur le dispositif néocolonial mis en place au lendemain des indépendances, il analyse – notamment à travers les conflits en Côte d’Ivoire ou au Tchad – les interventions militaires censées illustrer la « nouvelle » politique africaine de la France. Entre héritage colonial et stratégies pour s’adapter à l’évolution des rapports de force internationaux, cette politique n’a jamais cessé d’être criminelle. Membre de l’association Survie, Raphaël Granvaud est également l’un des rédacteurs de Billets d’Afrique, bulletin mensuel d’information alternative sur les avatars de la politique africaine de la France. Il a écrit notamment Areva en Afrique (Agone, 2012).
La portée du soutien stratégique français au Tchad ne doit pas être sous-estimée. Des dizaines de milliers d’habitants terrorisés ont dû fuir N’Djamena et, sitôt les rebelles mis en échec, Idriss Déby en a profité pour tenter de liquider son opposition démocratique, avec la complicité des autorités françaises. Tandis que l’armée semait la terreur parmi la population, ceux des opposants ou des défenseurs des droits humains qui n’ont pas été arrêtés ont été contraints à la clandestinité. Les arrestations auraient été décidées après que l’armée française ait fourni au dictateur des informations selon lesquelles il y aurait eu des contacts entre les rebelles et les opposants.
Alors que Déby décrétait le couvre-feu, Amnesty international dénonçait des tueries extra-judiciaires, parfois sur des bases ethniques, ainsi que les arrestations de militants et de journalistes. Mais Bernard Kouchner ne voyait aucun inconvénient à tenir une conférence de presse commune avec les ministres tchadiens en visite en Europe. Puis Nicolas Sarkozy s’est rendu au Tchad, où il appelle l’« opposition tchadienne à prendre ses responsabilités »… Enfin, Bernard Kouchner s’est contenté de déclarer : « Entre le président de la République Idriss Déby Itno et la France et entre moi-même et le chef de l’État Déby, les choses sont simples. » Simples, mais pas rassurantes… |
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Le "Dossier noir" de l'armée française en Afrique
Que fait l’armée française en Afrique ?1, c’est le titre du dernier “Dossier noir” de l’association Survie paru aux éditions Agone. Un dossier on ne peut plus actuel en cette année de commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines. Rencontre avec son auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées dans ce dossier. La troisième partie de votre livre s’intitule “la réhabilitation du colonial”, j’ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne savais pas que l’armée française, du moins les forces spéciales opérant en Afrique, étaient travaillées à ce point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s’il ne faut pas voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation de puissance. Comme si la France n’avait toujours pas digéré les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer à être une “plus grande France” (formule qui désignait l’empire français)… ———————— 1 Que fait l’armée française en Afrique ?, Editions Agone, oct. 2009. 2 cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959–1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions La Découverte, 2007. 3 Cameroun, Autopsie d’une indépendance, réalisation Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52’, production : France 5 / Program 33, 2007. Quelques références : État d’anarchie (rapport Human Rights Watch sur la RCA) Cameroun : retour sur une décolonisation sanglante Où est le “centre” de l’Afrique ? Marchés militaires et économie de la prédation, des pays du lac Tchad et du Soudan occidental au Golfe de Guinée. Cinquante ans de décolonisation africaine > Lire l’article sur le site d’Africultures Dénètem Touam Bona
Africultures,
Avril 2010
Interview
Que fait l’armée française en Afrique ? De quel droit s’y trouve-t-elle encore aujourd’hui ? Si l’on en croit les discours officiels, elle n’y aurait plus depuis longtemps que des missions humanitaires et de maintien de la paix. Vraiment ? Silence a rencontré Raphaël Granvaud, militant de l’association Survie et auteur d’un ouvrage publié récemment, Que fait l’armée française en Afrique ? Silence : Combien de soldats français opèrent actuellement en Afrique ? Raphaël Granvaud : Officiellement un peu moins de 5 000 hommes dans les bases militaires et un peu plus de 3 000 hommes en opération, sans doute un peu plus. Compte tenu du matériel dont ils disposent, cela représente une force de premier plan en Afrique. Depuis quand et pourquoi l’Armée française est-elle en Afrique ? Cela remonte à la conquête coloniale. Celle-ci a donné naissance à des entités militaires particulières : l’Armée d’Afrique et l’Armée coloniale, qui acquièrent une importance considérable dans l’armée française et dans la société1. Dans les années 1960, l’armée française ne se retire pas d’Afrique. De Gaulle n’a accordé les indépendances qu’en contrepartie d’accords militaires, de coopération ou de