Parution : 18/01/2012
ISBN : 978-2-7489-0066-8 304 pages 12 x 21 cm 23.00 euros |
Jacques Bouveresse
Essais VI
Les Lumières des positivistes
Avant-propos de Jean-Jacques Rosat
Dans la philosophie européenne du XXe siècle, le positivisme logique du cercle de Vienne (1924–1936) est le courant qui a porté le plus loin l’héritage des Lumières. Éradiqué par le nazisme, il est honni depuis plus d’un demi-siècle par les courants irrationalistes et antiscientifiques dominants. « Dans la haine du positivisme, qui n’est souvent pas très différente de celle du mode de pensée scientifique lui-même, on peut aisément percevoir la peur de la vérité et de ses conséquences », écrit Jacques Bouveresse. Bien qu’il n’ait jamais compté lui-même parmi les positivistes, il enseigne leurs idées et les défend pour la clarté, la rigueur et l’honnêteté de leur style de pensée ; pour leur proximité avec les bouleversements de la science contemporaine, et leur insertion dans le mouvement d’émancipation sociale et politique. Professeur honoraire au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Musil et Kraus. Visiter la page consacrée à Jacques Bouveresse sur le site du Collège de France Parler du positivisme dans le climat philosophique contemporain n’est pas une entreprise de tout repos ; trois raisons principales au moins expliquent cette difficulté. *** Les désaccords sur le sens véritable de la révolution galiléenne s’expliquent aisément. Les positivistes ont tendance à voir dans l’abandon de certaines questions « spéculatives » et dans la mathématisation de la description des phénomènes l’acte « positif » par excellence, qui a conduit l’humanité « du sommeil métaphysique vers la froide observation des faits » et donné naissance à la science moderne. Ils interprètent la révolution galiléenne avant tout comme un acte de renonciation et d’humilité initial, qui a ouvert finalement des perspectives immenses à la science et à l’humanité : « Selon des traditions dignes de foi, ce serait au cours du XVIe siècle, période d’intense animation spirituelle, que l’homme, renonçant à violer les secrets de la nature comme il l’avait tenté jusqu’alors pendant vingt siècles de spéculation religieuse et philosophique, se contenta, d’une façon que l’on ne peut qualifier que de “superficielle”, d’en explorer la surface. Le grand Galilée, par exemple, qui est toujours le premier cité à ce propos, renonçant à savoir pour quelle raison intrinsèque la Nature avait horreur du vide au point qu’elle obligeait un corps en mouvement de chute à traverser et à remplir espace après espace jusqu’à ce qu’il atteignît enfin le sol, se contenta d’une constatation beaucoup plus banale : il établit simplement à quelle vitesse ce corps tombe, quelle trajectoire il remplit, quel temps il emploie pour la remplir et quelle accélération il subit. » |

