Agone Contre-feux
Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary
Parution : 16/04/2003
ISBN : 2-7489-0005-7
208 pages
12 x 21 cm
Tarifs :

Guy Hocquenghem
Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary
Préface de Serge Halimi

Avant de mourir, à 41 ans, Guy Hocquenghem a tiré un coup de pistolet dans la messe des reniements. Il fut un des premiers à nous signifier que, derrière la reptation des « repentis » socialistes et gauchistes vers le sommet de la pyramide, il n’y avait pas méprise, mais accomplissement, qu’un exercice prolongé du pouvoir les avait révélés davantage qu’il les avait trahis. On sait désormais de quel prix – chômage, restructurations sauvages, argent fou, dithyrambe des patrons – fut payé un parcours que Serge July résuma un jour en trois mots : « Tout m’a profité. »
Cet ouvrage qui a plus de quinze ans ne porte guère de ride. L’auteur nous parle déjà de Finkielkraut, de BHL, de Cohn-Bendit, de Bruckner. Et déjà, il nous en dit l’essentiel. On ignore ce qu’Hocquenghem aurait écrit d’eux aujourd’hui, on sait cependant que nul ne l’écrira comme lui. Lui qui appartenait à leur très encombrante « génération » – celle des Glucksmann, des Goupil, des Plenel et des Kouchner – se hâtait toutefois de préciser : « Ce mot me répugne d’instinct, bloc coagulé de déceptions et de copinages. » Il aurait souhaité qu’elle fût moins compromise, en bloc, par les cabotinages réactionnaires et moralistes de la petite cohorte qui parasita journaux et « débats ». Il aurait essayé d’empêcher qu’on associât cette « génération »-là aux seuls contestataires qui ouvrirent un plan d’épargne contestation avec l’espoir d’empocher plus tard les dividendes de la récupération.
Renonçant aux apparences de la bienséance, de la suavité bourgeoise propres à ceux qui monopolisent les instruments de la violence sociale, Guy Hocquenghem a usé de la truculence, de la démesure. Il a opposé sa clameur à la torpeur des temps de défaite. Son livre éclaire le volet intellectuel de l’ère des restaurations. Les forces sociales qui la pilotaient il y a vingt ans tiennent encore fermement la barre ; les résistances, bien qu’ascendantes, demeurent éparses et confuses. Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines. Les repentis ont pris de l’âge et la société a vieilli avec eux. L’hédonisme a cédé la place à la peur, le culte de l’« entreprise » à celui de la police. Favorisés par l’appât du gain et par l’exhibitionnisme médiatique, de nouveaux retournements vont survenir. Lire Guy Hocquenghem nous arme pour y répondre avec ceux qui savent désormais où ils mènent.

Serge Halimi

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Revue de presse
- Consulter SUR LES ONDES
- Consulter Les classiques de la subversion Guillaume Davranche Alternative Libertaire n°172, avril 2008
- Consulter Relire Guy Hocquenghem Osémy Bellaciao, 21/05/2007
- Consulter L'utopitre, 19/05/2007
- Consulter Alain Accardo Monde diplomatique, Juillet 2003
SUR LES ONDES

France Inter – « là-bas si j’y suis », entretien avec Serge Halimi autour du livre, disponible à l’écoute ici (27 mai 2008)

Radio Grenouille – dans le cadre de la thématique « L’An 08 », émission « Du col Mao au Rotary », disponible à l’écoute ici (20 mai 2008)