défense qui garantissent à l’armée française le maintien de garnisons et une libre circulation en Afrique. Depuis les années 1960, le nombre de bases militaires françaises a fortement baissé. Il n’en reste officiellement plus que trois au Gabon, au Sénégal et à Djibouti. Mais parallèlement, les moyens de projection depuis la métropole ont été considérablement accrus, et ni le rythme ni le volume des interventions militaires n’ont diminué. Au total, plus de 50 interventions officielles depuis 1960, sans compter les opérations secrètes ou clandestines et les opérations officieuses sous-traitées à des mercenaires sous contrôle. Sous couvert d’humanitaire ou de protection des ressortissants, il s’agit toujours d’ingérence ou de défense des intérêts tricolores. Comment se comportent les troupes françaises, au quotidien, par rapport à la population ? Je ne voudrais pas avoir l’air de faire de généralisation abusive. Tous les militaires n’ont évidemment pas le même comportement. Mais il faut néanmoins noter qu’au mieux le paternalisme raciste semble la norme. Et surtout, si tous les militaires ne se livrent pas à des abus, ceux qui les commettent sont en revanche systématiquement couverts par l’institution militaire et ce sont ceux qui les dénoncent qui sont sanctionnés, car ils sont accusés de salir l’image et l’honneur de l’armée française. Ainsi, que l’on considère les viols commis contre les rescapés du génocide au Rwanda en 1994, les tortures pratiquées en 2003 en RDC sous les yeux effarés des soldats suédois présents aux côtés des français, les massacres gratuits de civils ivoiriens en novembre 2004, ou les meurtres « ordinaires », comme celui de l’affaire « Mahé », du nom de ce civil ivoirien exécuté en 2005 sur ordre de la hiérarchie militaire, c’est pour l’instant l’impunité qui est la règle. Quel a été le rôle de l’Armée française au Rwanda ? En Côte d’Ivoire ? Au Rwanda, l’armée française a soutenu militairement jusqu’au bout la dictature raciste de Juvénal Habyarimana tandis que celle-ci planifiait le génocide. Elle a formé les corps d’élite qui en seront le fer de lance. Une fois le génocide commencé, et même une fois celui-ci quasi achevé, elle n’a jamais cessé son soutien. Si l’on ne prend que les livraisons d’armes, c’est déjà, en droit international, constitutif de complicité de génocide. L’armée française a également exfiltré vers le Zaïre les troupes génocidaires alors qu’elles perdaient la guerre contre le Front patriotique rwandais pour leur permettre de préparer « la revanche ». C’était l’opération Turquoise. Quelles sont les évolutions depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir ? Elles sont faibles… D’un côté on continue à envoyer l’armée soutenir « nos » dictateurs au Tchad ou en Centrafrique quand c’est nécessaire, de l’autre on tente de ripoliner l’image de la France en Afrique. Ainsi on renégocie les accords de défense et on promet la transparence, mais l’Assemblée nationale sera simplement mise devant le fait accompli et on ne touche pas aux nombreux autres accords militaires secrets. Suite à la réforme constitutionnelle de l’été 2008, l’Assemblée dispose aussi d’un pouvoir de contrôle sur les interventions militaires : mais uniquement a posteriori pour le renouvellement des opérations de plus de quatre mois. Et encore, cette règle n’est même pas strictement appliquée et ne concerne que les interventions les plus volumineuses. À plus forte raison, les interventions secrètes des forces spéciales du COS[2] ou les opérations clandestines du service Action de la DGSE (services secrets), qui sont de véritables gardes prétoriennes à la discrétion de l’Elysée, ne sont pas concernées. Quoi qu’en disent certains, il n’y a aucune volonté de rupture avec l’impérialisme français en Afrique. 1 Cf De l’armée coloniale à l’armée néocoloniale, brochure de Raphael Granvaud, 2009, téléchargeable sur http://survie.org. 2 Commandement des Opérations Spéciales, troupe d’élite de plusieurs milliers d’hommes, contrôlée par l’Elysée. S!lence,
avril 2010
Compte-rendu
Que fait l’armée française en Afrique ? Question pertinente que tout citoyen français est en droit de se poser car il finance le coût de cette présence (100 000 € par heure). Collaborateur du Billets d’Afrique, bulletin mensuel de l’association Survie, l’auteur ne manque ni d’exemples, ni de chiffres pour sa démonstration. Il revient sur le dispositif néocolonial mis en place au lendemain des indépendances et dresse le bilan de l’activité de l’armée française en Afrique depuis la fin de la guerre froide. Les épisodes ivoiriens et tchadiens démontrent que rien n’a changé dans la politique africaine de la France sous couvert d’« opérations de maintien de la paix ». Le contrôle des richesses de ce continent est un enjeu stratégique que se disputent, plus que jamais, plusieurs pays dont la France. L’armée française en Afrique sert essentiellement les intérêts des multinationales, toujours promptes à mettre leurs bénéfices à l’abri dans les paradis fiscaux.
