Parution : 28/11/2001
ISBN : 2-910846-86-5 120 pages 9 x 18 cm 9.00 euros |
Noam Chomsky
De l’espoir en l’avenir
Propos sur l’anarchisme & le socialisme
Textes traduits de l’américain par Geneviève Lessard & Martin Zemliak
Ce recueil rassemble les deux premiers titres de la collection « Instinct de liberté », Instinct de liberté et De l’espoir en l’avenir, initialement parus séparément.
Noam Chomsky est professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Boston (USA). Sa carrière scientifique, illustre, se double d’une vie et d’une oeuvre de militant libertaire.
« Libérer l’homme du fléau de l’exploitation économique et de l’esclavage politique et social demeure le problème de notre époque. Aussi longtemps que cela durera, les doctrines et la pratique révolutionnaire du socialisme libertaire serviront d’inspiration et de guide. »
Sommaire Théorie & pratique de l’anarcho-syndicalisme Réflexions sur l’anarchisme Union soviétique & socialisme De l’anarchisme, du marxisme & de l’espoir en l’avenir |
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Il réunit en effet les textes de trois entretiens sur l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme, le socialisme et l’Union soviétique, ainsi que celui de la présentation de l’édition américaine du livre de Daniel Guérin, L’Anarchisme. Simple, roboratif et rafraîchissant, ce recueil apporte des réponses claires et de bon sens à nombre de questions embrouillées comme à plaisir par les intellectuels au service des puissants. Pour expliquer cette fonction de ceux qui « font en sorte que les gens soient passifs, ignorants et programmés », Chomsky a pu écrire : « À part peut-être certains secteurs de la physique, la plupart [des questions savantes] peuvent être exprimées à l’aide de mots très simples et dans des phrases très courtes. Mais si vous faites cela, vous ne devenez pas célèbre, vous n’obtenez pas d’emploi, les gens ne révèrent pas vos écrits. Il y a là un défi pour les intellectuels. Il s’agira de prendre ce qui est plutôt simple et de le faire passer pour très compliqué et très profond. Les intellectuels se parlent entre eux, et le reste du monde est supposé les admirer, les traiter avec respect. Mais traduisez en langage simple ce qu’ils disent et vous trouverez bien souvent soit rien du tout, soit bien des truismes, soit des absurdités» (7). Attiré par l’anarchisme dès l’adolescence, Chomsky lit l’anarcho-syndicaliste allemand Rudolf Rocker, le communiste de conseils hollandais Anton Pannekœk et l’écrivain anglais George Orwell. À la suite de Rudolf Rocker, Chomsky considère que « les principales tendances de l’anarchisme [sont] tirées du meilleur du siècle des Lumières et de la pensée libérale classique », s’opposant, de fait, aussi bien à « la doctrine et la pratique marxistes-léninistes » qu’aux « doctrines libertariennes » à la mode dans le monde anglo-saxon. Suivant là encore Rocker, il veut libérer l’homme « des fléaux de l’exploitation, économique et politique, et de l’esclavage social » en cherchant des solutions non dans le parlementarisme ou la conquête et l’exercice du pouvoir d’État mais dans « la reconstruction de la vie économique des peuples » à partir de la base comme dans l’Espagne de 1936. Dans les polémiques entre Marx et Bakounine, il rappelle la pertinence des mises en garde de ce dernier contre la « bureaucratie rouge qui instaurerait le pire des gouvernements despotiques ». Il reconnaît néanmoins l’intérêt – et l’ambivalence – de l’œuvre de Marx, avant de souligner, contre les ayatollahs de l’anarchisme « pur sucre », que le marxisme d’extrême gauche de Rosa Luxemburg, Paul Mattick ou Anton Pannekœk « se fond avec les courants anarchistes ». George Orwell lui a permis de saisir « l’essentiel de la nature de l’État moderne », c’est-à-dire le mensonge d’État dont les exemples abondent. Ainsi le fait d’appeler le Pentagone « département de la Défense » alors qu’il n’a