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Les classiques de la subversion
Militant de la frange gauchiste des JCR en Mai 68, pionnier du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FUAR) dans les années 1970, rédacteur à Libération entre 1976 et 1981, Guy Hocquenghem, avant de mourir du sida en 1988 â l’âge de 41 ans, publiait un ouvrage au vitriol contre les renégats de sa « génération », ce mot par lui abhorré, ce « bloc coagulé de déceptions et de copinages ».
Pourtant, plus que d’un règlement de comptes au style flamboyant, la Lettre ouverte d’Hocquenghem est un témoignage capital. Il est étonnant de constater combien, plus de vingt ans plus tard, ce livre aide à comprendre les mécanismes de pensée de toute une ribambelle de bouffons politiques et médiatiques dont certains sont encore aujourd’hui au faîte de leur pouvoir de nuisance.
Cette « génération » de Guy Hocquenghem, c’est celle du patron de Libé jusqu’en 2006, Serge July, « plouc boulimique déversant sur la nappe des formules toutes faites et des mots à la mode ». C’est celle de Roland Castro, dont le « cirque de gaucho-fêtard-coluchien se résume en ces titres : architecte du président Mitterrand, gauchiste de service, valet du roi » ; l’essayiste Régis Debray « ex-tiers-mondiste à revolver à bouchons » devenu « sergent recruteur d’intellectuels à la botte (de Mitterrand 1er) » ; « Sa Transcendance », BHL « mieux qu’une girouette, une véritable rose des vents à toi tout seul » Glucksman qui, précédant les névroses de Finkielkraut, écrit que « le pacifiste allemand ouvre la porte d’un nouvel antisémitisme. »
L’un des chapitres les plus frappants est d’ailleurs consacré à l’intervention au Tchad en 1983, moment fondateur aujourd’hui oublié, mais ô combien révélateur du virage de cette intelligentsia gauchiste soudain devenue chienne de garde de l’impérialisme français. « Alliant le pire de la gauche, le cœur comme idéologie légitimant toutes les horreurs, et de la droite, le pragmatisme de l’ordre et le nationalisme colonial, l’apostasie qui vous a retournés de l’anti-impérialisme au nucléaire, vous la présentez comme une exigence éthique de haute volée. Qui n’appelle pas comme vous à la guerre impériale, anti-russe pour les uns (…) Et anti-arabe pour les autres (…) anti-pacifiste pour tous, est une brebis galeuse, un antisémite, un traître à la patrie tout à la fois. »
Hocquenghem griffe aussi quelques figures intouchables. Ainsi de « saint Coluche », passé de l’anarchisme au tricolore « ni de droite, ni de gauche, mais de France » comme l’avait proclamé lui-même le comique. Ainsi des artistes venus bâfrer au buffet des prébendes et des fauteuils de la Haute Administration culturelle ouvert par Jack Lang, « la futilité des girouettes et le je-m’en-foutisme élégant de l’apparatchik un peu marginal ». « En avez-vous profité, du langisme » s’apitoie Hocquenghem : « La cour des Miracles était moins laide. »
Guillaume Davranche
Alternative Libertaire n°172, avril 2008
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Relire Guy Hocquenghem
Dans la série "rions un peu" ( si ça ne fait pas de bien ça ne peut pas faire de mal...)

En ces temps troublés où d’aucuns, (nombreux d’ailleurs), appellent de leurs voeux pressants la création d’un "grand parti de gauche » (sans doute pour se garder une place au soleil plus que par souci de défendre les intérêts des prolétaires), en cette période nauséabonde de notre histoire où le communisme est une maladie honteuse ou plutôt, une forme d’arriération mentale, et communiste, une insulte, où socialisme est devenu un synonyme de social-démocratie ou de renoncement à grande échelle, où l’on ne peut plus employer le terme de gauchisme sans être immédiatement taxé de rétrograde, stalinien, facho et j’en passe, où on préfère le bruit feutré de l’alternative au libéralisme au martèlement lourd de l’anticapitalisme, il a été plaisant de relire la "lettre ouverte" de Guy Hocquenghem, (qui, d’ailleurs, n’épargne pas toujours le PCF).

Réédité en 2003 chez Agone avec une préface au vitriol de Serge Halimi, l’ouvrage est une mine de joyaux et arrache souvent à son lecteur un rire diabolique, diabolique comme l’étaient le style, la pensée de cet homosexuel militant, lui-même pas exempt de critiques, comme Halimi. (Les critiques, contre ces deux auteurs, existent mais elles ne doivent pas empêcher la lecture... )

Implacable réquisitoire parce qu’appuyé par des extraits d’ouvrages, d’articles, de citations, des principaux visés (July, Joffrin, Glucksmann, BHL, Daniel Cohn Bendit, Brice Lalonde, Bernard Kouchner, etc, etc...)

Et, quelle perfidie, quel sens de l’incision dans une verrue toujours purulente, quelle démonstration presque parfaite des grands méfaits du gauchisme, qu’Hocquenghem pointe à un moment, comme l’un des plus grands responsables de la mort du communisme en France, plus encore que la droite, selon lui.

Après une préface assassine (et franchement à mourir de rire) d’Halimi, qui met chaque auteur cité face à ses contradictions (textes « d’avant » et textes « d’après ») – parfois, le rappel d’un seul mot suffit, telle cette citation de Serge July « Tout m’a profité », en exergue face au Manifeste de Libération en 1972 – vient le corps du texte d’Hocquenghem.