Altermondes,
mars 2010
Compte-rendu
« Que fait réellement l’armée française en Afrique ? Et de quel droit s’y trouve-t-elle encore aujourd’hui ? » Dès l’introduction, Raphaël Granvaud précise le double sens du titre interrogatif qu’il a donné à son ouvrage.
Cette petite somme (l’auteur, militant de Survie, a consulté de nombreux ouvrages, articles de presse, rapports d’Ong, de missions parlementaires, etc.), précise et bien écrite, met en lumière l’histoire cohérente d’une armée française qui n’a jamais réellement envisagé de quitter l’Afrique. Un continent nimbé d’un fort parfum de nostalgie coloniale et sur lequel tous les dirigeants de la Vème République lui ont confié la sauvegarde des intérêts économiques et stratégiques du pays. Y compris au prix du crime, qu’il s’agisse de l’accompagner ou, très souvent, d’y participer. L’ouvrage réduit en miette les raisons toujours servies depuis 30 ans lorsque nos fiers soldats se déploient en “opérations extérieures” : protéger les ressortissants français, apporter de l’aide humanitaire, éviter le chaos régional… Du Tchad au Rwanda, ils n’y sont presque jamais pour ça. Ce livre croule sous les exemples. Emmanuel Riondé
Regards,
janvier 2010
Vérité, histoire, démocratie - Trois grandes notions entachées d'imposture
Le livre de Raphaël Granvaud, Que fait l’armée française en Afrique, est une somme considérable et passionnante qui fait le point sur les crimes et complicité de génocide du pays des droits de l’homme au continent des «sauvages». Les informations sur ces crimes existent mais nombre d’universitaires continuent de ne pas les divulguer, travestissant ainsi l’histoire, manipulant des clichés racistes et cela afin de ne pas blesser un certain orgueil patriotique. Zibeline : Vous portez dans votre livre des accusations très graves contre l’armée française, lui reprochant de s’être rendue coupable, jusqu’à récemment, de crimes ou de complicité de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. Sur quoi ces accusations sont-elles fondées ? Raphaël Granvaud : Ces accusations correspondent à des définitions très précises en droit international et sont étayées par des rapports très sérieux de diverses ONG. Lorsque l’armée française tire sur des foules de manifestants ivoiriens désarmés en novembre 2004, quand elle cautionne le recrutement d’enfants soldats comme dans l’armée tchadienne qu’elle porte à bout de bras, lorsqu’elle encadre et supervise les opérations militaires d’une armée qui mène une politique de la terre brûlée contre une fraction de sa population, comme en République centrafricaine et qu’en plus elle tente de dissimuler ces crimes à l’opinion publique internationale, il s’agit bien de crimes ou de complicité de crimes de guerre. Sans parler bien sûr du Rwanda en 1994 où il y a eu complicité active, au sens juridique du terme, dans l’accomplissement du génocide des Tutsi. Sur le Rwanda, justement, certains font valoir qu’on se massacrait dans la même famille et qu’il s’agissait d’une affaire purement rwandaise. Comment la France est-elle complice ? Ce sont des personnes précises qui se sont rendues coupable de complicité de génocide, mais elles occupaient à l’époque le sommet de la hiérarchie politique et militaire, et elles engageaient donc l’État français. Pour faire court, disons simplement que livrer des armes aux génocidaires, pendant le génocide, relève au plan juridique de la complicité de génocide, crime également imprescriptible. Les faits que vous rapportez dans votre livre sont très largement ignorés de la population française. Comment est-ce possible à l’ère du « tout communication » ? Régis Vlachos
Zibeline,
décembre 2009
Afrique. Un continent sous « secret défense »
