Parution : 16/01/2003
ISBN : 2-7489-0010-3 192 pages 9 x 18 cm 11.00 euros
PDF 802.29 ko
6.00 euros |
François-Xavier Verschave - Arnaud Labrousse
Les Pillards de la forêt
Exploitations criminelles en Afrique
Le saccage des forêts primaires d’Afrique centrale est infiniment plus rapide et accompli que ne l’avouent les discours officiels des gouvernements africains et de leurs « bailleurs de fonds » occidentaux. Sous la pression des mouvements écologistes, les seconds ont fait adopter aux premiers des réglementations, souvent très élaborées, qui sont censées protéger l’écosystème, la biodiversité, et garantir le « développement durable ».
Le résultat est exactement inverse. Voici plusieurs études de cas assez exemplaires, où les opérateurs français occupent une place privilégiée. Pour comprendre comment s’organise ce pillage, il fallait analyser les agissements de nombreuses sociétés (Rougier, Bolloré, Thanry, Pallisco, etc.) ; décrypter les liens entre des acteurs de l’exploitation et les réseaux mafieux, entre des hommes politiques occidentaux tels que Foccart, Godfrain, Pasqua, Chirac et leurs homologues africains ; enfin, suivre l’argent du bois depuis la Banque mondiale jusqu’aux coffres des paradis fiscaux, depuis les ventes de grumes jusqu’aux trafics d’armes. Arnaud Labrousse est l’auteur du Silence de la forêt (L’Harmattan, 2000).
François-Xavier Verschave a écrit, entre autres, La Françafrique (Stock, 1998), Noir silence (Les Arènes, 2000) et L’Envers de la dette (Agone, 2002). |
|||||
![]()
Surnommé « le dernier empereur du Cameroun », Bolloré envoie ses tentacules tous azimuts. Son activité, traditionnellement centrée sur l’exploitation du bois, son transport (pour l’exportation) et les services connexes, est en train de s’étendre à la logistique du futur oléoduc Tchad-Cameroun, aux côtés du frère ennemi, Bouygues. « Sur la liste des lauréats des coupes 2000 de bois camerounais, on repère vite un récidiviste, Vincent Bolloré, derrière sa Société industrielle des bois africains (SIBAF) et sa Forestière de Campo (HFC). C’est le seul investisseur franco-français à emporter deux concessions », relève la dernière publication d’Agir ici et Survie, précisant que « si la SIBAF est depuis longtemps associé au nom du chasseur Valéry Giscard d’Estaing, la HFC est plus connue, depuis les années soixante, pour son rôle de pilleur de la réserve naturelle de Campo-Ma’an. » Un exemple révélateur de la stratégie de monopole mise en place par ce type de groupe, s’appuyant sur une pratique de dessous de table érigée en système. Juillet 2000, la HFC est sélectionnée pour des « travaux d’entretien de voies de chemin de fer », financés par la Banque mondiale, concernant la société ferroviaire Camrail, dont Bolloré avait obtenu la concession l’année précédente avec le sud-africain Comazar. Un schéma proche de la perfection : « Il convenait d’améliorer le transport du bois en provenance de la deuxième concession de Bolloré dans le lointain sud-est du pays, de faire charger ce bois par un manutentionnaire Bolloré, dans des wagons Bolloré, destinés au parc à bois Bolloré, pour qu’il retrouve au bout du chemin, sur les quais, les beaux navires Bolloré… » Pour rendre le tout présentable, il suffit de le baptiser « valorisation locale des ressources naturelles pour le marché domestique » et personne n’osera seulement trouver quelque chose à redire. Jean Chatain
L'Humanité,
25/02/2003
|
||||||