Une critique salutaire des « années Mitterrand » notamment, une remise à plat bénéfique, des trouvailles jubilatoires dans ses lettres à Serge July, à Jack Lang, « Aux artistes et prétendus tels », « Lettres à ceux qui pratiquent la continuité dans le reniement », « A André Glucksmann, stalinien renversé" (Passé de Staline à Marie-France Garaud dit Hocquenghem) , une charge contre le pouvoir des médias, nouvelle aristocratie qui s’est réfugiée dans le combat littéraire por avoir déserté le combat réel par manque de courage…

Personne n’en réchappe ou presque parmi ses "congénères". Il faut dire que quand on lit cela, surtout si on est issu d’une génération qui n’a pas "connu" Mai 68 et 1981, le tout avec preuves à l’appui, on se dit que les petits gars ont fait fort et on sert les fesses pour ne pas devenir comme eux (des jeunes c... devenus de vieux c...?) -

L’ouvrage est à mettre en parallèle avec le mauvais coup que nous a fait Sarkozy en fustigeant "l’idéologie soixante-huitarde" dans des termes évidemment néo conservateurs que nous ne pouvons cautionner....

Mais, au passage, dommage que nous ne l’ayons pas (re)faite nous-même avant, l’analyse, avec nos mots et nos outils. Nous allons maintenant devoir continuer à nous les coltiner comme des "alliés naturels" (alors que ce n’est pas le cas), ou faire un effort épuisant pour produire, ou plutôt, actualiser, une critique communiste de Mai 68 et des scories qu’il a laissé dans la gauche française, pour servir à l’avenir. Une critique qui tienne la route et que plus personne ne pourrait nous reprendre - mais je doute que nous soyons en état de faire cela, hélas...

Un bon coup de poil à gratter en somme ce livre, mais plutôt agréable ma foi, en ce moment où l’on incite au consensualisme bêlant pour éviter d’avoir à mettre franchement les mains dans la m…(ben oui quoi, laissons cela aux générations suivantes hein, en attendant, sauvons notre peau et notre voiture à crédit – ouf !).

...
Osémy
Bellaciao, 21/05/2007
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Hocquenghem a été journaliste à Libération entre 1976 et 1981, a fréquenté les milieux gauchistes, libertaires et homosexuels de l’après-68 (il a d’ailleurs été un des fondateurs du FHAR – Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire – en mars 1971, un mouvement aussi radical que joyeux et bordélique) et est mort en 1988.
Ce bouquin est un brûlot.
D’abord parce que l’auteur tord le cou à pas mal d’anciens amis à lui, ex-gauchistes, plus quelques autres faux penseurs rebelles (faux penseurs et faux rebelles également). Parmi eux : Serge July (patron de Libération), Roland Castro (ex-dirigeant maoïste), André Glucksmann (ex-mao), B.H.L. (faux ex-gauchiste et faux philosophe), Jean-François Bizot (ex-directeur d’Actuel – journal de la contre-culture 70’s en France), Régis Debray (partisan de la guérilla style Guévara – ministre sous Mitterrand), Pascal Bruckner, Daniel Cohn-Bandit (jeu de mot stalinien qui attesterait que ces gens ont un jour eu de l’humour), Yves Montand (stalinien défroqué)... Ce qu’il s’évertue à démontrer, c’est que ce revirement vers la défense des intérêts du modèle capitaliste, de l’Occident, de sa propriété privée et de ses guerres n’en est pas vraiment un, qu’il était prévisible pour la plupart d’entre eux, mélange d’ opportunisme forcené, de petites lâchetés et de soif de pouvoir.
Ensuite parce qu’il va à l’encontre du préjugé selon lequel tous les “soixante-huitards” ont retourné leur veste. La preuve : Hocquenghem en est un, et par fidélité à ses idées il tire à gros boulets sur ceux qui l’ont trahi.
Enfin parce qu’il le fait avec brio. Quel style !

http://utopitre.over-blog.fr/categorie-10041424.html

L'utopitre, 19/05/2007
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Agone a réédité le pamphlet que Guy Hocquenghem consacra en 1986, deux ans avant sa mort, à la « génération » dont il avait lui-même fait partie, celle des contestataires maoïstes ou trotskistes de 1968 qui, ensuite, renoncèrent rapidement à la révolution prolétarienne pour faire bourgeoisement carrière à l’ombre du pouvoir. Au passage, Hocquenghem s’en prend aussi à quelques autres figures connues de l’établissement mitterrandien qui ont bien contribué, avec les précédents, à mettre la gauche socialiste à droite et le néolibéralisme en vogue. On ne résume pas un pamphlet d’une telle encre. On le lit avec la jubilation d’un spectateur de western qui voit le justicier solitaire faire un carton sur les hommes de main du banquier véreux. Hocquenghem connaissait bien ses ex-amis, et il savait tirer juste, au défaut de l’armure de beaux principes et de pieux sentiments dont ils couvraient leur « tartuferie » et leur « apostasie ». A la lecture d’un réquisitoire si clairvoyant et si implacable, on ne peut que regretter les limites propres au genre, et plus précisément l’absence d’un éclairage sociologique sur les facteurs structurels d’un tel mouvement d’ensemble dans le champ intellectuel.
Alain Accardo
Monde diplomatique, Juillet 2003
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net