jamais servi qu’à des agressions extérieures, ou de nommer « intérêts américains » les stratégies commerciales des transnationales d’origine étatsuniennes. Durant soixante-dix ans, un double mensonge a également dominé les esprits, compromettant durablement l’action des partisans d’une véritable émancipation sociale. Tout au long de la guerre froide, l’URSS se donnait « l’image d’un État socialiste pour mieux protéger son droit de brandir la matraque », tandis que « les idéologues occidentaux tenaient les mêmes propos afin de se prémunir contre la menace d’une société plus libre et plus juste ». À propos de l’URSS, Chomsky n’hésite pas à déclarer que Lénine et Trotski ont créé des « structures proto-fascistes » converties par Staline « en une des pires horreurs de notre époque » – un rapprochement avec le fascisme auquel, en France, peu, à gauche et à l’extrême gauche, osent encore se risquer treize ans après la chute du mur de Berlin. Mais commentant l’implosion du système soviétique, il observe que « les vainqueurs sont les membres de l’élite occidentale et de l’ex-nomenklatura, devenus plus riches que dans leurs rêves les plus fous ». Concernant le capitalisme, il dénonce « un système de grandes corporations qui exercent un contrôle démesuré sur l’économie, sur les systèmes politiques et sur la vie sociale et culturelle, de concert avec les États puissants, qui eux interviennent de façon massive sur l’économie nationale et les affaires internationales ». Plutôt que de longues et oiseuses considérations sur le prétendu libéralisme des conservateurs, il dénonce simplement avec vigueur ceux « qui veulent mettre un terme aux dîners qu’on sert aux enfants pauvres dans les écoles », mais « demandent par contre l’augmentation du budget alloué au Pentagone […] afin […] de faire du gouvernement le “sauveur” de l’industrie de la haute technologie ». Le véritable rôle d’un intellectuel est – en trahissant sa fonction institutionnelle – de dire la vérité « du mieux possible », sur des « problèmes qui importent vraiment » et à destination d’« un public soigneusement ciblé, susceptible d’intervenir pour y apporter des solutions ». Depuis de nombreuses années, Chomsky s’efforce avec constance de le mettre en pratique face aux mensonges et aux sophismes d’État. Dans une conjoncture aussi inquiétante que riche de possibilités de changements radicaux, ce n’est qu’à cette condition qu’un espoir en l’avenir demeure possible… ---------- NOTES 1. À ce propos, on consultera la préface de Jean Bricmont à De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis, Agone, 2001. 2. La Conférence d’Albuquerque (Allia), Deux heures de lucidité (Les Arènes), Élections 2000 (Sulliver) et 11/9. Autopsie des terrorismes (Le Serpent à plumes). 3. Signalons surtout le très important L’An 501, la conquête continue, Écosociétés (Montréal)-EPO (Bruxelles), 1995. 4. « Terrorisme, l’arme des puissants », décembre 2001 ; « L’Amérique, “État voyou” », août 2000 ; « Au Kosovo, il y avait une autre solution », mars 2000 ; « Timor-Oriental, l’horreur et l’amnésie », octobre 1999 ; « L’OTAN, maître du monde », mai 1999 ; « Finance et silence », décembre 1998 ; « Machines à endoctriner », août 1998 ; « L’Indonésie, atout maître du jeu américain », juin 1998 ; « Double jeu américain en Colombie », août 1996. 5. « Démocratie & marché dans le nouvel ordre mondial », n° 16, 1996 ; « Le vrai visage de la critique post-moderne », n° 18-19, 1998 ; « États-Unis, droits de l’homme & “défi relativiste” », n° 21, 1999 ; « Une vision très sélective de l’histoire », n° 23, 2000. 6. Lire le compte rendu de Jérôme Martinez dans Le RIRe, n° 41, septembre-octobre 2001, p. 20. 7. Cité par Normand Baillargeon ,in Les Chiens ont soif. Critiques et propositions libertaires,, Marseille-Montréal, Agone-Comeau & Nadeau, coll. « Contre-Feux », 2001. C.J.
Le Rire, n°47,
03-04/2002
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