Aden EPO
Les Nouveaux maîtres de l'école
Parution : 28/10/2005
ISBN : 2 930402 18 0
176 pages
12,5 x 20 cm
14.00 euros
Nico Hirtt
Les Nouveaux maîtres de l’école
L’enseignement européen sous la coupe des marchés
Ce livre démonte les mécanismes qui sont à l’oeuvre derrière le démantèlement de l’Ecole publique. Il est aussi un appel à résister. Non par nostalgie. Mais pour défendre le droit à
l’instruction de ceux qui n’ont que l’Ecole pour accéder aux armes du savoir. Les systèmes éducatifs européens sont soumis à un feu roulant de réformes. Lentement mais sûrement,
on abandonne les structures d’enseignement centralisées, qui avaient porté la massification des années 1950-70, et on y substitue des réseaux d’établissements autonomes, diversifiés, en situation d’intense concurrence mutuelle.
Derrière le double alibi de la lutte contre l’échec scolaire et de la promotion de l’emploi se cachent des motifs moins avouables : à l’aube du troisième millénaire, les milieux patronaux exigent un enseignement rationalisé et dérégulé. L’école doit fournir les travailleurs flexibles que réclame la concurrence économique. Elle doit répondre rapidement aux mutations technologiques. Elle doit s’adapter à un marché du travail dualisé et instable. Elle doit transmettre moins de savoirs mais davantage de compétences adaptables. Elle doit, plus qu’hier encore, sélectionner, diviser, hiérarchiser les jeunes. Enfin, comme le montrent les débats dans l’OMC sur le Cycle du Millénaire, l’Ecole est appelée à s’ouvrir
à un secteur privé en quête de nouveaux marchés.

Ce titre est une nouvelle édition complètement mis à jour du livre paru en 2000 chez EPO, avec une préface de Christian Laval.
Nico Hirtt est né en 1954. Il enseigne les mathématiques et la physique dans une école secondaire du Brabant wallon, où il est également délégué syndical. Il est un des initiateurs de l’Appel pour une école démocratique. Auteur de nombreux articles sur l’enseignement et des livres : L’école sacrifiée (EPO, 1996), Tableau Noir (avec Gérard de Selys, EPO, 1998) et Les nouveaux maîtres de l’école (EPO, 2000).
Revue de presse
- Consulter Les trois axes de la libéralisation de l'enseignement Guy Dreux Parutions.com, 22/02/2006
Les trois axes de la libéralisation de l'enseignement
L’auteur du compte rendu : Guy Dreux est professeur certifié de Sciences Economiques et Sociales en région parisienne (92). Il est titulaire d’un DEA de sciences politiques sur le Retour de l’URSS d’André Gide.

Les éditions Aden proposent la réédition d’un ouvrage de 2000 que son auteur ne pensait peut-être pas et ne désirait sûrement pas voir rencontrer une actualité toujours plus aiguë. Les tendances soulevées en 2000 n’ont en effet rien perdu de leur poids, cinq années plus tard. En 2000 en effet, le Conseil européen se réunit à Lisbonne pour décider que l’Union devait, d’ici à 2010, « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde. » Depuis, les rappels à l’ordre pour maintenir et rendre effectif cet objectif se sont multipliés. En 2003, Vivian Reding, ex-Commissaire à l’éducation, rédige une communication pour souligner l’« urgence des réformes pour réussir la stratégie de Lisbonne. » La pression sur les Etats pour appliquer dans les faits ces orientations est régulière et de nombreuses initiatives nationales n’en sont que l’application.

Comme l’avait démontré les auteurs du Nouvel Ordre éducatif mondial, (dir. Christian Laval et Louis Weber, éditions Nouveaux Regards/Syllepse), depuis de nombreuses années, de grandes institutions internationales pèsent sur l’orientation et la définition des politiques éducatives nationales. Pour l’Europe, Nico Hirtt en souligne les principaux axes. Comme l’explique dans sa préface Christian Laval (auteur notamment de L’Ecole n’est pas une entreprise, éditions La Découverte 2003 - poche 2004), cet ouvrage « se présente comme une exploration détaillée de l’école libérale qui se met en place en Europe. » En Europe, mais aussi par l’Europe, et principalement par la Commission.

L’auteur insiste sur le fait que les phases de « démocratisation » de l’école ont toujours eu pour ambition de faire mieux correspondre l’éducation aux besoins des appareils productifs. Cette inscription dans des perspectives spécifiquement économiques explique pourquoi ces phases peuvent se satisfaire de la permanence d’importantes inégalités, pourquoi il convient mieux de les désigner par le terme de « massification ». Mais si l’arrimage de l’école à l’économie n’est donc pas nouveau, pour Nico Hirtt nous sommes actuellement confrontés à trois orientations spécifiques : le renforcement de l’adéquation des contenus et des méthodes enseignés aux attentes des employeurs, la stimulation de certains marchés par le système éducatif lui-même, enfin, la constitution d’un « grand marché du XXIe siècle » de l’enseignement et des savoirs. Les redéfinitions actuelles des savoirs de base ou des socles communs manquent rarement de mentionner le travail en équipe et l’esprit d’entreprise comme des savoir être indispensables. Les attentes de flexibilité du marché du travail se traduisent par la logique des compétences qui se substitue à celle des qualifications. De même, les équipements en NTIC des établissements scolaires ont poursuivi une double ambition : démocratiser ces outils mais aussi aider au développement des secteurs de l’audiovisuel et du multimédia. La perspective adoptée par l’auteur permet de mieux comprendre aussi la constitution de palmarès des établissements, qui entrent de plus en plus en concurrence entre eux ; établissements qui sont amenés à percevoir de plus en plus l’élève ou l’étudiant comme un client.

Nico Hirtt a le souci de fournir des exemples nombreux de la manière dont ces nouvelles orientations des politiques éducatives se mettent en place peu à peu au niveau national, comme au niveau local. En présentant une lecture attentive des arguments et motifs, il permet aussi de mieux percevoir les enjeux réels de ces politiques. L’axe majeur que constitue le fameux « apprentissage tout au long de la vie » repose sur une mise en concurrence permanente des salariés qui pourrait bien se traduire par un rétrécissement de l’accès au savoir pour une partie de la population. Or, comme le souligne l’auteur, « une fois de plus, on feint d’oublier que les premières victimes du "moins d’école" seront justement ceux qui n’ont que l’école pour apprendre. »
Guy Dreux
Parutions.com, 22/02/2006
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