La politique africaine de la France demeure méconnue tant des représentations nationales concernées que des opinions publiques. Une tradition de la Ve République (et non la Constitution elle-même, comme le prétendent certains) en a fait une véritable chasse gardée élyséenne, rendant malséante la moindre curiosité, fût-elle parlementaire. Un exemple extrême : les « accords de défense » signés à la période des indépendances comportent des clauses secrètes, toujours ignorées cinquante ans plus tard des députés et sénateurs de notre pays, a fortiori des élus africains. Ce qui n’empêche de les évoquer comme autant de « sésames » pour telle ou telle intervention sur le terrain, de la destruction de la force aérienne ivoirienne en novembre 2004 au soutien confirmé par Nicolas Sarkozy à la dictature tchadienne menacée par des rébellions périodiques. Nul besoin de préciser le contenu des dites clauses, le « secret défense » permet d’opposer une fin de non-recevoir à toute demande d’investigation qui se ferait insistante. Ainsi la mission d’information parlementaire sur les responsabilités françaises dans le génocide rwandais de 1994 se vit-elle très officiellement refuser l’accès à un certain nombre de sources essentielles. Une chaîne de commandement courte relie directement la présidence française à la haute direction de l’armée, court-circuitant de fait la sphère politique. Elle fut mise en place au début des années soixante, lors de la vague d’indépendances ayant ponctué la fin de la guerre d’Algérie. C’est à décrypter sa logique bien particulière que s’emploie l’auteur de Que fait l’armée française en Afrique ? Un titre question qui doit s’entendre dans un double sens. Quelles actions mène-t-elle concrètement sur place (en 1994, peu de Français savaient que « nos » militaires étaient présents au Rwanda depuis déjà quatre années) ? De quel droit celles-ci sont-elles conduites et pour la promotion de quels intérêts ? Un ouvrage doublement de référence en quelque sorte.
Jean Chatain
L'Humanité,
10/12/2009
Sur l'échiquier continental
Est-elle si loin, l’époque de Kolwezi, quand la France parachutait la Légion sur le sud du Zaïre pour sauver un despote aux abois et affirmer la primauté de ses armes en Afrique francophone ?
C’était il y a 31 ans, et c’était la Guerre froide. Aujourd’hui que l’URSS ne menace plus son « pré carré », que fait l’armée française en Afrique ? C’est le thème – et le titre – du livre de Raphaël Granvaud. De l’armée coloniale à l’armée néo-coloniale, il étudie l’évolution du dispositif militaire français en Afrique, et le discours qui l’accompagne. L’avenir, c’est la sous-traitance, avec la formation d’armées supplétives. Quand ça ne marche pas, il reste toujours les bons vieux corps expéditionnaires (au Tchad ou en Centrafrique). Aucune puissance étrangère ne dispose d’autant de troupes prépositionnées sur le continent. Un des chapitres est consacré à la montée de l’influence chinoise et états-unienne sur le continent, qui perturbe le jeu habituel de la Françafrique. Les Chinois restent pour l’instant prudents. On apprend même que depuis l’an dernier Pékin et Washington négocient un deal pour éviter que le continent devienne un « front de conflit » entre eux. Un deal dont les États-Unis testent la résistance, en revanche, c’est celui passé avec la France. Même si les deux États restent fondamentalement alliés, c’est l’équilibre de l’alliance qui est sujet à un permanent rapport de forces. Ainsi Washington n’hésite plus à nouer directement des partenariats militaires avec des pays du « champ » français. Paris doit défendre son influence pied à pied, quitte à téléguider certains putschs. En août 2005 encore, Paris n’était pas mécontent de voir le dictateur mauritanien Ould Taya, trop proche de Washington, destitué au profit d’une junte militaire qui lui a aussitôt donné des gages de fidélités On ne plaisante pas avec la Françafrique… Guillaume Davranche
Alternative Libertaire n°188,
octobre 2009
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